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vendredi 23 décembre 2016

Les Borgia, tome 2, de Kate Quinn : La Concubine du Vatican

Editeur : Presses de la cité
Année : 2016
Pagination : 509 p.
Public visé : Adulte

*Attention, il s’agit du second tome d’une série, présence de spoilers sur le tome précédent*

Résumé :
La famille Borgia est à nouveau réunie et cela ne présage rien de bon.
De retour à Rome, Giulia Farnese, maîtresse officielle du papa et désormais mère d'une petite fille, doit faire face aux nouveaux dangers qui menacent son clan. Sa cuisinière et confidente, Carmelina, est rattrapée par son secret : le couvent dont elle s'est enfuie pourrait bientôt la retrouver et elle n'est plus en sécurité.
Son garde du corps Leonello est quant à lui bien décidé à mettre fin à la série de meurtres qui, étrangement, secoue de nouveau la ville depuis le retour des Borgia. Anna était sa seule amie et il refuse de laisser son crime impuni sous prétexte qu'elle n'était qu'une simple servante.

Ce que j’en pense :
Si après avoir beaucoup aimé le premier tome, j’ai traîné un peu à lire cette suite que je possède depuis cet été, c’est principalement à cause de son gros format, peu adapté aux transports en commun !
Mais une fois commencé, j’ai encore une fois été emportée par les relations tumultueuses entre Giulia Farnese et la famille Borgia. Le personnage de Giulia est une vraie réussite, j’aime sa droiture et sa finesse d’esprit, tandis que les Borgia basculent peu à peu du côté sombre.
J’ai été moins convaincue par le virage inattendu pris au niveau des romances dans ce tome, tant en ce qui concerne Carmelina que Giulia, probablement parce que tout cela est très soudain.
Ainsi, c’est plutôt l’intrigue pleine de rebondissement qui m’aura séduite dans ce tome, et fait tourner les pages à toute allure. Petit bémol, la cuisine est moins présente, et c’est dommage, car c’était un vrai plus !
Mais c’est historique, malgré de petits arrangements expliqués en postface, et c’est romanesque à souhait, en un mot : c’est du Kate Quinn ! Ce dyptique des Borgia étant terminé, j’attends maintenant avec impatience de retrouver la Rome antique avec la suite de « L’impératrice des sept collines ».


Les + : l’intrigue, le personnage de Giulia
Les - : les romances
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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Ce roman fait partie du challenge :



Challenge ABC 2016 : 13/13

lundi 7 novembre 2016

Petit pays, de Gaël Faye

Editeur : Grasset
Année : 2016
Pagination : 215 p.
Public visé : Adultes


Résumé :
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Ce que j’en pense :

Je n’avais pas spécialement l’intention de lire ce roman, le plus sélectionné des prix littéraires d’automne. C’est l’avis d’une collègue bibliothécaire enthousiaste qui m’a finalement décidée à me lancer, sans regret.

Gaël Faye nous ramène dans ce qui doit ressembler à son enfance, dans l’Afrique des années 1990, alors que le Burundi, déjà aux prises avec ses propres démons, est contaminé par le génocide rwandais. Le propos, grave, politique, est atténué par la jeunesse de Gabriel, le personnage principal, qui aborde des événements avec l’innocence de l’enfance, avant que celle-ci ne finisse par voler en éclats. C’est ainsi que l’on glisse lentement d’un humour tendre teinté d’inquiétudes dérisoires à une véritable prise de conscience de sa qualité de petit français pris en tenaille entre Hutus et Tutsis, au prix de terribles événements.

J’ai aimé ce mélange doux amer d’enfance et de drames, cette manière d’amener lentement les événements à notre compréhension. J’ai aussi apprécié le ton avec lequel l’auteur évoque l’exil. Une plume à suivre, assurément.

