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lundi 7 novembre 2016

Petit pays, de Gaël Faye

Editeur : Grasset
Année : 2016
Pagination : 215 p.
Public visé : Adultes


Résumé :
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Ce que j’en pense :

Je n’avais pas spécialement l’intention de lire ce roman, le plus sélectionné des prix littéraires d’automne. C’est l’avis d’une collègue bibliothécaire enthousiaste qui m’a finalement décidée à me lancer, sans regret.

Gaël Faye nous ramène dans ce qui doit ressembler à son enfance, dans l’Afrique des années 1990, alors que le Burundi, déjà aux prises avec ses propres démons, est contaminé par le génocide rwandais. Le propos, grave, politique, est atténué par la jeunesse de Gabriel, le personnage principal, qui aborde des événements avec l’innocence de l’enfance, avant que celle-ci ne finisse par voler en éclats. C’est ainsi que l’on glisse lentement d’un humour tendre teinté d’inquiétudes dérisoires à une véritable prise de conscience de sa qualité de petit français pris en tenaille entre Hutus et Tutsis, au prix de terribles événements.

J’ai aimé ce mélange doux amer d’enfance et de drames, cette manière d’amener lentement les événements à notre compréhension. J’ai aussi apprécié le ton avec lequel l’auteur évoque l’exil. Une plume à suivre, assurément.

Les + : le point de vue de l’enfant, l’écriture
Les - : r.a.s
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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« Ce n’est pas la distance terrestre qui rend le voyage long, mais le temps qui s’est écoulé. J’étais d’un lieu, entouré de famille, d’amis, de connaissances et de chaleur. J’ai retrouvé l’endroit mais il est vide de ceux qui le peuplaient, qui lui donnaient vie, corps et chair. Mes souvenirs se superposent inutilement à ce que j’ai devant les yeux. Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. »

« C’est la première fois qu’on a un président qui n’est pas militaire. Je pense qu’il aura moins mal à la tête que ses prédécesseurs. Les présidents militaires ont toujours des migraines. C’est comme s’ils avaient deux cerveaux. Ils ne savent jamais s’ils doivent faire la paix ou la guerre. »


« Les gens l’appelaient Ninja parce qu’il passait son temps à faire des mouvements de karaté dans le vide et à crier comme s’il se battait contre des milliers d’ennemis invisibles. Les adultes disaient qu’il était fou, avec ses katas. Nous, les enfants, on aimait bien, on trouvait ça plus normal que bien des choses que font les adultes, comme organiser des défilés militaires, vaporiser du déodorant sous les bras, porter des cravates quand il fait chaud, boire des bières toutes la nuit assis dans le noir ou écouter ces interminables chansons de rumba zaïroises. »

mardi 5 mai 2015

Les mots qu’on ne me dit pas, de Véronique Poulain : s’exprimer autrement qu’en mots

[Stock, 2014]

Me revoilà avec un roman de la rentrée littéraire 2014. Autobiographique, le premier roman de Véronique Poulain fait partie des lauréats du Festival du premier roman de Chambéry en 2015.

Résumé

Née de deux parents sourds, Véronique est entendante, tout comme ses cousins, qui sont eux aussi le fruit d’unions entre sourds. Très vite ces enfants deviennent bilingues, passent avec aisance du monde de la parole à celui du silence, des mots aux signes… Mais ce n’est pas facile tous les jours de grandir avec cette différence.

Un roman autobiographique très riche

Il y a beaucoup de choses dans ce court roman autobiographique découpé en micro chapitres. L’auteure nous fait entrer dans ce qui a été son quotidien auprès de parents sourds. Elle évoque le regard des autres, pesant, plein de pitié ou de peur et qui lui donne parfois envie de hurler. Elle nous raconte aussi son quotidien, les petits travers des sourds, leur façon de déformer les mots, de faire des bruits de bouche sans s’en rendre compte. Elle se moque gentiment, avec beaucoup de tendresse, et elle nous fait sourire.

Parfois aussi, elle leur en veut, et s’en veut de leur en vouloir, lorsqu’elle rêve de longues discussions, lorsqu’elle a besoin de soutien, d’être guidée… A plusieurs moments de sa vie, elle souffre de cette communication limitée. Ils ne se comprennent pas totalement tant leurs univers sont différents. Pourtant elle est fière d’eux, de ce qu’ils arrivent à accomplir, et ce livre est aussi un hommage, on le sent bien.

Le personnage

Avoir des parents sourds a fait de Véronique une personne à part. Quelqu’un pour qui le silence a des airs de famille, quelqu’un qui est à l’aise pour s’exprimer avec son corps, quelqu’un qui a du mal à exprimer ses sentiments avec des mots. Elle reste pourtant une enfant et une jeune fille comme une autre, qui cherche sa voie, qui fait sa crise d’adolescence. C’est quelqu’un d’intéressant que j’ai pris plaisir à découvrir.

