lundi 25 juin 2012

Indiana Teller, tome 1 : Lune de printemps, de Sophie-Audouin-Mamikonian

[Michel Lafon, 2011]

Après plusieurs lectures vampiriques ces dernières semaines, me voici parmi les loups-garous ! Et oui, après une période riche en dystopie, j’ai décidé de me faire un petit cycle de lectures fantastiques, histoire d’accueillir les vacances par des lectures d’évasion…

Cela faisait un petit moment que le roman « Indiana Teller » de Sophie Audouin-Mamikonianme faisait de l’œil. Voyant qu’il faisait partie du baby challenge jeunesse 2012 sur Livraddict et que Tweety organisait une Lecture Commune sur le forum, c’est avec joie que je me suis lancée dans l’aventure !

Résumé

Sophie Audouin-Mamikonian nous présente Indiana Teller, un jeune humain qui a grandi parmi une meute de loup-garou. Il est né de l’union d’une humaine et d’un loup, lui-même fils du chef de clan, Karl. Ainsi, Indiana a toujours été le souffre-douleur des loups, tout en étant protégé d’ennuis plus importants grâce à son statut d’héritier du clan. Mais alors qu’il atteint sa majorité, il aspire à une vie normale et décide de partir pour l’université. Avec une interdiction de taille : celle de tomber amoureux d’une humaine. Il sera pourtant rattrapé par les enjeux de la meute…

Une bonne appropriation du mythe du loup-garou

J’ai beaucoup apprécié cette lecture qui a été une agréable surprise ! Portés par une écriture agréable et efficace, les évènements s’enchaînent de manière fluide. Mais l’auteur prend tout de même le temps d’expliquer les éléments nécessaires à la bonne compréhension de l’intrigue et de faire réfléchir son personnage, ce qui nous permet d’apprendre à le connaître.

J’ai particulièrement aimé la conception du loup-garou que développe l’auteur, ce qu’elle a fait de cette créature et de ses déclinaisons, les semis. J’ai apprécié le côté « impitoyable » de la meute : ces loups sont sauvages, ce ne sont pas des animaux domestiques.

Une intrigue amoureuse et politique

L’intrigue de cette histoire comporte deux volets. Il y a d’une part la vie privée d’Indiana, sa découverte de la vie d’étudiant et sa rencontre avec la belle Katerina, qui va mettre à mal la consigne qui lui a été donnée par les loups… J’ai bien aimé le voir faire face à une fille et perdre ses moyens, même si j’ai trouvé tout cela un poil niais, surtout sur la fin.

Il y a d’autre part les enjeux de la meute de loups, qui sont finalement très humains et très politiques. J’ai bien aimé cet aspect tactique, voir les rouages de cette lutte de pouvoir se mettre en place, parfois à l’insu d’Indiana et du lecteur.

Les personnages

Le personnage d’Indiana m’a vraiment plu. J’ai vraiment apprécié d’avoir, pour une fois, affaire à un héros masculin dans un roman fantastique. Je l’ai trouvé attachant, plein d’autodérision et parfois touchant de naïveté, mais aussi intelligent et intrépide à ses heures. Il commence à peine à apprendre qui il est, à maîtriser les pouvoirs qui lui viennent de son ascendance particulière. J’ai aimé le voir évoluer et j’espère que cela continuera sur la même lancée dans le second tome de la saga.

Les personnages secondaires m’ont bien plu également. On ne sait pas grand-chose de Katerina et Tyler, les humains qu’Indiana rencontre à l’université. En revanche, j’ai apprécié ses amitiés un peu bourrues avec Chuck le loup-garou et Axel le semi. Il y a aussi Serafina, la belle louve sensuelle et avide de pouvoir, qui risque de s’avérer très dangereuse… Bref, une galerie de personnages qui reste à étoffer, mais qui est intéressante !

En quelques mots

Ainsi, j’ai beaucoup aimé cette lecture qui m’a agréablement surprise grâce à son interprétation intéressante du mythe du loup-garou, un personnage drôle et attachant, ainsi qu’une intrigue accrocheuse. Si ce n’est pas un coup de cœur, c’est juste qu’il m’a manqué un petit quelque chose pour que je m’emballe vraiment. Je remercie donc Tweety d’avoir organisé cette lecture, et j’espère lire le second tome d’ici la fin de l’année !

