mardi 9 avril 2013

Silhouette, de Jean-Claude Mourlevat : 10 délicieuses nouvelles cruelles


J'ai découvert Jean-Claude Mourlevat il y a un ou deux ans avec son "Combat d'hiver" dont j'avais beaucoup aimé l'univers hivernal, glacial. J'ai poursuivi l'aventure avec une dystopie, "Terrienne", que j'ai encore davantage apprécié. Aussi j'ai été très heureuse d'apprendre qu'il publiait un nouvel ouvrage début 2013. Je ne suis pas une lectrice de nouvelles, mais suite à l'avis de Juliah sur ce recueil, je n'ai pas hésité !

Résumé

Silhouette : Lorsque Pauline apprend que l'on recherche une figurante dans sa ville, pour un film dans lequel joue son acteur favori, elle tente sa chance avec enthousiasme...

Case départ : Pour la première fois, Guillaume part en vacances sans ses parents. Alors que ses parents sont déjà partis, il a la responsabilité de clore la maison...

Pardon : Monsieur Duc se croit condamné par un cancer, et tente de demander pardon aux personnes auxquelles il a causé du tort durant sa vie...

Love : Angélique, une jeune femme, introvertie mais brillante, décide de partir une année en Angleterre afin de vaincre sa peur de vivre et tenter de s'épanouir...

Ouessant : Une famille peu aisée (une mère coutière et un père tâcheron) s'offre les premières et les denières vacances de sa vie, sur l'île d'Ouessant...

L'accord du participe : Monsieur Dieuze, un vieil homme, très à cheval sur la grammaire, compte bien faire avaler un ouvrage de référence de la langue française au ministre des Finances...

Dom Juan : Cornel Badescu, l'acteur principal de la pièce de théâtre "Dom Juan", qui fait un tabac, doit faire face à de subites pertes de mémoire...

Mon oncle Chris : Un jeune garçon nous raconte l'histoire de son parrain, un aventurier qui avait pour habitude de multiplier les conquêtes féminines...

Jolis nuages : Madame Maréchal, retraitée et veuve, donne un sens à sa vie en apprenant des poèmes...

Un escroc : Pas de résumé pour cette nouvelle, je vous laisse la surprise ! A lire absolument en dernier.

Des nouvelles efficaces

Jean-Claude Mourlevat montre un certain talent pour l'écriture de nouvelles. En une quinzaine ou une vingtaine de pages, il parvient en effet à planter un décor et à nous raconter une véritable histoire. Il ne lui est pas possible de développer un univers riche et imaginaire comme dans ses romans, il ancre donc ces nouvelles dans le réel et nous parle de la "vraie vie". Cela donne une oeuvre différente de ce à quoi il nous a habitués, mais l'exercice est réussi.

Des nouvelles cruelles, un plaisir coupable

La particularité de ces nouvelles, c'est qu'elles se terminent soit mal...soit très mal ! L'auteur les a voulues volontairement cruelles, afin de montrer la futilité des efforts de l'homme, de ses grandes ambitions, de ses espérances. D'autres sont simplement tristes ou nostalgiques. Ainsi, la chute de chaque nouvelle tombe comme un couperet. Et je dois avouer que j'ai rapidement éprouvé un plaisir coupable à voir ces personnages martyrisés, trompés par la vie. Mais à l'inverse, j'ai parfois été émue par leur sort.

Des histoires d'un intérêt un peu inégal

Concernant l'intrigue de ces nouvelles et l'intérêt que je leur ai porté, celles qui m'ont le plus marquée sont les quatre premières, ainsi que la toute dernière. Celles du milieu m'ont paru d'un intérêt moindre, notamment celle intitulée "Dom Juan".

En quelques mots...

Ainsi, j'ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles cruelles, que j'ai lues avec un plaisir coupable. J'ai eu envie de décerner un petit coup de coeur, malgré l'intérêt moindre de certaines histoires, parce que j'ai ressenti une réelle jubilation et des émotions fortes lors de ma lecture, avant de me rétracter (je sais, je deviens dure). Mais c'est un ouvrage à conseiller à tous, à partir de 14 ou 15 ans.


Note : 4,5/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie du challenge :


 Où sont les hommes ? : lecture n°36

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"Elle le suivait depuis toujours, elle connaissait tous ses films, c’est-à dire une trentaine. Elle en avait vu certains deux fois ou même trois. Il avait dans les cinquante ans. Elle en avait dix de moins et estimait qu’ils auraient constitué un très beau couple. Mais un couple improbable, puisqu’il était l’un des cinq acteurs les mieux payés de l’Hexagone alors qu’elle entassait ses bons de réduction aux magasins Casino dans une boîte métallique posée sur son frigo,
et qu’il était une star mondialement connue, tandis qu’elle était employée de la Caisse d’épargne de la place de la République, à Saint-Étienne. Et par ailleurs, elle était déjà prise."

"Aux dix commandements de Dieu, il en avait ajouté un, le onzième : "Tu accorderas correctement le participe employé avec être et avoir", qu'il situait, dans sa hiérarchie personnelle, tout juste après le "Tu ne tueras point""

4 commentaires:

  1. Je suis bien contente que tu aies apprécié ta lecture :) Mourlevat nous aura bien eu sur ce coup-là ^^

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    1. Je me suis régalée, et c'est grâce à ton billet ;)

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  2. J'ai adoré !! Quelle surprise à chaque nouvelle, quelle pirouette à la fin !

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