lundi 25 juillet 2016

Ciel, tome 4, de Johan Heliot : L’automne du renouveau

Editeur : Gulfstream
Année : 2016
Pagination : 243 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 15 ans

*Attention, il s'agit du dernier tome d'une série : présence de spoilers sur les tomes précédents*

Résumé :
L’Intelligence Artificielle qui, en un hiver, avait dompté l’humanité est sur le déclin. Retranchée dans un ancien château dans les contreforts vosgiens, elle observe ses partisans affronter les résistants, toujours mieux organisés. Dans cette atmosphère de confrontation où la joie des victoires est entachée par l’amertume des représailles, les cinq Keller, ballotés par les événements, convergent vers les Vosges et le chalet de Tomi. Celui-ci aura-t-il l’occasion de voir sa famille réunie avant que le cancer ou la guerre ne l’emporte ? Et quel sera le prix à payer pour que les hommes se libèrent du joug écologiste de l’IA ?

Ce que j’en pense :
Après un premier tome et un second prometteurs, le troisième tome de CIEL m’avait particulièrement emballée et m’avait donné très envie de connaître le fin mot de l’histoire !
C’est désormais chose faite et l’auteur, Johan Heliot, maîtrise jusqu’au bout sa narration à cinq voix. Cela peut être parfois frustrant car les événements s’accélèrent alors que les changements de point de vue ralentissent un peu l’intrigue. Mais comme dans les tomes précédents, ils se complètement à merveille et nous offrent chacun un pan de cette histoire qui les rassemble peu à peu dans cet ultime tome.
Ce dernier signe la fin de la guerre, avec les revirements des collaborateurs et les ultimes accès de violence désespérée. Le point de vue de Thomas est particulièrement éclairant, car c'est celui d'un citoyen lambda qui a été confronté à des choix compliqués. J’ai particulièrement apprécié l’évolution de l’IA dans ce tome : privée de ses réseaux, elle est forcée de s’adapter et de s’en remettre aux humains, au premier rang desquels figure Peter. 
Le final, assorti d’émotions de toutes sortes, m’a convaincue, même si l’histoire est loin d’être terminée, tant les sujets soulevés sont complexes…on voudrait aller plus loin ! Cette saga a en tout cas le grand mérite de susciter une réflexion nuancée autour des problématiques de l’écologie. Utopie ou espoir tangible, seul l’avenir pourra nous le dire !

Les + : l’évolution de l’IA
Les - : frustrant par moments
Appréciation : 4/5


Stellabloggeuse

vendredi 22 juillet 2016

Tous nos jours parfaits, de Jennifer Niven

Editeur : Gallimard
Année : 2015
Pagination : 379 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 15 ans
  
Résumé :
Quand Violet et Finch se rencontrent, ils sont au bord du vide, en haut du clocher du lycée, décidés à en finir avec la vie. Finch est la "bête curieuse" de l'école. Il oscille entre les périodes d'accablement, dominées par des idées morbides et les phases "d'éveil" où il déborde d'énergie. De son côté, Violet avait tout pour elle. Mais neuf mois plus tôt, sa sœur adorée est morte dans un accident de voiture. La survivante a perdu pied, s'est isolée et s'est laissée submerger par la culpabilité.
Pour Violet et Finch, c'est le début d'une histoire d'amour bouleversante: l'histoire d'une fille qui réapprend à vivre avec un garçon qui veut mourir.

Ce que j’en pense :
Ce roman propose une histoire bouleversante, hors normes et pourtant universelle. Une fille et un garçon mal dans leurs peaux, on pense avoir lu cette histoire mille fois et on y retrouve forcément des ingrédients connus. Mais cette histoire possède bel et bien sa propre empreinte et son originalité, avec la découverte des lieux insolites de l’Indiana et les idées saugrenues de Finch.