Je vous propose de découvrir les avis de mes camarades de lecture : Tweety805 (organisatrice), NiThOuxx, MichouBea285  ... 

Note : 4,5/5
Stellabloggeuse
--------

Ce roman fait partie du challenge :


Baby challenge jeunesse 2012 : 10/20

--------

« Mes réactions lupines me trahissaient. J’avais donc à regret dû arrêter de renifler ma nourriture (Katerina avait failli s’étouffer), de haleter comme un imbécile, ou encore de retrousser les babines dès que je n’étais pas content. Mes réactions humaines n’étaient pas moins pathétiques. Je coupais des fleurs dans le jardin, qui mouraient environ deux secondes et demi après que je les ai cueillies. Vingt fois par jour, je me décidais à lui déclarer ma flamme. Et vingt fois, je renonçais. »

« Je restai un instant interloqué puis je compris. Et j’eus le même sourire, aussi féroce.
-Tu vas m’utiliser comme appât, n’est-ce pas ?
Son sourire s’accentua pendant que l’adrénaline se ruait dans mes veines, chantant une ode pleine d’exaltation.
-Absolument.
-Merci.
-De quoi ? De te faire risque ta vie pour débusquer tes ennemis ?
-De me faire confiance pour me défendre.
Il me regarda avec curiosité.
-Tu es bien plus loup que tu ne veux l’admettre, Indiana. Le jeu te plaît, n’est-ce pas ?
Je dus l’admettre.
-Tu n’as pas peur ?
-Je suis terrifié.
-Bien. Tu m’aurais donné une autre réponse et tu restais calfeutré ici jusqu’à la fin de tes jours. »

samedi 23 juin 2012

Dracula mon amour, de Syrie James : un Dracula auquel on ne s’attend pas


Voilà un livre que je n’aurais sans doute pas lu s’il n’y avait pas eu le challenge ABC 2012. En cherchant un auteur en « J », j’ai découvert Syrie James et son « Dracula mon amour », et j’ai été séduite par cette idée d’une nouvelle interprétation de Dracula, bien que n’ayant pas (encore) lu la version de Bram Stocker. Et comme j’aime bien lire à plusieurs, j’ai décidé de lancer une lecture commune sur Livraddict autour de ce titre. Merci à tous ceux qui ont bien voulu se joindre à moi !

Résumé

Dans le roman de Bram Stocker, l’histoire de Dracula est contée sous la forme de journaux intimes. Mais Mina Harker, la femme de Jonathan Harker, l’un des hommes qui a traqué Dracula, n’a pas raconté toute la vérité dans son journal : elle a omis de dire qu’elle avait aimé Dracula, et qu’il n’était peut-être pas  le monstre sanguinaire que l’on croyait. Tout commence à Whitby, alors que Mina est en vacances avec sa meilleure amie Lucy. Lucy est sujette à des crises de somnambulisme et Mina, bien que déjà fiancée, n’est pas insensible au charme d’un certain Monsieur Wagner…

Avis général

J’ai aimé l’idée de base du roman, à savoir insérer dans une œuvre déjà existante des passages qui changent l’interprétation de cette œuvre, la vision que le lecteur peut en avoir. Le « hic », c’est que je n’ai pas lu la version de Bram Stocker, et que je me suis souvent demandé si tel ou tel évènement était présent dans l’œuvre originelle, s’il se passait bien de cette façon, etc. Ce qui a généré une certaine frustration. En fait, je me suis demandé tout du long si cette interprétation était crédible ou non. Il va falloir que je fasse connaissance avec Bram Stocker, je ne peux pas laisser ce mystère non élucidé !

En tout cas c’est un roman agréable et léger, qui se lit vite malgré ses 545 pages. Il n’y a rien de compliqué, pas de prise de tête : c’est un moment de détente agréable en période de fin d’année scolaire.

Une histoire d’amour un peu mièvre

J’ai aimé voir l’histoire se mettre en place lors des vacances de Mina à Whitby puis de son voyage à Budapest. En revanche, lorsque je suis arrivée dans le vif du sujet, à savoir les relations entre Mina et Dracula, j’ai trouvé tout cela assez mièvre. Beaucoup de « mon amour », « je vous aime tant »… On tourne vite en rond !