Les + : le point de vue de l’enfant, l’écriture
Les - : r.a.s
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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« Ce n’est pas la distance terrestre qui rend le voyage long, mais le temps qui s’est écoulé. J’étais d’un lieu, entouré de famille, d’amis, de connaissances et de chaleur. J’ai retrouvé l’endroit mais il est vide de ceux qui le peuplaient, qui lui donnaient vie, corps et chair. Mes souvenirs se superposent inutilement à ce que j’ai devant les yeux. Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. »

« C’est la première fois qu’on a un président qui n’est pas militaire. Je pense qu’il aura moins mal à la tête que ses prédécesseurs. Les présidents militaires ont toujours des migraines. C’est comme s’ils avaient deux cerveaux. Ils ne savent jamais s’ils doivent faire la paix ou la guerre. »


« Les gens l’appelaient Ninja parce qu’il passait son temps à faire des mouvements de karaté dans le vide et à crier comme s’il se battait contre des milliers d’ennemis invisibles. Les adultes disaient qu’il était fou, avec ses katas. Nous, les enfants, on aimait bien, on trouvait ça plus normal que bien des choses que font les adultes, comme organiser des défilés militaires, vaporiser du déodorant sous les bras, porter des cravates quand il fait chaud, boire des bières toutes la nuit assis dans le noir ou écouter ces interminables chansons de rumba zaïroises. »

mercredi 2 novembre 2016

Le dernier des nôtres, d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre

Editeur : Grasset
Année : 2016
Pagination : 488 p.
Public visé : Adultes

Résumé :
« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » 
Cette jeune femme qui descend l’escalier d’un restaurant de Manhattan, élégante, rieuse, assurée, c’est Rebecca Lynch. Werner Zilch, qui l’observe, ne sait pas encore que la jeune artiste est aussi une richissime héritière. Werner n’a pour lui que ses yeux bleus délavés. Son nom étrange. Et une énergie folle : enfant adopté par un couple de la classe moyenne, il rêve de conquérir New-York avec son ami Marcus.
Werner poursuit Rebecca, se donne à elle, la prend : leur amour fou les conduit dans la ville en pleine effervescence au temps de Warhol, Patti Smith et Bob Dylan… Jusqu’au jour où Werner est présenté à la mère de Rebecca, Judith, qui s’effondre en le voyant. Ainsi se rouvre le dossier douloureux des origines de Werner. Qui Judith a-t-elle reconnu dans ces traits et ces yeux presque gris ? Quels souvenirs hideux cache-t-elle sous ses bracelets d’or ?

Ce que j’en pense :

J’avais adoré « Fourrure » d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, mon livre préféré en 2010. Cela faisait déjà 6 ans qu’elle n’avait rien publié, et j’ai été très heureuse de la voir revenir avec « Le dernier des nôtres ».

Ce roman tourne autour d’un personnage charismatique, Werner Zilch, un jeune homme d’affaire ambitieux, en train de vivre le rêve américain et de bâtir sa fortune de ses propres mains. Werner est un personnage difficile à comprendre, peu sympathique au premier abord avec ses dents longues et sa légèreté vis-à-vis des femmes, mais en apprenant à le connaître on l’apprécie davantage.

L’auteur alterne des chapitres sur le présent de Werner, dans les années 1970 à New York, autour de sa relation tumultueuse avec la mystérieuse Rebecca, et ses origines, qui trouvent leur source dans une Allemagne en pleine débâcle, en 1945.
L’intrigue est habilement menée, on a hâte de connaître le fin mot de l’histoire. Il y a des choses intéressantes, notamment sur la position délicate des scientifiques dans la seconde guerre mondiale. J’ai moins aimé le côté « rêve américain » très présent, l’hommage au Manhattan des artistes, ou même la fin du roman un peu trop heureuse.

Ainsi, dans l’ensemble, j’ai apprécié ce roman d’amour où s’invite l’Histoire, même s’il ne m’a pas emportée comme l’avait fait « Fourrure ». Le grand prix de l'académie française qu'il vient de recevoir, ainsi que sa sélection dans la liste finale du Renaudot lui promettent en tout cas un joli parcours.

Les + : le côté historique
Les - : trop de rêve américain
Appréciation : 3,5/5


Stellabloggeuse

lundi 3 octobre 2016

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Editeur : Gallimard jeunesse
Année : 2016
Pagination : 477 p.
Public visé : Adolescents à partir de 14 ans, adultes

Résumé :

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l'avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes...
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté...

Ce que j’en pense :
Après le bouleversant « Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre » et le réjouissant « Big easy », Ruta Sepetys revient avec un roman coup de poing. 
En écho à son premier roman, elle nous permet de suivre Joana, la cousine de Lina, qui est parvenue à se réfugier en Prusse Orientale. Durant l’hiver 1944-1945, en pleine débâcle, elle doit fuir devant l’avancée de l’armée russe - tout comme deux autres personnages, une jeune fille polonaise très courageuse et un mystérieux allemand. Enfin, le pathétique Alfred est l’un des soldats chargés de les évacuer sur le « Wilhelm Gustloff ».