Ce dernier est un personnage très touchant. Contrairement à ce qu’affirme la 4e de couverture, il ne veut pas mourir, au contraire Finch s’accroche à la vie de toutes ses forces et se débat pour rester en contact avec la réalité. Mais surtout, il refuse jusqu’au bout d’être assimilé à une maladie et tient à ce qu’on se souvienne de lui en tant que personne. C’est pour ma part très réussi.

Ainsi, l’histoire d’amour et la leçon de vie sont belles et émouvantes. Violet et Finch nous apprennent à apprécier l’instant et à admettre qu’on ne peut pas toujours aider ou sauver ceux que l’on aime. Ils nous rappellent combien il est difficile d’être un adolescent sur le point de devenir adulte, en proie avec des émotions très vives et des angoisses dévorantes. Particulièrement lorsqu’on souffre d’une maladie mentale, peu / pas reconnue pas les autres, prompts à coller une étiquette de « fêlé » à ceux qui sont incapables de rentrer dans le moule. Enfin, au travers du personnage de Violet, on est face à la souffrance de celui qui reste, que la pression sociale voudrait obliger à se réjouir d’être en vie, mais ce n’est pas aussi simple… Tout cela sonne juste.

Petit bémol pour la postface de l’auteure, trop personnelle à mon goût, qui oriente notre interprétation de cette histoire dans le sens qu’elle-même a souhaité, sans laisser la place à notre propre ressenti.

Les + : l’originalité et l’émotion
Les - : la postface qui en dit un peu trop
Appréciation : 4,5/5

Stellabloggeuse
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«Elle est constituée d’oxygène, carbone, hydrogène, nitrogène, calcium et phosphore. Les mêmes éléments chimiques que nous tous, cependant je ne peux m’empêcher de penser qu’elle est plus que ça, qu’il y a en elle d’autres composants dont personne n’a jamais entendu parler, qui font qu’elle est à part. Je suis pris de panique en pensant : Et si l’un de ces composants venait à manquer ou cessait de fonctionner ? Je chasse cette pensée pour me concentrer sur la douceur de sa peau, pour ne plus voir un assemblage de molécules mais Violet tout entière. »


« Je me souviens avoir couru le long d’une route menant à une serre pleine de fleurs. Je me souviens de son sourire et de son rire quand j’étais au mieux, quand elle me regardait comme si je ne pouvais pas mal faire et que j’étais entier. Je me souviens qu’elle me regardait de la même façon quand ce n’était pas le cas. Je me souviens de sa main dans la mienne, de la sensation que quelqu’un, que quelque chose m’appartenait. »

lundi 18 juillet 2016

Je suis la méduse, de Béatrice Fontanel et Alexandra Huard

Editeur : Les Fourmis Rouge
Année : 2016
Public visé : Enfants, à partir de 6 ans


Résumé :
Une jeune méduse se raconte.
Elle croise un jour la route d'une petite fille, qu'elle pique malencontreusement. Le père sort la méduse de l'eau et la laisse échouée sur le sable. À l'agonie, la jeune méduse sera sauvée in extremis par la petite fille, qui la rejettera à la mer. Devenue une méduse adulte, elle retrouvera l'enfant devenue jeune fille et la reconnaîtra grâce à la cicatrice laissée sur son poignet par la piqûre. Elle entamera alors pour elle une sublime et silencieuse danse sous-marine.

Ce que j’en pense :
J’ai eu un coup de cœur pour ce très bel album au propos original, à l’écriture envoûtante et aux vives illustrations en aquarelle.
L’auteur, Béatrice Fontanel, se glisse dans la peau d’une méduse, cet animal composé à 98% d’eau qui ne possède ni cerveau ni cœur et qui blesse sans volonté de nuire. Ici, elle pique une petite fille dont le père dépose la méduse sur la plage, pour qu’elle ne puisse plus blesser personne. La petite fille au cœur généreux la remettra pourtant à l’eau. C’est donc une belle histoire sur le pardon, la compréhension envers un être au fonctionnement différent que l’on a dérangé dans son milieu naturel. La dimension écologiste se retrouve également au travers des déchets que la méduse rencontre dans les fonds sous-marins. Pour ne rien gâcher, ce propos est servi par une très belle plume, tout en poésie.
L’illustratrice, en utilisant la transparence et la fluorescence, parvient à rendre compte de toute la brillance et la grâce de la méduse dans son milieu naturel, et de sa souffrance lorsqu’elle est échouée sur la plage.