L’écriture

Quant au style, il est particulier, un peu haché. Les phrases sont souvent courtes, ainsi que les paragraphes. Comme si communiquer avec des sourds avait appris à l’auteure à aller à l’essentiel, à ne pas s’étendre en circonvolutions inutiles. C’est donc une écriture efficace, agrémentée d’une bonne dose d’humour et de tendresse.

En quelques mots…

Ainsi l’auteur nous propose un roman autobiographique très intéressant qui nous fait prendre conscience de ce que signifie vivre auprès de personnes sourdes. Ce thème a aussi été mis en avant ces derniers temps par le film « La famille Bélier » (inspiré par l'histoire de Véronique et dans lequel elle tient un petit rôle), et cette mise en lumière me semble importante, pour ne pas les voir comme un handicap mais comme des personnes à part entière. Un roman nécessaire, drôle et tendre, authentique.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« Ce sont les autres qui regardent mes parents comme s’ils étaient débiles.
Ce sont les autres qui pensent qu’avoir des parents sourds, c’est dramatique.
Pas moi. Pour moi, c’est pas grave, c’est normal, c’est ma vie. »

« Dans la langue de mes parents, il n'y a pas de métaphores, pas d'articles, pas de conjugaisons, peu d'adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d'implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu'ils n'entendent pas, comment voulez-vous qu'ils sous-entendent ? »

« La langue des signes est la langue la plus crue que je connaisse. Les sourds s’expriment de façon simple, directe. Brutale. Beaucoup de signes sont beaux, poétiques, émouvants - comme les mots « amour », « symbole », « danse » -, mais dans le champ lexical de la sexualité, c'est une autre histoire. Le signe ne laisse place à aucune équivoque. Alors que les mots suggèrent, les gestes imposent.

Leur crudité heurte les entendants parce que ces gestes anodins pour les sourds sont les mêmes que nous faisons, nous, lorsque nous voulons être grossiers et nous cachons pour les faire. Question de culture. »

dimanche 26 avril 2015

Buvard, de Julia Kerninon : quand un écrivain affronte son passé

[Le Rouergue, 2014]

Aujourd’hui, on continue avec un auteur premier roman sélectionné pour le Festival de Chambéry ! Je me souviens avoir lu de bonnes critiques sur « Buvard » de Julia Kerninon au moment de sa sortie, c’était l’occasion de le découvrir.

Résumé

Lou, un jeune étudiant assez naïf, est fasciné par l’œuvre de l’écrivain Caroline N. Spacek et décide d’aller à sa rencontre pour l’interviewer, car il ressent le besoin de la comprendre. Après un accueil pour le moins brutal, elle l’invite à s’installer chez elle et lui livre son passé au fil des jours, entre quelques pâtisseries, cocktails maison et séances de jardinage.

Une vie marquée par la littérature

J’ai été rapidement happée par ce roman puissant : on entre de plain-pied dans la vie de Caroline et l’on n’a plus envie de la quitter avant de tout savoir, avant de la comprendre un peu mieux. Le roman résulte d’une habile mise en abyme, il se veut le résultat des interviews réalisées par Lou, entrecoupé de ses propres réflexions.

Au centre du roman, le passé de Caroline qui est un personnage assez fascinant, j’y reviendrai plus tard. Elle nous raconte son ascension fulgurante, elle qui venait d’un milieu populaire, d’une « prairie » selon ses propres mots. Mais elle aborde aussi et surtout la littérature, qu’elle a rencontrée brutalement à l’âge de 18 ans et qui l’a consumée toute sa vie. Il est question de l’incompréhension, de la déformation des écrits par ceux qui les reçoivent, lecteurs ou journalistes. Sur un plan plus personnel, elle nous livre ses amours et la difficulté qu’elle a eue à leur faire de la place.

Les personnages

Caroline est un sacré personnage de roman, comme on en rencontre peu. Jeune, c’est un bulldozer qui parle avec ses poings et s’exprime par le corps, qui se destine à une carrière de serveuse ou de tenancière de snack. Puis elle est kidnappée par la littérature, au sens littéral, et elle l’habite entièrement. C’est un personnage au caractère de feu, qui part au quart de tour, submergé par la colère. Elle est à la fois forte et fragile, enfantine et pleine de sagesse. Elle peut se montrer détestable, et pourtant on s’attache à elle.

Quant à Lou, son personnage sert surtout de faire valoir, même s’il nous livre des brides de son passé et de sa romance avec Piet. Ce que l’on apprend sur lui est, à mon sens, du glauque inutile. L’intérêt réside dans la résonance avec le passé de Caroline. Et sans doute fallait-il un personnage aussi innocent pour recueillir la vie torturée de l’écrivain.