Aussi, si l’idée de départ était louable, je dois dire qu’il ne se passe pas grand-chose, les relations entre Dracula et Mina sont peu développées, alors que le livre est long. Au final, j’avoue m’être dit en mon for intérieur « tout ça pour ça » ? L'épilogue m'a bien plus néanmoins, j'aurais aimé avoir des réflexions de cette qualité tout au long du roman.

Les personnages

Les personnages eux-mêmes ne sont pas très développés. Lucy est une jeune femme assez frivole, bien qu’attachante. Quant à Mina, elle est sympathique et c’est un personnage qui a un bon fond. J’ai bien aimé le récit de son enfance et sa quête pour retrouver ses parents. En revanche, elle a deux aspects agaçants : son côté « bien-pensant » que l’on peut attribuer à l’époque dans laquelle elle évolue, mais surtout sa facilité à succomber à Dracula et à brûler d’amour pour lui. Un peu plus de nuances auraient été les bienvenues.

Quant aux personnages masculins, celui de Jonathan est également sympathique. Il a au départ des conceptions bien arrêtées sur le rôle des hommes et des femmes, mais il évolue dans le bon sens. En revanche, bien que n’ayant pas lu Bram Stocker, je ne m’imaginais pas le professeur Van Helsing ainsi, mielleux et trop sûr de lui, cela ne m’a pas plu. Au final, le personnage le plus intéressant reste celui de Dracula, même si, là encore, ça manque de nuances, mais surtout, de mordant. Le comble, pour un vampire !

L’écriture

Le style de l’auteur est assez agréable, simple et fluide, assez adapté à l’époque qui est contée, mais sans être trop guindée. Les descriptions de Whtiby ou de la Transylvanie sont plutôt plaisantes elles aussi. La seule chose qui m’a parue étrange, c’est que certains passages, par exemple lorsque Mina lit le journal intime de son époux, sont entièrement à l’imparfait : pas de passé composé ni de passé simple, y compris dans les moments d’action. Je ne sais pas si cela est un choix du traducteur, mais cela m’a paru bizarre. Mais ce n’est qu’un point de détail.

En quelques mots

En quelques mots, je dirais que je suis très mitigée à propos de cette lecture, et que je ne sais pas quoi en penser. D’un côté j’ai trouvé l’histoire et les personnages assez plats, mièvres. Pourtant, j’ai apprécié cette lecture pour la détente qu’elle m’a apportée, sans prise de tête. Je tranche donc en lui accordant la moyenne, tout en vous invitant à découvrir les avis de mes camarades de lecture : Salsera15ClairdeluneMyiuki22 ... 

Note : 2,5/5

Stellabloggeuse
--------

Ce roman fait partie du challenge :

Challenge ABC 2012 : 17/26

-------

« Je garderai toujours le souvenir de son étreinte magique, du magnétisme envoûtant de son regard sur moi, des sensations que j’éprouvais quand je tournoyais entre ses bras sur la piste de danse. Je frémis encore de bonheur lorsque me revient la vertigineuse mémoire des trajets que j’ai effectués avec lui à la vitesse de la lumière, quand je me rappelle le désir et la jouissance que provoquait en moi le moindre de ses effleurements. […] Je l’ai aimé. Avec passion, du plus profond de mon âme et de mon cœur. A une époque, j’aurais volontiers renoncé à ma vie d’humaine afin de rester auprès de lui pour l’éternité. Pourtant… »

samedi 16 juin 2012

Dark Shadows, tome 1 : La malédiction d’Angélique, de Lara Parker

[Michel Lafon, 2012]

Je vais vous parler aujourd'hui d’un roman qui a beaucoup fait parler de lui à l’occasion de la sortie du film « Dark Shadows », de Tim Burton, lui-même inspiré d’une série anglaise diffusée en 1966 et 1971. Cette série mettait en scène un vampire, nommé Barnabas, maudit par une sorcière du nom d’Angélique. Ce roman de Lara Parker, l’actrice qui a interprété le personnage d’Angélique dans la série, a donc été présenté comme l’histoire ayant inspiré Tim Burton. Aussi, lorsqu’il a été proposé en partenariat sur Livraddict, j’ai été ravie de l’obtenir.