Ainsi, cet album surprenant, contre toute attente, vous fera aimer – ou en tout cas mieux comprendre – les méduses tant redoutées des baigneurs. Un plaisir littéraire et visuel accessible dès 6 ans !

Les + : l’écriture, l’originalité, les illustrations
Les - : r.a.s
Appréciation : 5/5 (Coup de cœur)


Stellabloggeuse

vendredi 15 juillet 2016

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais

Editeur : Sarbacane
Année : 2016
Pagination : 237 p.
Public visé : Ado-adultes, à partir de 17 ans


Résumé :
Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c'est l'été, et il n'a rien d'autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d'ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s'est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s'aperçoit, maintenant, qu'il ne peut plus vivre loin d'elle. Mais est-ce qu'elle veut encore de lui ?
Songe à la douceur, c'est l'histoire de ces deux histoires d'amour absolu et déphasé - l'un adolescent, l'autre jeune adulte - et de ce que dix ans, à ce moment-là d'une vie, peuvent changer. Une double histoire d'amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski - et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

Ce que j’en pense :
Cette histoire d’amour en vers est à priori un véritable ovni, un roman inspiré d’opéras russes. Et pourtant, preuve ultime de maîtrise et de talent, on ne voit pas les ficelles, on oublie très vite les effets de style et de mise en page, pour plonger dans cette histoire et tourner les pages avec fluidité.
La clé de ce tour de force de Clémentine Beauvais, c’est de ne pas avoir enfermé son histoire dans un carcan trop rigide – elle ne recherche pas systématiquement la rime, ou l’équilibre parfait des phrases. Ainsi, elle laisse parler les sentiments tout en donnant à son roman une belle poésie.
L’amour est au cœur du roman, vécu de différentes façons : idéal à vivre pleinement, promesse d’ennui, obsession, frein à l’accomplissement individuel et personnel, magnifique et effrayante surprise… On en retrouve tous les délices et tous les paradoxes. Le roman a également l’intérêt de mettre en parallèle un amour d’adolescence et un autre plus adulte, avec une intéressante évolution des personnages.
En revanche, il me semble que pour apprécier pleinement l’histoire et les émotions qu’elle véhicule, il faut avoir vécu amour et désillusions, il faut avoir – déjà – perdu un peu de sa jeunesse. Aussi, je ne recommanderais pas ce roman avant 17 ans, et il me semble que c’est ma génération – celle des 20-30 ans – qui est la plus à même d’en apprécier toute la saveur.
Ainsi, Clémentine Beauvais réussit à nous offrir une romance pleine de sentiments mais jamais guimauve, jamais écœurante, source d’intéressantes réflexions. Comme avec « Les petites reines » que j’avais adoré (et encore, le mot est faible), elle nous emmène hors des sentiers battus et de l’attendu.
Encore un peu de patience, vous trouverez « Songe à la douceur » en librairie à partir du 24 août !

Les + : les réflexions, la poésie
Les - : r.a.s
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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« et je suis sûre que parmi vous,
il y en a qui pensent,
parfois à des amours gâchées
il y a deux, trois ou dix ans.
Ce n’est pas pire après dix ans,
ça n’augmente pas nécessairement avec le temps,
ce n’est pas
un investissement,
le regret. »

« on peut pas faire l’amour debout quand on est amoureux,
ça va pas ou quoi, la verticalité ne va plus de soi,
quant on est amoureux,
quand quelqu’un est allé nous voler dans notre ventre
le centre de gravité qu’on y gardait. »

« Qu’est-ce que je vais faire quand je me réveillerai sans ma jeunesse,
avec dix mille ans de plus et pas plus d’expérience – pas plus d’intelligence,
parce que l’ennui, c’est pas une sagesse »