Tous les quatre prennent la parole en alternance, et leurs points de vue se complètent admirablement bien. Les chapitres très courts donnent un rythme haletant au roman pour accompagner la fuite en avant des personnages : impossible de le lâcher !

Le roman est très bien documenté, ce qui n’empêche pas l’émotion d’être très présente. Merci à Ruta Sepetys  d’avoir mis en lumière un pan méconnu de l’histoire, que j’ignorais totalement.

J’ai un minuscule bémol sur la fin, trop rapide à partir de l’ébranlement du navire, mais qui m’a tout de même amplement satisfaite. Cela ne m’empêche pas de lui attribuer un coup de cœur mérité, pour ce roman terrible ou l’humanité est tour à tour folle et généreuse.

Les + : le rythme haletant, l’émotion
Les - : la fin trop rapide
Appréciation : 5/5 (Coup de coeur)

Stellabloggeuse


« Au moment même où l’on croit que la guerre nous a pris tout ce qui nous était le plus cher au monde, reprit-il en désignant le petit garçon d’un geste de la main, on rencontre quelqu’un  et on se rend compte que l’on a toujours plus à donner. »

vendredi 9 septembre 2016

Le village des oubliés, d’Henri Courtade

Editeur : Lucane éditions
Année : 2016
Pagination : 351 p.
Public visé : Adulte


Résumé :
Été 1982 : une famille allemande, de passage dans un village du Sud-Ouest est sauvagement assassinée. Vengeance ou coïncidence ? En 1944, les SS avaient massacré les habitants de ce même village. Les survivants se taisent : quelque chose d'inavouable doit rester caché. Mais les morts n'oublient pas, le passé resurgit toujours. Et avec lui, un secret inimaginable.

Ce que j’en pense :
Cela faisait trois longues années, que ceux qui ont goûté à la plume d’Henri Courtade attendaient un nouveau cru ! Après l’excellent Loup y es-tu, l’exaltant Lady R (et son pendant Lady A), l'engagé A la vie à la mort et l'historique Kléber, autant dire que mes attentes étaient élevées.

Une nouvelle fois après Kléber, l’auteur explore la veine historique, dans une intrigue en forme de puzzle qui prend sa source dans la Grande Guerre, avec des allers-retours entre l’été 1982 et juin 1944. Cette dimension historique est doublée d’une enquête policière, puisque quatre allemands sont tués un soir de juillet 1982. Un meurtre qui prend directement sa source dans les non-dits du 11 juin 1944. La narration est très bien maîtrisée, l’auteur nous balade habilement entre les époques pour nous mener à un dénouement qui possède sa part d’inattendu.

Mais ce qui m’a le plus plu dans ce roman, c’est cette certitude que l’on a, dès les premières pages, que l’auteur l’a écrite comme un exorcisme, avec ses tripes bien étalées sur la table, avec souffrance. Si vous me trouvez crue, passez votre chemin car Henri Courtade ne vous épargne rien de la laideur de la guerre, pas même l’odeur de la viande grillée ! Il dérange et bouscule et c’est tant mieux, car rien n’est pire que de se croire insensible à cette souffrance et à ce gâchis. Il nous offre surtout un roman sincère et humain, même si cette humanité n’a rien de noble.

J’ai également apprécié la réflexion historique, sur l’héritage de la Grande Guerre, insinué dans les cœurs comme un poison, donnant naissance à toute une génération de salauds plus ou moins ordinaires. Car il n’y a pas de héros dans ce roman, simplement des gens plus honnêtes que d’autres. Et des enfants innocents, même s’ils ressentent confusément le poids du secret sur leurs épaules. On se sent pourtant l’un d’entre eux, comme un membre de ce village, dont on sait déjà qu’on ne pourra jamais le quitter tout à fait.

