mardi 15 octobre 2013

Kléber, de Henri Courtade : au cœur des tranchées de Verdun


Je ne vais pas vous ressasser une énième fois mon amour pour les romans de Henri Courtade, je pense que vous aurez compris qu’il s’agit-là de l’un de mes auteurs chouchous, un membre de mon Top Five. Néanmoins, au cas où vous seriez passé à côté, je vous invite à lire les articles de la semaine Henri Courtade ;) Aussi, quand il a annoncé la sortie d’un nouveau roman à quelques jours de mon anniversaire, qui plus est un roman historique, comment aurais-je pu résister ? Ni une ni deux, aussitôt reçu aussitôt lu !

Résumé

Avec ce roman, Henri Courtade nous propose de découvrir le destin de Kléber Dupuy, le héros méconnu de la bataille de Verdun. L’auteur a rencontré le neveu de ce dernier et, littéralement fasciné par son récit, il a décidé de lui rendre justice avec un roman. Il revient brièvement sur la jeunesse de Kléber, avant de nous emmener dans l’enfer de Verdun et d’en tirer les leçons.

Verdun, comme si vous y étiez

Comme le dit l’auteur, il est difficile pour nous de se représenter l’horreur des combats de la Première Guerre Mondiale pour tous ceux qui n’ont pas vécu « ça ». Pourtant, il parvient à nous faire vivre cette histoire de l’intérieur, au travers de Kléber Dupuy. Il n’épargne pas le lecteur concernant les obus et leurs dégâts, les cadavres laissés le plus souvent sur place, parvenant ainsi à nous faire ressentir la violence du conflit. Pour le passage-clé de la bataille, il utilise l’image parlante d’un match de rugby.

Un livre écrit avec le cœur

Mais pour moi, le principal point fort de ce roman à la frontière du documentaire historique, c’est que l’on ressent toute la passion de l’auteur pour son sujet. En effet, Henri Courtade est fasciné par ce premier conflit mondial, par ce gâchis en termes de vies humaines mais surtout, par l’incroyable courage de ces jeunes gens qui ont à peine vingt ans et qui meurent sans hésiter pour leur pays. On sent qu’il a beaucoup réfléchi sur le sujet, sur l’attitude des généraux, sur la psychologie des survivants. C’est un livre écrit avec le cœur, qui transmet des émotions et des réflexions, un bon livre d’Histoire dans le sens où il inculque sans donner un cours. Bref, un ouvrage qui a su parler à mon cœur d’ancienne étudiante en Histoire

Les personnages

On ne peut pas vraiment parler ici de personnages dans le sens où les hommes cités ici ont réellement existé. Kléber Dupuy est au centre, un instituteur réfléchi doté d’un instinct de protection bienvenu, un homme capable de mener des troupes. A côté de lui, les autres Poilus, certains anonymes et d’autres non, mais tous animés du même courage qui les empêche de reculer même si ce combat semble perdu d’avance. Ils savent jouer collectifs. Pourrions-nous en dire autant aujourd’hui si nous avions à revivre cela ? Enfin, des noms connus sont cités ici, des généraux, dont l’Histoire se souvient mais qui, ici, sont relégués à l’arrière-plan.

L’écriture 

Que dire si ce n’est que ce roman est agréable à lire, que j’ai beaucoup aimé suivre ce morceau d’histoire écrit comme un roman. Si certains universitaires voulaient s’en inspirer un peu, ils seraient peut-être davantage lus ! Quoi qu’il en soit, le « style Courtade » est là, efficacement bien écrit. Les descriptions, essentielles pour ce type d’ouvrage, nous plongent véritablement dans le conflit de Verdun, ne nous épargnant ni la chair et le sang, ni le bruit, ni les odeurs.

En quelques mots…

Ainsi, Henri Courtade réalise ici une très belle application du devoir de mémoire en mettant en lumière un destin, celui de Kléber Dupuy, et à travers lui celui de milliers d’hommes ordinaires qui se sont battus pour la France. Il nous fait réfléchir sur ce premier conflit mondial, sur la manière dont il a été mené et sur ses conséquences. Mais surtout, il nous transmet toute sa passion pour le sujet et nous donne goût à la connaissance de l’Histoire. Je ne dirais pas que j’attends le prochain, parce que ce n’est pas gentil de mettre la pression sur un auteur, mais je n’en pense pas moins… ;)

Note : 4/5

Stellabloggeuse

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« J’ai vu, révélé par le flash de l’éclair l’espace d’un dixième de seconde, ressurgir sur son visage la terreur sourde et profonde que mon grand-oncle cachait aux yeux de tous sous ses pitreries incessantes. Tel un voile qui se soulève à peine et laisse entrevoir un infime instant ce qui est caché aux yeux de tous, j’ai entraperçu pour la seule et unique fois de mon existence ce qui pouvait se tramer dans son âme – je dis bien son âme, car il s’agissait là de quelque chose de bien plus profond qu’un esprit meurtri. Une âme définitivement souillée par ce blasphème, cette insulte à la grandeur de l’homme. Une âme prise au hasard parmi des millions d’autres, jeunes et insouciantes, qui ne rêvaient que d’une vie paisible et d’une fille à aimer, enfin, toutes ces choses dont on peut rêver lorsque l’on a vingt ans. Oui, j’ai vu, le temps d’un battement de paupière, ce qui couvait au tréfonds de tous ceux qui avaient vécu ça, et n’en parlaient qu’entre eux. »

« Que faire ? Continuer. Jeter un regard impuissant empli de larmes de colère vers les camarades abandonnés là comme des chiens, puis à l’instant, leur voisin est volatilisé par un obus, quand il ne meurt pas noyé dans les trous gigantesques pleins de boue, ou enterré vif, juste le temps qu’il faut pour qu’il s’étouffe, car un nouvel obus se chargera de le déterrer – trop tard bien sûr – afin de le rappeler au bon souvenir de ceux qui respirent encore. Et avancer en rangs de plus en plus clairsemés. Avancer inexorablement. Avancer vers l’objectif. Coûte que coûte. »

6 commentaires:

  1. Je l'ai terminé hier et j'ai vraiment aimé... L'auteur arrive à meler la biographie, l'histoire et le roman et nous offre un bel hommage à un héros méconnu de cette horrible guerre (comme toutes les guerres d'ailleurs).
    Trés belle chronique Stella..qui donnera surement envie à d'autres de découvrir l'un de nos auteurs "chouchou"...

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    1. Merci, j'espère bien donner envie de le découvrir :)

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  2. Je crois n'avoir encore jamais lu de roman traitant cette période. Pourquoi donc ne pas commencer avec ce bon roman, d'autant que je n'ai pas non plus eu la chance de lire cet auteur.

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    1. Excellente idée ! J'espère que tu aimeras cet auteur qui me tient vraiment à coeur

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  3. Excellent ouvrage et commentaire , lequel donne , je pense , envie d'aller au bout de la lecture de ce roman qui relate une vie et un fait de guerre réels et qui témoigne en même temps du courage des " poilus " . On pourrait croire que l'auteur était l'un deux et on doit le remercier du coeur mis à la rédaction de cette histoire de vie.

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    1. Oui, il y a énormément de coeur dans ce roman, c'est un livre plein de passion et un bel exemple de courage

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