Résumé 

Première surprise, ce roman ne reprend pas la même trame que le film : avec ce premier tome, on revient en arrière dans le temps. Barnabas trouve en effet le journal d’Angélique, et nous le découvrons à travers ces yeux. Nous voyons comment Angélique est devenue une sorcière, l’auteur narrant son enfance à la Martinique. Nous assistons ensuite à sa rencontre et au développement de ses relations avec lui, jusqu’à la fameuse malédiction. Ainsi, ce livre peut être conçu comme un prélude au visionnage du film.

Avis général

Passée la première surprise vis-à-vis de l’intrigue (je ne m’attendais pas à ce que l’on remonte ainsi dans le temps), j’ai aimé l’idée de savoir comment la méchante de l’histoire en était arrivée à tant de noirceur, comment elle avait évolué. Il est toujours appréciable de se plonger dans le passé d’un « méchant » et d’essayer de le comprendre.

Une atmosphère particulière

Lara Parker a su donner à ce roman une atmosphère assez particulière, très sombre. Ce roman a une forte dimension mystique, la magie est très présente, on passe beaucoup de temps avec la sorcellerie vaudou. Si j’ai apprécié cette atmosphère, cette noirceur, j’ai tout de même trouvé que l’initiation au vaudou était trop longue, et ma lecture de cette première partie a parfois été un peu lablorieuse.

Les pièges de l’amour

En revanche, j’ai davantage aimé la seconde partie du roman, lors de laquelle Angélique fait la connaissance de Barnabas. On voit naître en elle l’amour, on ressent avec violence la jalousie et le sentiment de trahison qui en résultent. Lara Parker nous présente ainsi une femme prête à tout par amour, face à un homme insouciant et léger. Le lecteur est ainsi mis en garde contre l’amour et ses mirages. A travers l’exemple d’Angélique, l’auteur nous déconseille de nous laisser gouverner par nos passions.

Les personnages

Bien qu’ayant globalement adhéré à cette histoire, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Le personnage d’Angélique est assez fouillé, l’auteur développe sa psychologie. Lara Parker essaie de nous montrer comment Angélique est devenue mauvaise suite à une enfance malheureuse et des amours inassouvis. Néanmoins, si elle souffre, ses réactions lui appartiennent, et ces dernières sont parfois détestables. J’ai ressenti alternativement de la pitié et du dégoût envers ce personnage.

Quant à Barnabas, son personnage n’a pas beaucoup d’épaisseur, et il n’est pas très plaisant lui non plus. Seul son amour pur pour sa fiancée Josette lui permet de trouver quelque peu grâce à mes yeux. Mais il est d’un égoïsme très prononcé, et sa manière de toujours rejeter les torts sur Angélique m’a un peu agacée. Finalement, le personnage le plus attachant de ce roman, c’est Césaire, un esclave affranchi qui vient en aide à Angélique lorsqu’elle est adolescente.

L’écriture

Ce roman est bien écrit, bien que le style soit parfois un peu vieillot. Mais cet aspect « ancien » participe à l’atmosphère bien particulière du roman. Au final, l’auteur écrit d’une manière particulière, mais agréable, j’ai aimé ce style.

En quelques mots…

Pour résumer, j’ai bien aimé l’idée de ce « retour aux origines », de découvrir pourquoi la relation entre Barnabas et Angélique avait si mal tourné, débouchant sur une malédiction. L’auteur a réussi à donner une atmosphère particulière et inquiétante à ce livre. Néanmoins, la lecture en a été un peu laborieuse pour moi, du fait de personnages peu attachants et d’un passage dédié à la sorcellerie vaudou un peu trop long. Je suis pourtant suffisamment curieuse pour avoir envie de découvrir la suite.
Je remercie en tout cas les éditions Michel Lafon et Livraddict pour leur confiance.

Note : 3/5
Stellabloggeuse
-------

Le film :

Quelques jours avant ma lecture, j’ai vu le film de Tim Burton.
En quelques mots, j’ai passé un très bon moment. Ce n’est pas le meilleur film de Tim Burton, mais j’y ai retrouvé son esthétique impeccable, et une dose d’humour qui m’a bien plue.
Eva Green est éblouissante, parfaite dans son rôle de méchante, volant la vedette à Johnny Depp.
J’ai donc adhéré à ce film, et je dois avouer que je suis assez agacée de lire à droite et à gauche « je suis déçu, c’est trop commercial ». C’est vrai que c’est un film grand public, mais en quoi cela le rend-il mauvais ? Pourquoi seuls les délires artistiques hermétiques au plus grand nombre seraient dignes d’estime ? (fin du coup de gueule).