Les + : la sincérité, la narration
Les - : un final qui aurait pu être plus percutant ?
Appréciation : 4,5/5

Stellabloggeuse
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« A la place, il tenta un sourire rassurant. Manqué bien sûr. Cela faisait longtemps qu’il ne savait plus comment s’y prendre. L’orage noir qui grondait dans sa tête depuis la Grande Guerre obscurcissait tout : la joie, la vie, la nourriture, l’ivresse du pinard. Seuls les morts avaient encore de la saveur à ses yeux. Et des morts, il en flairait pas mal autour de lui. Un sacré paquet de cadavres en devenir, même. Pas de quoi se fendre la poire non, vraiment pas de quoi. »


« Juste, moi ? s’exclama-t-il, tentant de maîtriser tant bien que mal sa colère. Juste, moi, l’ordure qui a copieusement participé à toutes ces saloperies ? Oh, pas tout seul bien sûr, avec l’aide de quelques millions de salopards qui pour des raisons bonnes ou moins bonnes ont voulu tout ça, mais sans vraiment le vouloir, si tu vois ce que je veux dire. On veut jamais bien entendu. Et c’est ça le pire ! »

mardi 9 août 2016

Berezina, de Sylvain Tesson

Editeur : Guérin
Année : 2015
Pagination : 199 p.
Public visé : Adultes

Résumé :
En 2012, deux cent ans presque jour pour jour après la Retraite de Russie qui fut le premier acte de l’effondrement de l’Empire napoléonien, Sylvain Tesson, accompagné d’amis français et russe, décide de partir en side-car sur les traces de la Grande Armée, entre Moscou et Paris. Sur la route marquée par le froid et les difficultés, les fantômes du passé ne cessent de les hanter et de rejouer dans leur tête ces épisodes historiques. L’occasion de tirer un bilan personnel de l’ère napoléonienne à la lumière de nos existences actuelles.

Ce que j’en pense :
J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la plume exigeante et parfois aérienne de Sylvain Tesson, sa Russie, et surtout sa capacité à réfléchir voire méditer sur les grands et les petits sujets de l’existence.
Pour nous lecteurs, le voyage est historique, l’occasion de découvrir des épisodes peu glorieux et parfois peu connus de l’ère napoléonienne. L’occasion de réfléchir également sur l’héritage laissé par Napoléon et les raisons de sa chute, mais aussi de remettre en perspective nos petits tracas quotidiens.
Mais ce que l’on éprouve avant tout, c’est la souffrance des soldats, qui rattrape rapidement les voyageurs et donne à leur trajet un tour beaucoup plus émouvant et intimiste que l’on ne s’y attendait au départ. Attention, âmes sensibles s’abstenir, les descriptions historiques ne sont pas toujours jolies jolies !
Ainsi, j’ai retrouvé dans ce nouveau livre ce que j’avais apprécié avec « Dans les forêts de Sibérie » : son talent pour observer et raconter les paysages qu’il traverse, mais aussi sa capacité à réfléchir et à relativiser nos existences.

Les + : les paysages, la réflexion sur l’Histoire, l’émotion
Les - : âmes sensibles s’abstenir !
Appréciation : 3,5/5

Stellabloggeuse
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« Un haut-lieu, dit-il, c’est un arpent de géographie fécondé par les larmes de l’histoire, un morceau de territoire sacralisé par une geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, par-delà les siècles, continue d’irradier l’écho des souffrances tues ou des gloires passées. C’est un paysage béni par les larmes et le sang. Tu te tiens devant, et, soudain, tu éprouves une présence, un surgissement, la manifestation d’un je-ne-sais-quoi. C’est l’écho de l’Histoire, le rayonnement fossile d’un événement qui sourd du sol, comme une onde. Ici, il y a eu une telle intensité de tragédie en un si court épisode de temps que la géographie ne s’en est pas remise. Les arbres ont repoussé, mais la Terre, elle, continue à souffrir. Quand elle boit trop de sang, elle devient un haut lieu. Alors, il faut la regarder en silence car les fantômes la hantent. »

vendredi 15 juillet 2016

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais

Editeur : Sarbacane
Année : 2016
Pagination : 237 p.
Public visé : Ado-adultes, à partir de 17 ans


Résumé :
Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c'est l'été, et il n'a rien d'autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d'ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s'est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s'aperçoit, maintenant, qu'il ne peut plus vivre loin d'elle. Mais est-ce qu'elle veut encore de lui ?
Songe à la douceur, c'est l'histoire de ces deux histoires d'amour absolu et déphasé - l'un adolescent, l'autre jeune adulte - et de ce que dix ans, à ce moment-là d'une vie, peuvent changer. Une double histoire d'amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski - et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

Ce que j’en pense :
Cette histoire d’amour en vers est à priori un véritable ovni, un roman inspiré d’opéras russes. Et pourtant, preuve ultime de maîtrise et de talent, on ne voit pas les ficelles, on oublie très vite les effets de style et de mise en page, pour plonger dans cette histoire et tourner les pages avec fluidité.
La clé de ce tour de force de Clémentine Beauvais, c’est de ne pas avoir enfermé son histoire dans un carcan trop rigide – elle ne recherche pas systématiquement la rime, ou l’équilibre parfait des phrases. Ainsi, elle laisse parler les sentiments tout en donnant à son roman une belle poésie.
L’amour est au cœur du roman, vécu de différentes façons : idéal à vivre pleinement, promesse d’ennui, obsession, frein à l’accomplissement individuel et personnel, magnifique et effrayante surprise… On en retrouve tous les délices et tous les paradoxes. Le roman a également l’intérêt de mettre en parallèle un amour d’adolescence et un autre plus adulte, avec une intéressante évolution des personnages.
En revanche, il me semble que pour apprécier pleinement l’histoire et les émotions qu’elle véhicule, il faut avoir vécu amour et désillusions, il faut avoir – déjà – perdu un peu de sa jeunesse. Aussi, je ne recommanderais pas ce roman avant 17 ans, et il me semble que c’est ma génération – celle des 20-30 ans – qui est la plus à même d’en apprécier toute la saveur.
Ainsi, Clémentine Beauvais réussit à nous offrir une romance pleine de sentiments mais jamais guimauve, jamais écœurante, source d’intéressantes réflexions. Comme avec « Les petites reines » que j’avais adoré (et encore, le mot est faible), elle nous emmène hors des sentiers battus et de l’attendu.
Encore un peu de patience, vous trouverez « Songe à la douceur » en librairie à partir du 24 août !

Les + : les réflexions, la poésie
Les - : r.a.s
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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« et je suis sûre que parmi vous,
il y en a qui pensent,
parfois à des amours gâchées
il y a deux, trois ou dix ans.
Ce n’est pas pire après dix ans,
ça n’augmente pas nécessairement avec le temps,
ce n’est pas
un investissement,
le regret. »

« on peut pas faire l’amour debout quand on est amoureux,
ça va pas ou quoi, la verticalité ne va plus de soi,
quant on est amoureux,
quand quelqu’un est allé nous voler dans notre ventre
le centre de gravité qu’on y gardait. »

« Qu’est-ce que je vais faire quand je me réveillerai sans ma jeunesse,
avec dix mille ans de plus et pas plus d’expérience – pas plus d’intelligence,
parce que l’ennui, c’est pas une sagesse »

mercredi 6 juillet 2016

Côté face, tome 2, d’Anne Denier : Noces de lune

Editeur : Rebelle
Année : 2014
Pagination : 448 p.
Public visé : Adultes

*Attention il s’agit du second tome d’une saga, présence de spoilers sur le tome précédent*

Résumé :
Il n’était plus.
Ainsi il y avait bien une fin à cette histoire. Trois cents ans de souvenirs se bousculèrent dans ma tête, des ruelles de Prague aux salons de Berlin, dans la douleur et les regrets.
Je l'ai tant aimé.
Nous nous sommes tant déchirés.

Ce que j’en pense :
Ma lecture de « Côté face » d’Anne Denier a beau être assez ancienne maintenant (4 ans), j’en garde un bon souvenir, avec son atmosphère oppressante et cette romance qui traversait le temps.
Ce second volet n’est pas vraiment une suite puisqu’il apporte un autre point de vue, même si une partie de la narration se déroule juste après la mort de Côme. En effet, la narratrice de ce tome est Clara, l’épouse de Côme, avec qui elle a vécu le meilleur et le pire. Elle nous apporte une autre vision du bourreau sanguinaire découvert dans « Côté face », celui d’un homme capable d’une grande violence, mais également d’éprouver des sentiments puissants. Elle-même n’est pas très sympathique, revendiquant ce cœur de pierre derrière lequel elle se protège, et une certaine cruauté. On finit cependant par la prendre en pitié, elle à qui l’existence n’a jamais offert le moindre choix ou presque.
La narration est assez exigeante mais bien maîtrisée – y compris les détails historiques : elle se déroule sur quatre périodes différentes, des moments charnière de l’existence de Clara, où nous apprenons peu à peu à nous repérer. En outre, la plume est agréable.
En revanche, âmes sensibles s’abstenir, ce tome est encore plus sombre que le précédent, très noir et empreint de violence. Néanmoins, j’ai su l’apprécier, surtout pour ses nuances : dans cette histoire, il n’y a pas de bons et de mauvais, juste des humains qui montrent leurs meilleurs et leurs pires côtés, accablés du fardeau de l’immortalité.

Les + : les nuances apportées aux personnages
Les - : très sombre
Appréciation : 3,5/5

Stellabloggeuse
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« -Côme ?
Avait-il entendu ? Un souffle presque imperceptible me répondit.
-Enlève-moi, emporte-moi loin d'ici, et puis tue-moi pour m'épargner la honte de n'avoir ni honneur, ni vertu, ni morale.
Me séduire, m'enlever, me tuer. Car c'était la seule échappatoire à ma vie toute tracée, de devoir, de sagesse et d'obéissance.
-Emporte-moi loin d'ici et je serai à toi. »

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Ce roman fait partie du challenge :



Challenge New Pal 2016 : 9/56

mardi 21 juin 2016

La 5e vague, tome 3, de Rick Yancey : La dernière étoile

Editeur : Robert Laffont
Année : 2016
Pagination : 418 p.
Public visé : Adolescents à partir de 15/16 ans, et adultes

*Attention, il s’agit du 3e tome d’une série, présence de spoilers sur les tomes précédents *

Résumé :
1re vague : Extinction des feux.
2e vague : Déferlante.
3e vague : Pandémie.
4e vague : Silence.
À l'aube de la 5e vague...
Ils sont parmi nous. Ils sont dans leur vaisseau. Ils sont nulle part. Ils veulent la Terre. Ils veulent qu'elle nous revienne. Ils sont venus nous exterminer. Ils sont venus nous sauver...
Cassie a été trahie. Ringer aussi. Et Zombie. Et Nugget. Et les 7,5 milliards d'humains qui peuplaient notre planète. Trahis d'abord par les Autres, et maintenant par eux-mêmes.
En ces derniers jours, les rares survivants sur Terre se retrouvent confrontés au dilemme ultime : sauver leur peau... ou sauver ce qui les rend humains.

Ce que j’en pense :
Après un premier tome trépidant et oppressant, et un second plus complexe mais tout aussi intéressant, ce troisième tome clôt en beauté l’histoire de la 5e vague. J’ai particulièrement apprécié le final, très réussi à mon goût. L’auteur transcende le destin de ses personnages en quelque chose d’universel, et l’humanité par la voix de Cassie délivre un puissant message.
J’ai tout de même trouvé des longueurs dans ce tome, notamment dans les réflexions de Ringer. Peut-être que j’étais tout simplement très pressée d’en arriver au dénouement. Mais j’ai retrouvé avec un plaisir renouvelé les personnages de Cassie et Sam. Ce dernier, conditionné en enfant soldat, fait parfois froid dans le dos, mais il reste très attachant. Quant à Cassie, elle détient le vrai courage, celui d’une jeune fille qui n’a rien d’invincible et qui assume ses faiblesses et ses sentiments.
Je regrette en revanche la faible présence d’Evan Walker dans ce tome, j’aurais aimé en savoir davantage sur lui, et sur les aliens en général, même si leurs motivations sont abordée dans ce tome, leurs motivations ne sont pas clairement explicitées.
La 5e vague reste en tout cas une série SF convaincante, qui a su me tenir en haleine, et devrait permettre une trilogie cinématographique assez spectaculaire.

Les + : le final, Cassie et Sam
Les - : quelques longueurs, manque de précisions sur les extraterrestres
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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« Ce serai le moment idéal pour prier, mais j’ai le cerveau tellement encombré que je suis incapable de penser à ce que je pourrais dire à Dieu. De toute façon, je ne suis pas certaine d’avoir envie de converser avec lui, cet insondable enfoiré. On dirait qu’il nous a tourné le dos, qu’il se moque complètement de notre sort, et je me demande si c’est ce qu’a ressenti Noé à bord de son arche. « Ok Seigneur, j’apprécie vraiment ce que tu as fait pour moi, mais qu’as-tu fait pour eux ? » Et Dieu dit « Arrête de poser tant de questions Noé. Regarde ! Je t’ai fait un arc-en-ciel ! » »

« La faille fondamentale de l’humanité était justement son humanité. Cette tendance humaine autodestructrice et inutile, déconcertante, à éprouver de l’empathie, à se sacrifier, à avoir confiance, à imaginer quoi que ce soit en dehors des frontières de son propre organisme, a conduit l’espèce au bord de la destruction. Et pire, cela a menacé la survie de toute espèce sur la Terre. »
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Ce roman fait partie du challenge :


Challenge ABC 2016 : 10/13


Challenge 100% R : 34e lecture

vendredi 20 mai 2016

Les derniers jours de Rabbit Hayes, d’Anne McPartlin

Editeur : Le Cherche midi
Année : 2016
Pagination : 454 p.
Public visé : Adultes

Résumé :
Quand Mia, surnommée affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n'a plus que neuf jours à vivre.
Tous ses proches sont présents à ses côtés pour la soutenir. Jack et Molly, ses parents, incapables de dire adieu à leur enfant, Davey et Grace, son frère et sa soeur, qui la considèrent toujours comme la petite dernière de la famille, Juliet, sa fille de 12 ans qu'elle élève seule, et enfin Marjorie, sa meilleure amie et confidente. Au fur et à mesure que les jours passent et que l'espoir de la sauver s'amenuise, sa famille et ses amis sont amenés à s'interroger sur leur vie et la manière dont ils vont continuer sans celle qui leur apporte tant.
Car, si Rabbit a elle-même perdu la bataille, celle-ci ne fait que commencer pour son entourage.

Ce que j’en pense :

Autant les livres sur la maladie sont légion, autant je n’avais encore jamais lu un roman se déroulant dans un centre de soin palliatif. On pourrait craindre que ce genre de lecture soit déprimant à souhait, mais ce n’est pas du tout le sentiment que m’a inspiré Rabbit.

Car il y a cette très belle galerie de personnages qui ne cesse de se battre contre la maladie et la fatalité. Personne ne renonce, chacun fait face à sa manière. Attention ils ne sont pas irréprochables, ils sont parfois faibles, parfois injustes, parfois ils craquent et se déchirent…et c’est justement ce qui fait toute l’humanité de ce roman et sa crédibilité. Ils sont poignants, particulièrement les parents de Rabbit qui doivent affronter l'idée d'enterrer leur enfant. Mais ils sont aussi vivants, et souvent drôles. Mention spéciale à la mère de Rabbit et à son sens de la bourde, toujours bienvenu pour se surprendre à sourire dans les pires moments.

J’ai également apprécié les débats qui entourent la fin de vie de Rabbit, notamment la place de la religion. Ce sont des philosophies de vie qui s’affrontent, notamment dans les scènes finales entre Rabbit et Johnny, ces deux derniers nous offrant au passage une belle histoire d’amour.

Mais surtout, ce roman est rempli d’espoir (et de musique) et donne une très belle leçon : même si la mort est au bout du chemin, le cancer ne gagne pas, pas si les proches restent soudés et perpétuent la vie et le souvenir.

Merci donc à Plume de Cajou pour m'avoir donné l'envie découvrir ce roman avec son billet.

Les + : les personnages, l’humour inattendu
Les - : r.a.s
Appréciation : 4.5/5

Stellabloggeuse

« -Donc, dans ma tête, on vivra heureux pour toujours au pays des fées.
A l’évidence, il était sarcastique, mais de meilleure humeur, aussi.
-Et dans la tienne, ce sont ces moments-ci, ici et maintenant, qui dureront à jamais.
-Je n’aurais pas dit mieux mais bon, c’est toi le poète. »


« Peut-être que je ne pourrai pas faire tout ce que j’avais prévu. Je ne serai pas la mère de la mariée ; devenir une vieille dame qui fait sauter ses petits-enfants sur ses genoux, ce ne sera pas pour moi. Peut-être que ça ne serait pas arrivé de toute manière, mais ça n’a plus d’importance, parce que maintenant j’ai un nouveau plan. Je vais simplement vivre. Je serai une fille, une sœur, une amie et, par-dessus tout, une mère. »