L’écriture

Le style est la grande qualité de ce roman. Il est terriblement affirmé pour un premier roman, on est déjà dans la littérature. Ce qui me laisse penser que Julia Kerninon a déjà des années d’écriture derrière elle. Elle trouve les bonnes formules, les phrases percutantes, j’ai eu régulièrement envie de relever des citations, vous en trouverez quelques-unes à la fin de l’article. Un écrivain à suivre !

En quelques mots…

Ainsi ce premier roman est surprenant par son style déjà très affirmé et très littéraire, et par la force de son propos autour de l'écriture et de ce qu'elle coûte aux écrivains. L’auteure a construit un personnage fort, marquant, que l’on a envie de suivre même si Caroline est parfois antipathique. A découvrir.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« Je commençais à penser que j’avais été présomptueux, que ce n’était pas si facile que ça d’interviewer un écrivain, puisque la vérité n’était jamais une base pour eux, mais plutôt une destination, puisqu’ils maîtrisent si bien la fiction que tout ce qu’ils pouvaient imaginer sonnait vrai. »

« Elle me criait dessus, elle éprouvait ses phrases contre mon oreille, mais elle les connaissait par cœur. Elle avait beaucoup plus de souvenirs que ce qu’elle avait proclamé au départ. Elle savait très bien où elle allait parce qu’elle allait à reculons. Elle plongeait la tête en arrière comme une nageuse. Dos crawlé. Jour après jour après jour. »


« J’ai appris ça en vieillissant, Lou – que j’aimais les paysages et qu’il n’y a pas de douleur insupportable, simplement des moyens de plus en plus terribles et épuisants d’y faire face »

lundi 13 avril 2015

Un tout petit rien, de Camille Anseaume : 9 mois en toute intimité

[Kero, 2014]

Cette année encore, je m’intéresse à la programmation du Festival du premier roman de Chambéry. Parmi les auteurs sélectionnés cette année figure Camille Anseaume et son roman « Un tout petit rien ». Ce titre ayant de plus été plébiscité par Cajou il y a quelques mois, c’est l’un des premiers que j’ai eu envie de lire.

Résumé

Dans ce roman qui comporte une part d’autofiction, une jeune femme de 25 ans tombe enceinte par surprise, par erreur. Son compagnon de quelques soirs annonce immédiatement qu’il ne sera pas le père de cet enfant. La voici donc seule face à son choix, celui d’interrompre cette grossesse et reprendre le cours de sa vie, ou la poursuivre et la bouleverser à jamais.

Un roman addictif

Grâce à ses très courts chapitres – pas plus d’une page ou deux, parfois juste un petit paragraphe – ce roman a un côté assez addictif, on a sans cesse envie de tourner la page. Malgré le sujet et la gravité du début, il y a de la douceur dans ce roman, une introspection sans précipitation, dans laquelle je me suis laissée happer. C’est un roman intimiste qui nous fait ressentir et penser la grossesse, qui nous trotte en tête même lorsque le livre est refermé.

Un thème universel

Quant au thème, il m’a touchée. Nous suivons une jeune femme dont la grossesse commence par un terrible choix. Il n’y aura pas de retour en arrière possible et sa décision affectera sa vie toute entière. Nous oscillons avec elle entre angoisse, espoir, douceur, acceptation, culpabilité, désirs d’avenir. Au fil des semaines, on entrevoit peu à peu ce que devenir mère implique. J’ai trouvé le thème bien traité, avec sincérité et authenticité, même s’il y a quelques redondances autour de la qualité de « mère célibataire » du personnage.

Le personnage

La narratrice est un personnage attachant. Vive, pleine d’humour, c’est encore une femme-enfant lorsque la grossesse la frappe de plein fouet. Au fil des pages, elle renonce peu à peu à son insouciance – mais pas à ses petites folies – pour penser en mère et en adulte. Elle est à la fois forte et fragile, comme nous le sommes toutes. Elle affronte l'incompréhension de ses proches avec patience et abnégation. C’est un personnage auquel on peut facilement s’identifier et que l’on prend plaisir à suivre.

L’écriture

Camille Anseaume tient un blog, « Café de filles », et cela se sent à la lecture de son roman. Les paragraphes sont courts, la plume est vive et va à l’essentiel. Il y a de l’humour, son style est pétillant, énergique, et elle fait preuve d’autodérision. Mais elle ouvre aussi la porte à l’émotion et nous offre de très jolis moments. Son écriture est efficace, mais jamais négligée, et la lecture a été plaisante.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai passé un très bon moment en compagnie de ce roman, qui est addictif par ses chapitres très courts et l’attachement que l’on éprouve pour le personnage. C’est un roman qui fait réfléchir sur la grossesse, sur cette folie de donner la vie…et qui, dans l’ensemble, donne envie de commettre cette folie. C’est un roman vif, doux, et parfois émouvant, que je vous conseille volontiers.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« L’incompréhension est à son point culminant.
Ils doutent que je doute, alors que je ne suis qu’un doute.
Une hésitation qui prend le métro, une incertitude qui se lève et se douche, une indétermination qui essaye d’avaler un truc à manger, un point d’interrogation qui cherche le sommeil. »


« Elle s’excuse de sa joie. Me dit que pardon, elle a été bête. Que c’est juste qu’elle trouve qu’il n’y a pas de bon moment pour avoir un enfant. Que ça ne peut jamais être le bon moment pour faire quelque chose d’aussi inconscient. Qu’il n’y a pas de bon moment pour devenir assez fou au point de décider « ça ». Que c’est toujours trop tôt, et un jour, trop tard. »

vendredi 3 avril 2015

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent : un conte moderne réjouissant

[Au Diable Vauvert, 2014]

Voilà maintenant quelques années que je prends plaisir à lire des premiers romans, notamment ceux primés par le Festival du premier roman de Chambéry. Ils ont un charme particulier et sont parfois très surprenants. C’est le cas du « Liseur du 6h27 » de Jean-Paul Didierlaurent que j’ai dévoré le temps d’un voyage en train.

Résumé

Guylain Vignolles est un homme discret qui vit un quotidien assez morne, entre son travail à l’usine de recyclage de papier, son vieil ami Giuseppe et son poisson rouge. Mais chaque jour, il sauve quelques pages de livres des entrailles de la broyeuse à papier, des pages qu’il lit chaque matin à voix haute dans le RER qui l’emmène sur son lieu de travail.

Un conte moderne original

Ce roman est un joli conte moderne qui a su me happer. Il commence par la description d’une existence grisâtre et monotone, mais très vite il nous emmène ailleurs grâce à des jolies trouvailles qui m’ont souvent fait sourire. Son goût pour la lecture à voix haute emmènera Guylain dans de nouvelles expériences qu’il n’aurait pas pu imaginer et qui enchantent peu à peu son quotidien.

Un roman réjouissant et positif

Alors certes, la crédibilité n’est pas toujours au rendez-vous et les bons sentiments sont peut-être un peu trop présents, mais cela ne m’a pas dérangée une seconde : j’ai eu envie d’y croire et de me laisser emporter. C’est une lecture bonheur, réjouissante, qui a comblé mes attentes du moment. Ce roman m’a fait penser à « Le froid modifie la trajectoire des poissons » de Pierre Szalowski, il est tout aussi optimiste et positif.

Les personnages

Guylain est un personnage discret mais plein de qualités. Il est généreux envers son vieil ami Giuseppe, ingénieux pour faire le bonheur du vieil homme. Il a de l’empathie pour les plus faibles. Sa fragilité est plutôt touchante. Il côtoie quelques personnages hauts en couleurs comme Yvon qui ne s’exprime qu’en alexandrin. Enfin j’ai beaucoup apprécié Julie qui assume totalement ce qu’elle est et ne renonce pas à ses rêves.

L’écriture

J’ai apprécié le style de l’auteur, fluide, agréable et précis. Avant ce roman, il a écrit des nouvelles et cela se ressent dans les petits extraits que lit Guylain aux passagers du RER : en une page, il parvient à créer des situations, camper des personnages, et susciter des dizaines de questions. J’ai été assez admirative de cet exercice de style.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un roman sans prétention qui m’a très agréablement surprise et m’a fait passer un bon moment de lecture. C’est une histoire originale et pleine de surprises, qui m’a réjouie. Ce roman nous offre un conte moderne auquel j’ai eu envie de croire, contre toute logique. Je le conseille volontiers à tous ceux qui ont envie de passer un bon moment.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine. »


« Il avait aimé ces moments de flânerie, à contempler les bateaux-mouches chargés de touristes glisser paresseusement sur les eaux argentées de la Seine. C'était bon de constater qu'il existait un autre monde que celui de la Stern, un monde où les livres avaient le droit de finir leur vie douillettement rangés dans les casiers verts le long des parapets en vieillissant au rythme du grand fleuve sous la protection des tours de Notre-Dame. »

mardi 3 mars 2015

Constellation, d’Adrien Bosc : un roman qui se lit comme un documentaire

[Stock, 2014]

Me revoilà aujourd’hui avec un roman de la Rentrée littéraire 2014. Après ma déception envers « Charlotte » de David Foenkinos, je me suis attaquée à un autre prix littéraire de la saison, « Constellation » d’Adrien Bosc, reçu en livre voyageur grâce aux matchs de la Rentrée littéraire Price Minister. Je n’ai pas pu le lire à temps que mon avis soit pris en compte dans le cadre des MRL2014, mais je souhaitais tout de même le lire rapidement.

Résumé

Avec ce premier roman, Adrien Bosc revient sur le crash du « Constellation » le 27 octobre 1949, l’avion dans lequel a péri le boxeur Marcel, la prodige du violon Ginette Neveu…en tout 48 destins brisés qui se sont trouvés là pour une multitude de raisons. L’auteur s’efforce de nous faire comprendre les raisons du crash, mais aussi et surtout appréhender ces destins brisés.

Comme un documentaire

S’il s’agit du premier roman de l’auteur, il est pour moi plus proche du documentaire. En effet, Adrien Bosc a effectué un gros travail documentaire pour réunir des informations sur les passagers de l’avion, sur le déroulé du vol et l’enquête qui a suivi le crash. Il nous offre ainsi davantage une collection d’informations biographiques qu’une véritable histoire, jamais il ne se met dans la tête de ses personnages, jamais ceux-ci ne s’expriment directement.

Une lecture intéressante

Dans l’ensemble, j’ai trouvé ce récit et cette réflexion plutôt intéressants, même s’il y  a quelques longueurs. L’auteur met en évidence les coïncidences, les faisceaux de causes qui, mises bout à bout on conduit l’avion à s’écraser et chacune de ces personnes à trouver la mort. Il s’attache aussi aux miraculés, ceux qui pour une raison ou pour une autre ne sont finalement pas montés dans cet avion. Mon bémol, c’est que tout ce récit est un peu « sec », objectif et manque d’humain, même si l’auteur s’en explique à la fin du roman.

Les personnages

Sur quelques pages, l’auteur parvient à donner vie aux personnages, à nous donner un aperçu de leur existence. Certains destins sont hors normes, comme celui de Kay Kamen cet homme qui est à l’origine des produits dérivés Walt Disney, du peintre Bernard Boutet de Monvel, ou encore la violoniste prodige Ginette Neveu. D’autres, plus modestes, partent chercher fortune en Amérique, dans les fermes ou l’industrie. Quant à Marcel Cerdan, déjà bien connu, il est plutôt en retrait.

L’écriture

Quant au style, il est assez affirmé pour un premier roman, assez encourageant, même si je l’ai trouvé un peu ardu. Les phrases sont souvent longues, avec beaucoup de juxtapositions, qui donnent un effet « liste ». Il faut un peu de temps pour s’y habituer, mais une fois dedans on ne bute quasiment plus.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai trouvé que ce roman, qui se lit en fait comme un documentaire – à petite dose afin d’éviter l’effet d’accumulation – plutôt intéressant. Il met en lumière les raisons multiples qui ont poussé ces 48 personnes à s’écraser sur le Mont Redondo, des destins et des coïncidences, funestes ou miraculeuses selon les cas. A lire pour s’informer, sans s’attendre à voir les personnages acteurs de l’histoire, car il y a peu d’humain dans ce roman. Merci à Oliver Moss et Price Minister pour cette découverte.

Note : 3/5 (13/20)
Stellabloggeuse
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« Un concours infini de causes détermine le plus improbable résultat. Quarante-huit personnes, autant d’agents d’incertitudes englobées dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante-huit fragments d’histoires forment un monde. »

« Il m’avait fallu me rendre aux Açores pour entendre la résonance intime de ces hommes et de ces femmes qui avaient vécu et aimé. Il m’avait fallu atteindre le port de Ponta Delgada, marcher le long des sentiers du Mont Redondo, observer, tard, le ciel, et tôt, le rivage, pour apercevoir l’illusion d’une distance au cœur du roman. Comprendre qu’en éloignant la mélasse de mes sentiments j’accosterais, au terminus, en terrain connu, y trouverais des réponses, mettrais un pied devant l’autre, à nouveau. Il faudrait le cœur en vrac toujours partir en quête de baleines. »
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Ce roman fait partie des challenges :


Challenge ABC 2015 : 8/26



Challenge New Pal 2015 : 3/75

mardi 13 janvier 2015

Belle gueule de bois, de Pierre Deschavannes : un petit roman très puissant

[Le Rouergue, 2014]

Parfois, des romans sur lesquels vous ne vous seriez pas arrêtés au premier abord vous surprennent agréablement. Cela a été le cas avec « Belle gueule de bois », premier roman de Pierre Deschavannes.

Résumé

Dans ce roman en partie autobiographique, l’auteur évoque son père et son alcoolisme. Entre eux, malgré l’alcool et ses dérives, et les incompréhensions qui s’ensuivent, il y a beaucoup d’amour. Mais la soif de liberté de Pierre le pousse à vouloir ouvrir ses ailes…

Un petit roman très puissant

Ce roman est très court, moins de soixante-dix pages, aussi il est difficile d’en parler sans tout raconter, mais je vais m’y essayer. Tout d’abord, sachez qu’il est illustré par l'auteur, des illustrations en noir et blanc, sombres et confuses, qui illustrent bien l’état d’esprit du narrateur. Et que malgré sa brièveté, il est très fort.

Beaucoup d’amour

Au centre de ce roman, les rapports père/fils entachés par l’alcool, mais plus solides qu’ils n’y paraissent. Quand Pierre a vraiment besoin de lui, son père est là, à sa façon un peu maladroite. L’amour qu’ils se portent est palpable. Mais Pierre est aussi épris de liberté, en révolte contre le système, notamment scolaire. Il rêve de disparaître dans la nature, de créer son propre chemin. Mais pour cela il doit couper le cordon…avec son père.

Les personnages

On s’attache assez facilement au duo formé par Pierre et son père. Tous deux ont un côté sombre, mais ils sont soudés, malgré leurs désaccords. Le père de Pierre semble mieux comprendre son fils que la plupart des individus sobres qui le côtoient quotidiennement.

L’écriture

Quant à la plume, elle m’a tout autant séduite. Elle est parfois très directe, orale, dure, et tantôt plus poétique, selon que Pierre se révolte ou rêve d’ailleurs. Elle est adaptée à ce qui se passe dans la tête de ce jeune homme, et percutante pour le lecteur.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un petit roman très puissant qui se focalise sur le tournant d’une vie, ce moment où un jeune homme est confronté à un choix entre son père, alcoolique mais aimant, et son besoin éperdu de liberté. Porté par une plume percutante, il ne laisse pas son lecteur indemne. A lire à partir de 15 ans.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« Appréciation générale : « Manque de travail, il faut se réveiller. » Je commence à les accumuler, depuis que je suis en maternelle on me dit qu’il serait temps de me réveiller. Mais quelque chose me dit que ce sont eux qui sont endormis. Eux, pour mon avenir, ils me souhaitent la sécurité, le confort, ils veulent anesthésier ma vie. Mais moi j’en veux pas de leur sécurité, je veux qu’on me laisse galérer, qu’on me laisse en chier. »

« Plus que son affection, c’est sa présence physique qui me manquait. Je crois qu’une mère se porte dans le cœur et un père dans les tripes. »

« Mais je suis sur la route qui mène loin, sur la route qui mène aux pays oubliés. Là où il n’y a plus personne. Là où des châteaux étranges et mélancoliques attendent un héros. Là où les nuages se rejoignent pour exploser. Là où les îles dans la brume pleurent les temps anciens. Là où des moulins à vent abandonnés tournent encore de toute leur âme. Là où l’on apprend l’art de l’errance. » 

mercredi 15 octobre 2014

La passe miroir, de Christelle Dabos, livre 1 : Les fiancés de l’hiver


« Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos, qui est aussi le premier roman de l’auteure, marque le début d’une saga fantasy intitulée « La passe miroir ». Ce titre, qui a été publié suite à un concours d’écriture organisé par Gallimard, m’avait été plusieurs fois recommandé par des connaissances ou des copinautes. Et je me suis enfin lancée !

Résumé

Ophélie vit dans un monde qui a explosé bien longtemps auparavant : la Terre n’est plus une planète, mais un ensemble d’arches qui gravitent autour d’un noyau et l’on ne peut passer de l’une à l’autre qu’en empruntant un dirigeable. La jeune fille vit sur l’arche des animistes. Elle a le pouvoir de lire les objets et tient un musée. Cette vie tranquille correspond tout à fait à son caractère discret et peu confiant, mais elle va bientôt voler en éclat : Ophélie doit être mariée à un membre influent de l’arche du Pôle, bien loin de sa famille. Elle suit Thorn, son futur époux, à la Citacielle, mais parviendra-t-elle à s’adapter à ce monde glacé et brutal, alors que sa vie est menacée ?

Un univers extrêmement riche

Je ne tournerais pas autour du pot, j’ai a-do-ré cette lecture ! Le point fort du roman est son univers, extrêmement riche. L’auteure prend le temps de le déployer, petit à petit, avec délicatesse, comme de la dentelle. Il y a beaucoup de trouvailles intéressantes et une forme de magie nouvelle. Mais on y retrouve aussi des références connues, notamment un petit côté « Alice au Pays des Merveilles ». C’est bien simple, je n’ai pas croisé de si bel univers chez un auteur jeunesse français depuis Pierre Bottero, et j’ai souvent pensé à Philip Pullman et son « A la croisée des mondes » au cours de ma lecture.

Une intrigue maîtrisée

Vous ne trouverez pas dans ce roman une action trépidante, mais l’histoire est tout de même très riche en événements et en rebondissements inattendus. Simplement, l’auteure pose les bases petit à petit, et tout comme Ophélie qui arrive dans un nouvel environnement, nous sommes d’abord des observateurs attentifs. Néanmoins les pièces du puzzle s’assemblent peu à peu, et Ophélie nous réserve quelques belles frayeurs ! C’est une intrigue de Cour, pour l’essentiel, un monde impitoyable où les apparences sont souvent illusoires. La fin, qui est ouverte, donne très envie de se jeter sur le second tome, qui n’est malheureusement pas encore sorti (peut-être en février 2015, mais rien d'officiel pour l'instant).

Les personnages

Les personnages sont également un point fort du roman, ils sont bien construits et ont tous un intérêt. Ophélie est très attachante, je me suis beaucoup reconnue dans cette jeune fille discrète qui déteste attirer l’attention. Elle connaît une belle évolution, j’ai aimé la voir s’affirmer. En revanche, elle a du mal avec les sentiments, en tout cas en ce qui concerne les hommes. Novice en la matière, elle a du mal à démêler ce qu’elle ressent.

J’ai beaucoup aimé Thorn et ses airs bourrus, assez torturé mais néanmoins protecteur. J’ai plutôt tendance à lui faire confiance, nous verrons par la suite si j’ai eu raison. Sa tante Berenilde est difficile à cerner, tantôt bienveillante tantôt dure, on se demande quel est son véritable but. Roseline, la tante d’Ophélie, est un personnage étonnant sous ses dehors rigides, prête à tout pour défendre sa nièce. Quant à la mère d’Ophélie, c’est une catastrophe ambulante, toujours à dire ce qu’il ne faut pas ! Il y en a encore beaucoup d’autres à citer, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir !

L’écriture

Quant à la plume, elle est très agréable, bien affirmée pour un premier roman, je n’ai pas noté de grosse maladresse. Les descriptions sont très réussies, minutieuses, donnant vie à cet univers, et les dialogues sont convaincants. L’ensemble est vivant et l’on prend plaisir à suivre Ophélie. Il ne manque qu’un peu plus d’émotions pour que le mélange soit parfait, mais je chipote !

En quelques mots…

Ainsi, j’ai eu un coup de cœur pour ce roman et son bel univers qui se déploie petit à petit. J’ai adoré passer du temps en compagnie de cette vaste galerie de personnages, tous bien construits. L’intrigue est habilement menée et j’ai déjà hâte de savoir ce que Christelle Dabos nous réserve pour la suite. A conseiller à tous ceux qui aiment les univers fantasy, à partir de 12/13 ans (pour les bons lecteurs qui ne sont pas effrayés par les livres épais).

Note : 5/5 (Coup de cœur)
Stellabloggeuse

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« Ses lointains ancêtres avaient assisté à la dislocation de leur univers. S’étaient-ils laissé mourir pour autant ? Non, ils s’étaient inventé une autre vie. Ophélie glissa derrière ses oreilles les mèches de cheveux qui lui roulaient sur le front, pour se dégager le visage. Ses lunettes s’éclaircirent sur son nez, dispersant la grisaille qui s’y était accumulée depuis des heures. Elle était en train de faire l’expérience de sa propre Déchirure. Elle avait toujours la peur au ventre, mais elle savait maintenant ce qui lui restait à faire. Elle devait relever le défi. »

« Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu’on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qu’ils se voient mieux qu’ils sont, ne pourront jamais. Alors crois-moi, ça ne court pas les trottoirs ! »


« Suspendue dans la nuit, ses tours noyées dans la Voie Lactée, une formidable citadelle flottait au-dessus de la forêt sans qu’aucune attache la reliât au reste du monde. C’était un spectacle complètement fou, une énorme ruche reniée par la terre, un entrelacs tortueux de donjons, de ponts, de créneaux, d’escaliers, d’arcs-boutants et de cheminées. Jalousement gardée par un anneau gelé de douves, dont les longues coulées s’étaient figées dans le vide, la cité enneigée s’élançait au-dessus et au-dessous de cette ligne. Constellée de fenêtres et de réverbères, elle réfléchissait ses mille et une lumières sur le miroir d’un lac. Sa plus haute tour, elle, harponnait le croissant de la lune. »
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Ce roman fait partie du challenge :


Big Challenge 2014 : 8/5

samedi 6 septembre 2014

Contrecoups, de Nathan Filer : la schizophrénie, vue de l’intérieur

[Michel Lafon, 2014]

En ce début du mois de septembre, me voici avec un premier titre de la rentrée littéraire : « Contrecoups », premier roman de Nathan Filer. Cajou et son avis plus qu’enthousiaste m’avait donné très envie de le découvrir, aussi je n’ai pas hésité lorsqu’il m’a été possible de le recevoir de la part de l’éditeur !

Résumé

Matthew, 19 ans, est hanté par la voix de son grand frère, mort une dizaine d’années auparavant. Il est schizophrène, une maladie qui « ressemble à un serpent », qui lui fait perdre le fil du temps, qui brouille les frontières entre le rêve et la réalité. Pourtant, armé d’un ordinateur ou d’une machine à écrire, il s’efforce de reconstituer le puzzle, de relier son enfance marquée par le deuil à son présent nébuleux, à comprendre comment il en est arrivé là. Pourra-t-il se libérer de ce passé trop lourd ?

Un roman sensible

J’ai été touchée par ce roman très sensible qui nous fait vivre la schizophrénie de l’intérieur. Le ton est juste, il n’y a ni dramatisation ni angélisme rose bonbon, on est sur le fil, en équilibre parfait. La maladie de Matthew habite tout le roman, elle est omniprésente. Il nous fait partager le quotidien routinier d’un schizophrène, le traitement à l’hôpital de jour, les piqûres, les séjours en service psychiatriques lors des rechutes. Mais d’autres thèmes affleurent également, comme le handicap mental ou la restriction du service public en Angleterre.

Une narration maîtrisée

Matthew présente sa schizophrénie comme une maladie intelligente, qui apprend elle aussi de ses expériences. Elle brouille le fil du temps, le réel et l’imaginaire. Cela se ressent dans la construction du roman qui n’a rien de linéaire, on passe régulièrement de l’enfance de Matthew à son présent immédiat, puis à son adolescence, lorsque la maladie montre ses premiers signes. Pourtant, le lecteur n’est jamais perdu car la narration est impeccablement maîtrisée, ce qui est à saluer pour un premier roman. On assemble peu à peu les pièces du puzzle, les brides de souvenirs, les émotions, les obsessions, la répétition du quotidien.

Les personnages

Matthew est un personnage extrêmement attachant, parce qu’il se livre en toute sincérité. Il nous montre tout, de ses accès de colère et de violence, ses regrets, sa tendresse, ses peurs. Malgré la maladie il est lucide, il sait qu’il ne va pas guérir, qu’il va osciller toute sa vie entre la lutte contre sa maladie et son désir d’entendre la voix de son frère et de le retrouver. Il est entouré d’une famille qui fait tout ce qu’elle peut pour l’aider et notamment sa merveilleuse grand-mère, Nanny Noo. Sa mère est davantage sur le fil, elle a aussi ses propres démons. Enfin, même si on le connaît assez peu, on ne peut s’empêcher d’aimer Simon.

L’écriture

En ce qui concerne le style, il est très agréable, c’est un roman bien écrit et bien traduit, avec de belles métaphores et de petites illustrations bien choisies. On est dans la simplicité, Matthew s’exprime avec ses émotions, sans chercher l’effet de style. Ainsi la plume est adaptée au personnage et à son propos. Nathan Filer, qui a été infirmier psychiatrique pendant dix ans, a vraiment réussi à se mettre dans la peau de son personnage et à le faire parler. Très encourageant pour ce jeune auteur !

En quelques mots…

Ainsi, c’est un roman très bien mené et avec une belle sensibilité, qui nous fait vivre la schizophrénie de l'intérieur. De l'enfance à l'âge adulte, du deuil à la spirale de la maladie, de l'internement au suivi à domicile, Matt nous emmène dans son quotidien et retrace sa vie pour nous avec sincérité et simplicité. Une belle lecture que je vous conseille volontiers.
Un grand merci à Camille et aux éditions Michel Lafon pour cette découverte!

Note : 4/5

Stellabloggeuse
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« En phase de traitement lourd, je peux dormir jusqu’à dix-huit heures par jour. Pendant ces périodes-là, je m’intéresse beaucoup plus à mes rêves qu’à la réalité puisqu’ils prennent beaucoup plus de place qu’elle. Si je fais des rêves sympas, je me dis que la vie a du bon. Quand les médicaments ne marchent pas comme prévu – ou si je décide de ne pas les prendre –, je passe plus de temps éveillé. Mais alors mes rêves trouvent le moyen de me rattraper. On a tous en nous un mur qui sépare les rêves de la réalité, mais le mien est fissuré. En se tortillant, en se faisant tout petits, les rêves arrivent à passer au travers jusqu’à ce que je ne puisse plus faire la différence. »

« J’ai une maladie, une affection qui sonne comme un serpent et y ressemble. Chaque fois que j’apprends quelque chose de nouveau, elle l’apprend aussi. »

« Le pire, dans cette maladie, ce n’est pas ce qu’elle me fait croire ni ce qu’elle me fait faire. Ce n’est pas l’emprise qu’elle a sur moi, ni même l’emprise qu’elle autorise les autres à avoir. Le pire de tout, c’est qu’elle m’a rendu égoïste. La maladie mentale nous replie sur nous-mêmes. C’est mon avis. Elle fait de nous les prisonniers à vie de la douleur qui occupe nos têtes, tout comme la douleur d’une jambe brisée ou d’un pouce entaillé accapare l’attention et s’y cramponne au point que la jambe ou le pouce valides cessent d’exister. »