--------

« Cette première nuit, après qu’il lui eut dit de partir, Angélique avait marché vers la porte, sa robe flottant comme de l’or en fusion sur le tapis. Puis elle s’était retournée, la lièvre brillante, pour poser sur lui un regard si résolu, si plein d’une promesse d’abandon qu’il s’était jeté dans cet abîme. Elle était de soie liquide quand il l’avait prise dans ses bras et son baiser avait été tel qu’il s’était imaginé pouvoir ne se nourrir que de ses lèvres. Puis il avait oublié ce qu’il était en se perdant dans cette étreinte, et elle avait bu toute la moelle de ses os pour la remplacer par le feu qu’elle avait en elle. »

« Tu t’accrocheras à la vie et ignoreras la mort dont elle est issue. Tu chercheras l’amour et il se transformera en jalousie, puis en vengeance, parce que sous cette myriade de couleurs en toi, il y a une grande flaque de désespoir, et parce que tu es gouvernée par le désir ».

samedi 9 juin 2012

Les mots ça m’est égal, de Mélanie Cuvelier : une plongée en hôpital psychiatrique

[Editions Sarbacane, septembre 2007]

Je voudrais vous faire part d’une lecture effectuée il y a déjà quelques temps, d’un roman doux-amer : « Les mots, ça m’est égal », de Mélanie Cuvelier, paru dans la collection eXprim’. Il s’agit du premier roman de cette jeune psychologue.

Résumé

L'auteur met en scène Jeanne, une jeune fille de 18 ans, internée en hôpital psychiatrique. Jeanne s’exprime à la première personne, et nous fait partager ses pensées. Par petites touches, elle décrit sa vie entre les murs de l’hôpital. Elle livre aussi quelques souvenirs, qui nous font peu à peu comprendre comment elle en est arrivée là.

Une analyse psychologique, mais pas médicale

Ce roman est une réussite. Mélanie Cuvelier est certes psychologue, mais son regard sur sa narratrice n’est pas celui d’un médecin. Il n'y a pas de description de mécanismes psychologiques, pas d’analyse froide et rationnelle. Elle nous livre simplement les ressentis de son héroïne, avec talent. Mélanie Cuvelier réussit à exprimer des sentiments violents avec des phrases douces et poétiques.

Le personnage

L'héroïne du roman n'en est pas une : c'est un personnage fragile. Cette vulnérabilité fait que l'on s'attache assez facilement à elle. Depuis sa chambre d'hôpital, elle réfléchit sur le sens de la vie. Elle évoque l’amour, le temps qui passe. La famille, également, et le sentiment de manquer d'amour :

« Je crois qu’un parent, ça peut bien être n’importe quoi, ça fait jamais que ce que ça peut, mais le souci c’est quand on sent que l’amour peut se faire la malle en deux temps trois mouvements, qu’on sent même que ça sonne creux. C’est du toc, et ça saute aux yeux ».

L'importance des mots

L'auteur nous fait réfléchir sur le poids des mots. Ils sont au centre du roman, d’où le titre. Ces mots que l’héroïne ne veut plus dire, car ils ne lui servent à rien, ils ne parviennent pas à exprimer ce qu'elle peut ressentir. Jusqu’à ce qu’elle leur retrouve un sens…

Une histoire dure, mais bien menée

L’auteur nous conte une histoire dure, faite de déception, d’abandon, de désespoir. Et pourtant, à aucun moment la lecture n’est pesante (écueil que nombre d’auteurs abordant des sujets difficiles ne réussissent pas à éviter…). L’auteur ne cherche pas à nous tirer des larmes avec du pathos, mais à nous mener à la compréhension du cheminement de l’héroïne jusqu’à la folie, à entrevoir avec elle l’espoir.

En quelques mots

Il est difficile de parler de ce roman tant il repose sur des rouages psychologiques complexes, tant il est subtil et sensible. Voilà pourquoi cet avis est un peu court. Mais c'est un roman à lire, pour ses mots justement. Parce qu’ils sont beaux, sensibles. Parce qu’ils sonnent juste.

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse