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mardi 2 juillet 2013

Effroyables jardins, de Michel Quint : Résistance, clowneries et culpabilité

[Pocket Junior, 2003]

Le challenge ABC est souvent l’occasion de faire des découvertes. En effet, lorsqu’il s’agit de trouver des auteurs correspondant aux lettres « difficiles » (X, K, Q…), on est souvent amené à choisir des romans que nous n’aurions pas lu de nous-mêmes. Ainsi, cette année, le challenge m’aura permis de découvrir les « Effroyables jardins » de Michel Quint.

Résumé

Ce court roman s’apparentant à un récit commence par l’irruption d’un clown au procès de Maurice Papon. Puis nous rencontrons un jeune garçon qui a honte de son père, André, un instituteur qui se fait embaucher en tant que clown amateur à ses heures perdues. Jusqu’au jour où son oncle Gaston décide de lui révéler d’où vient la passion d’André pour les clowneries en lui révélant leur jardin secret, leurs effroyables jardins… Il évoque ainsi un épisode terrible de la Seconde Guerre Mondiale qu’ils ont tous deux vécu…

Un récit bien mené

Le récit est intelligemment mené par l’auteur. Il commence par évoquer un évènement récent, avec le procès de Maurice Papon. Il procède ensuite à rebours, partant d’une situation, celle d’un enfant qui rejette son père, pour ensuite en venir aux évènements qui ont causé cela. Cette histoire est donc à la fois un souvenir d’enfance (peut-être autobiographique) et un épisode de la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes donc dans le récit historique, l’auteur revenant sur une pratique du régime de Vichy consistant à arrêter des otages suite aux actes de terrorisme de la Résistance, et de les exécuter si les coupables ne se livrent pas. Le récit est très dense, puisqu’il tient en une soixantaine de pages, et bien rythmé

Des thèmes forts

En quelques dizaines de pages, l’auteur aborde donc des thèmes très divers. Il revient ainsi sur la Seconde Guerre mondiale, les actes de Résistance, la culpabilité parfois ressentie par les survivants, la manière dont des gens ordinaires ont su se comporter en héros. Il évoque également les rapports compliqués entre un fils qui cherche un modèle à suivre et un père qui exorcise les démons de son passé par la pitrerie. Il rappelle également le pouvoir du rire dans les situations les plus dramatiques. Enfin, on sent dans ce texte une certaine nostalgie de l’enfance trop vite disparue.

Les personnages

Ce roman étant très court, les personnages restent assez peu creusés, mis à part le narrateur qui nous livre ses pensées. Néanmoins, même s’ils sont parfois à peine effleurés, ces personnages ont une grande force de caractère, qu’il s’agisse de la tante Nicole, du soldat-clown Bernhardt ou du technicien présent au sein de la gare visée par la Résistance. Ce sont des gens qui ont du réapprendre à vivre après de terribles évènements, ce en quoi ils sont assez touchants. Quant au narrateur, il doit quant à lui apprendre à accepter ce lourd héritage, et son évolution psychologique au fil du récit est assez intéressante.

L’écriture 

En ce qui concerne le style, il est globalement agréable et travaillé mais argotique : il comporte beaucoup de mots en langage « ch’ti », rendant nécessaire la présence d’un lexique. Quoi qu’il en soit, c’est un style fort et marquant. De plus, l’auteur mobilise des références historiques et cinématographiques. La présence d’un dossier littéraire, historique et cinématographique présent dans l’édition que j’ai lue m’a permis de mieux apprécier la richesse de ce texte.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un petit roman à dimension autobiographique et historique que nous livre Michel Quint. Il aborde donc à la fois des thèmes liés à l’enfance et à la construction de soi et d’autres relatifs aux évènements de la Seconde guerre mondiale, le tout dans un style puissant mais parfois difficile d’accès. C’est en tout cas une expérience de lecture originale et intéressante vécue grâce au challenge ABC 2013.
(Pour la petite histoire, j’ai du réécrire ma chronique car j’ai effacé par erreur la première version de mon billet…et je vous assure qu’elle était meilleure ! Mais quand on n’a pas de tête…^^)

Note : 3/5

Stellabloggeuse

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Ce roman appartient aux challenges :


Challenge ABC 2013 : 24/26


Challenge Où sont les hommes ? : lecture n°50  

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« De fait, je le sais aujourd’hui, il méritait la distinction, la légion d’honneur de la reconnaissance, et ceux qui croisaient au trottoir son regard doux auraient dû se découvrir. Parce que lui, il a passé sa vie à rendre hommage, à payer sa dette d’humanité, le plus dignement qu’il croyait. Trente ans durant il a eu le chapeau à la main, il a salué bas. Passé l’époque primaire, il me fut confusément sensible qu’il accomplissait ses tours par devoir, rituel expiatoire, et aurait ri de l’ahuri qui lui aurait reconnu un talent d’auguste. Il se savait mauvais clown, n’éprouvait nulle honte à cet échec et prenait même plaisir à ces minableries. Mon père était un homme de douce obstination et d’intérieuer nécessité. »

« Le temps qu’on se retourne, ils nous poussaient au mur, les culasses des fusils claquaient et on s’est dit au revoir, André et moi. Vite fait, pas vaillants du jarret. L’héroïsme, le cœur à l’échancrure de la chemise, la Marseillaise que tu leur chante à la gueule jusqu’au souffle dernier, tu peux toujours rêver mon garçon, c’est du roman. Dans la réalité, tu sais plus où regarder, quoi attraper que tu peux emporter pour toujours, quelque chose qui t’occupe les mains, les yeux, les lèvres. Le mieux, c’est encore un visage de femme. On n’avait pas ça, nous. On n’avait que les cornichons. Alors pendant qu’ils nous mettaient en joue, qu’on entendait ta mère et la mère de ta mère hurler là-haut, et nos cœurs cogner, on s’est juste pris la main, André et moi, comme deux gamins à la sortie de l’école, pour pas partir tout seul, le regard bien sur les bocaux avec les cornichons géants, pas ceux au vinaigre, ceux en saumure douce, à la polonaise. »

dimanche 30 juin 2013

Chroniques des enchanteurs, tome 2, de Kami Garcia et Margaret Stohl : 17 lunes

     
    *Attention, il s’agit du second tome d’une saga, présence de spoilers sur le tome précédent*

Il y a six mois environ, je commençais la saga des « Enchanteurs » de Kami Garcia et Margaret Stohl avec le premier tome intitulé « 16 lunes », chaudement recommandé par des copinautes. J’avais plutôt bien aimé malgré quelques longueurs et vous me connaissez, je suis une curieuse, je me suis donc lancée dans le second tome à l’occasion d’une Lecture Commune organisée par MySweetlies sur Livraddict.

Résumé

Depuis la mort de Macon, rien n’est comme avant entre Ethan et Lena. Cette dernière s’éloigne peu à peu du jeune homme et sa culpabilité la fait glisser jour après jour vers les Ténèbres. Perdu, Ethan se pose beaucoup de questions mais il conserve un seul et unique objectif : sauver Lena d’elle-même et rester toujours à ses côtés. Flanqué de son meilleur ami Link, d’une jeune gardienne stagiaire du nom d’Olivia et de la chatte Lucille Ball, réussira-t-il à atteindre le cœur de Lena avant l’appel de sa 17e lune ?

Un tome plus prenant

Si le premier tome comportait beaucoup de longueurs, j’ai trouvé celui-ci un peu plus addictif, un peu plus prenant. L’intrigue ne tarde pas à démarrer, alors qu’il avait fallu attendre 200 pages dans le premier tome ! Maintenant que les auteures ont dépeint leur univers et passé beaucoup de temps sur la ville de Gatlin, elles se concentrent davantage sur l’avancée de l’intrigue fantastique. En effet, il n’est plus question ici d’histoires de lycée et la ville de Gatlin revêt une importance bien moindre que dans le premier tome, les personnages passant notamment beaucoup de temps dans les Tunnels des Enchanteurs.

J’ai tout de même ressenti une baisse d’intérêt en amorçant le dernier quart du roman, mais la fin a su contrebalancer cette impression. D’ailleurs, c’est très vilain de laisser ainsi ses lecteurs dans le suspense ! Un bémol tout de même, l’intrigue me semble un peu « facile » : dès que les personnages sont dans de sales draps, la solution leur tombe dessus comme par miracle, et ils ne font pas grand-chose eux-mêmes, au final…  

Un univers et une atmosphère intéressants

Dans le tome précédent, j’avais apprécié l’univers des Enchanteurs, leur magie, leurs pouvoirs. Il en est de même ici, j’aime beaucoup cette mythologie originale et assez complexe, sans être incompréhensible. J’ai pris du plaisir à arpenter les Tunnels en compagnie d’Ethan et à découvrir les « pouvoirs » de ce dernier. L’atmosphère qui se dégage du roman me plaît bien également, il y a un petit côté mystérieux et inquiétant au travers des visions et des rêves très sombres vécus par les personnages. Bref, l’univers, le contexte proposé est le véritable point fort de la saga jusqu’à maintenant, davantage que l’intrigue.

Les personnages

Dans ce tome, Lena est un peu en retrait, et pourtant omniprésente car Ethan ne peut s’empêcher de penser à elle, et car tous les personnages gravitent plus ou moins autour d’elle. J’ai toujours du mal à la cerner, j’aimerais parfois connaître son point de vue, c’est souvent le cas dans les romans adoptant le « je », on se demande ce qu’il se passe dans la tête des autres personnages. N’ayant pas accès à ses pensées, elle me paraît toujours quelque peu égocentrique et prompte à s’apitoyer sur son sort.
   
En revanche je me suis vraiment attachée à Ethan, ce jeune homme droit, loyal et plein d’autodérision et j’ai pris plaisir à avancer dans ce roman en sa compagnie. Il ressent bien sûr la tentation de retourner à une vie « normale », mais il fait face à tous les obstacles avec courage. L’amour sans bornes qu’il voue à Lena me laisse admirative, même si j’ai toujours du mal avec ces amours « absolus ».

Enfin, du côté des personnages secondaires, mention spéciale à Ridley qui montre une nouvelle facette d’elle-même et au solide Link. Olivia m’a été moins sympathique, son personnage n’est pas assez développé.

L’écriture

Le style est toujours très agréable à suivre et je continue à me demander sans cesse comment les deux auteures se répartissent le travail d’écriture, tant je n’ai jamais remarqué de disparité dans la manière de raconter cette histoire. Les descriptions sont toujours l’un de leurs points forts, notamment en ce qui concerne les paysages et les phénomènes magiques. En revanche, Lena étant en retrait, la poésie est beaucoup moins présente que dans le tome précédent.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai pris plaisir à découvrir cette suite qui propose une intrigue davantage axée sur les Enchanteurs et qui propose le même univers mystérieux et intriguant, avec un peu moins de longueurs. J’ai beaucoup aimé suivre Ethan qui est un personnage très agréable. Néanmoins, les obstacles restent franchis trop facilement à mon goût, et j’ai toujours du mal à apprécier Lena. Merci à MySweetlies pour cette lecture commune !

Je vous propose maintenant de découvrir les avis de mes camarades de lecture : Mysweetlies(organisatrice), LJ DuhrelSokittySmiley-VanilleAlison Mossharty ...

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie des challenges :




Où sont les hommes ? : lecture n°49 
     

     Bouge ta PAL ! : lecture n°42

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« Je l’ai serrée encore plus fort contre moi, jusqu’à ce que nos cheveux soient pleins de cendres et d’herbes, jusqu’à ce que le fruit ait roulé quelque part sous nos pieds, en bas de la couverture. Sur ma peau, la chaleur avait des allures de feu. Même si, ces derniers temps, tout ce que j’éprouvais quand je tenais sa main était un froid mordant, quand nous nous embrassions pour de vrai, ce n’était que chaleur. Je l’aimais jusqu’au moindre atome, jusqu’à la moindre de ses cellules incandescentes. Nous nous sommes ainsi embrassés au point que mon cœur a commencé à avoir des ratés, et que la lisière de mon champ de vision, de mes sensations, de mon ouïe a commencé à s’assombrir. »

« C’était sa vengeance contre les Anges Gardiens et le conseil de discipline, contre les plats déposés en guise d’offrandes devant les grilles de Ravenwood lors de la mort de *****, contre tous les sentiments hypocrites qu’avaient manifestés les habitants de Gatlin. Lena leur rendait coup pour coup, à croire qu’elle avait gardé tout cela en elle avant que ça leur explose au visage. Sa façon de leur faire ses adieux, j’imagine. Amma s’est alors adressée à elle, comme s’il n’y avait qu’elles deux sous le dais.
-Ça suffit, petite. Tu n’obtiendras pas ce que tu cherches de ces gens-là. Des excuses de la part d’une ville inexcusable ne sont rien d’autre qu’un peu plus de la même farine. Un moule à gâteau rempli de vide. »

mardi 4 juin 2013

Yellow Birds, de Kevin Powers : le traumatisme de la guerre en Irak

[Stock, 2013]

Je n’ai pas pour habitude de vous présenter des romans évoquant la guerre, mais je me suis pourtant laissée tenter par « Yellow Birds » de Kevin Powers, un américain revenu de la guerre d’Irak, pas tout à fait indemne psychologiquement, et qui a écrit un roman sur ce conflit et son impact sur les soldats.

Résumé

John Bartle, 21 ans, qui ne savait pas bien quoi faire de sa vie, s’est engagé volontairement en Irak. Au camp d’entraînement, il a rencontré Daniel Murphy, âgé de tout juste 18 ans, et ils sont devenus proches. A la veille de leur départ, il a fait une promesse malheureuse à la mère de Murphy, celle de lui ramener son fils vivant. Une promesse qu’il ne parviendra pas à tenir. Partant de ce fait, nous voyageons dans les souvenirs de John, tantôt durant le conflit, tantôt avant, tantôt après, revenu au pays.

Le traumatisme des soldats

Davantage qu’un roman de guerre, l’auteur nous livre ici une introspection d’un soldat revenu de l’enfer. Il évoque les sentiments ambigus des soldats qui sont rentrés, leur joie d’être en vie et l’envie de profiter de la vie, mêlée à une profonde culpabilité vis-à-vis de ceux qui n’ont pas pu revenir, mais aussi de ceux qu’ils ont tués lors du conflit. Dans le roman, John Bartle souffre d’être traité en héros pour des faits dont il n’est pas absolument pas fier. Il a l’impression d’avoir renié toutes les valeurs que sa mère lui a inculquées, et d’être remercié pour cela. D’où le malaise, que l’auteur a bien su faire ressentir aux lecteurs.

Mieux connaître la guerre d’Irak

Même si les combats n’occupent pas la majeure partie du roman, l’auteur nous immerge le temps de quelques chapitres en Irak dont il nous livre les couleurs, la chaleur écrasante, la menace permanente de la guérilla. Il nous permet de saisir un peu mieux la réalité de ce conflit. Sa vanité également, puisque l’histoire nous montre que les soldats n’ont pas grande influence sur ce territoire qui leur résiste encore et toujours. Cette histoire nous permet de prendre conscience que la guerre d’Irak a été une véritable guerre, avec toute sa violence et sa cruauté, quelle que soit la manière dont elle a pu être présentée.

Les personnages

C’est un roman très masculin, puisque les trois principaux personnages développés sont des soldats. Tout d’abord John Bartle, le narrateur, qui nous livre ses pensées et nous reste pourtant inconnu. Nous partageons un bout de chemin avec lui, mais sans rien savoir de son passé et de ses rêves, abolis par la guerre. Daniel Murphy a été son plus proche camarade dans cette guerre, mais nous nous rendons compte qu’il ne le connaissait pas vraiment. Il en est de même pour le lecteur, même si ce soldat qui perd pied est assez touchant. Enfin, il y a le sergent Sterling, brutal et dénué de pitié mais profondément convaincu qu’il mène un combat juste, que le narrateur voudrait haïr mais à qui il doit d’être resté en vie.

L’écriture

Le style est la bonne surprise de ce roman, puisqu’il est très agréable, assez sensible. Nous ne sommes pas seulement en présence d’un soldat qui a voulu raconter sa guerre, mais d’un véritable auteur. Les descriptions sont réussies et font vivre sous nos yeux la fournaise irakienne et les patrouilles. Il restitue la violence des combats sans en faire trop, d’une manière qui sonne juste.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un roman sensible et bien écrit qui nous ouvre les yeux sur la réalité de la guerre d’Irak, sur sa vanité, et sur les soldats qu’elle aura brisés tout autant que les victimes de la guerre. Difficile de blâmer ces hommes qui étaient persuadés de défendre une juste cause et qui, pour certains, ne s’en remettront jamais. Une lecture intéressante et instructive que je vous recommande si vous voulez en savoir un peu plus sur la guerre d’Irak.

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie du challenge :


Où sont les hommes ? : lecture n°48

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« Il semble absurde à présent que nous ayons pu voir en chacune de ces morts une affirmation de nos propres vies. Que nous ayons pu croire que chaque mort appartenait à un temps donné et que par conséquent ce temps n’était pas le nôtre. Nous ne savions pas que la liste était infinie. Nous ne nous étions pas projetés au-delà de mille. Nous ne nous étions jamais dit que nous pourrions faire partie des morts-vivants. »

« Je haïssais la faculté avec laquelle il brillait dans la mort, la brutalité et la domination. Mais, plus que tout, je détestais qu’il fut nécessaire, je détestais avoir besoin de lui pour réagir alors même qu’on essayait de me tuer, et je détestais la lâcheté qui était la mienne jusqu’à ce qu’il me crie dans les oreilles, « Bute-moi ces enculés de Hadjis ! » Je détestais l’amour que je lui portais lorsque j’émergeais de la terreur et que je faisais feu à mon tour en le voyant tirer lui aussi, souriant tout du long, hurlant toute la haine de ces quelques hectares qui semblaient se concentrer et se répandre à travers lui. »

« Devrais-je plutôt leur dire que j’avais envie de mourir ; non pas que j’envisageais de me jeter de ce pont, mais je voulais m’endormir pour toujours car il n’y avait aucune excuse pour tuer des femmes, ou même regarder des femmes se faire tuer, ou tuer des hommes pour les mêmes raisons, leur tirer dans le dos, leur tirer dessus plus de fois que nécessaire afin de s’assurer de les avoir vraiment tués ; c’était comme si tu cherchais à tuer tout ce que tu voyais parfois parce que ton âme était rongée par l’acide, puis elle s’envolait. Tu savais qu’il n’y avait aucune excuse pour faire ce que tu étais en train de faire, puisque c’est quelque chose que tu as appris toute ta vie, pourtant tu as continué, et à présent même ta mère est ravie et fière parce que tu as su visé, parce que grâce à toi des gens se sont écroulés pour ne jamais se relever, et ouais ils auraient pu te tuer aussi, donc tu te dis, Et alors ? »

mardi 28 mai 2013

Nox, tome 1 : Ici-bas, d’Yves Grevet : une histoire très prenante

[Syros, 2012]

Voilà encore un livre que j’ai découvert « par hasard », grâce à mon boulot de bibliothécaire jeunesse. Au sein d’une commande, nous avons reçu « Nox » d’Yves Grevet. Une collègue m’ayant dit du bien de cet auteur, je me suis donc proposée pour le lire, et j’en suis maintenant ravie !

Résumé

Dans le futur, le réchauffement climatique a fait son œuvre. Le monde est désormais recouvert d’une épaisse couche de brume nocive, responsable d’une faible espérance de vie. Les pauvres vivent en bas, dans la brume qui créé une nuit permanent, les riches en altitude, au-dessus. Dans la ville basse, quatre amis d’enfance seront bientôt séparés par la vie : certains se dirigent vers la révolte tandis que Gerges, lui, s’apprête à rejoindre la milice à la solde du pouvoir en place. Lucen ne sait pas encore comment se positionner. Dans la ville haute, Ludmilla prend lentement conscience des injustices vécues par « ceux d’en bas ».

Un univers intéressant

J’ai beaucoup aimé l’univers développé par l’auteur. La ville basse est plongée dans une nuit permanente, aussi la production d’énergie est vitale, chacun doit en faire sa part. L’altitude d’habitation traduit le milieu social, et les adolescents sont supposés se marier très tôt, en raison de l’importante mortalité. Mais des rebelles se battent contre les inégalités entre la ville haute et la ville basse, au péril de leur vie puisque la milice fait régner la terreur et frappe aveuglément. Ainsi, c’est un univers à la fois futuriste et dictatorial, bien construit et très intéressant.

D’amours et d’amitiés

Mais cette histoire est avant tout une histoire d’amitié, puisqu’il est question d’un groupe de quatre garçons que la vie sépare de plus en plus. Nous vivons l’histoire du point de vue de deux d’entre eux, Gerges et Lucen, tiraillés entre leur amitié, leurs aspirations et leurs familles. Un troisième point de vue s’exprime, celui de Ludmilla, de la ville haute. Tous vivent des premiers amours, plus ou moins sérieux, plus ou moins menacés. Cette dimension « affective » ajoute de l’intérêt à l’histoire, et j’ai été emportée peu à peu, tournant les pages de plus en plus vite. Un petit bémol, la présence de trois points de vue occasionne parfois des répétitions, mais cela apporte aussi un autre éclairage.

Les personnages

Les personnages sont très attachants. Lucen est amoureux de Firmie, et il est prêt à tout pour être avec elle et assurer leur vie à tous les deux, quitte à être rejeté par sa famille. Gerges est le plus touchant de tous, il est impliqué dans la milice dont il réprouve pourtant les usages, mais sa loyauté envers sa famille le pousse à rester. Quant à Ludmilla, est a eu une vie très protégée, et commence tout juste à prendre conscience des injustices qui régissent son monde, c’est intéressant de la voir évoluer.

L’écriture 

L’écriture de l’auteur est très agréable, il passe aisément d’un point de vue à l’autre et dose bien les descriptions et les dialogues. Il nous livre habilement les clés de son univers, au fur et à mesure, et tisse une toile impitoyable autour de ses personnages. Il fait monter la tension au fur et à mesure. Ainsi, il écrit bien et maîtrise sa narration, tout ce qu’il faut pour passer un bon moment de lecture.

En quelques mots…

Ainsi, ce roman a été une excellente surprise pour moi, j’ai adhéré à l’univers de l’auteur et j’ai été peu à peu emportée par l’intrigue. J'ai déjà très envie de lire le second volet ! C’est donc une très bonne lecture pour les adolescents à partir de 12/13 ans et les adultes plus ou moins jeunes, que je vous conseille volontiers. Je vous propose également le billet de Culturez-vous, qui aime beaucoup cet auteur.

Note : 4/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie du challenge :




Où sont les hommes ? : lecture n°47

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"- Ma maison d'autrefois se trouve dans cette direction.
– Mais personne n’habite sur les plaines mauves.
Elle éclata d’un rire nerveux. Je pris la mouche car j'avais vraiment l'impression qu'elle se fichait de moi.
– Les plaines mauves, répétait-elle en reprenant son souffle, les plaines mauves, mais…
Elle me rattrapa alors que je quittais la terrasse en boudant.
- Je ne me moque pas de vous, Ludmilla. Mais ce mensonge tellement gros qu’il me surprend toujours quand on l’évoque. Il n’y a pas de plaine mauve, ce sont des nuages de pollution si denses qu’ils empêchent toute lumière de les traverser. En dessous, c’est la nuit et des gens vivent là, dans la pénombre. Ce phénomène se nomme la Nox. Tous les matins, je rêve que le nuage s’est enfin dissipé et que je vais apercevoir la maison de mes parents.
– Des gens vivent là-dessous ? Des gens comme nous ?
– Oui, comme moi surtout."


"Je vais avoir dix-sept ans dans moins de trois mois. A cette date, je devrai être marié. C'est la loi ici. Mais pour avoir le droit de prêter les serments de fidélité éternelle, les deux candidats doivent au préalable avoir passé les tests de compatibilité. En clair, la future mariée doit être enceinte au moment du mariage. La vie est trop courte par chez nous pour perdre du temps à unir deux êtres qui ne pourraient assurer une descendance."

samedi 25 mai 2013

Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle, tome 1 : La vie suspendue


Cela faisait longtemps que l’on me conseillait de lire les aventures de Tobie Lolness écrites par Timothée de Fombelle, que l’on disait pleines de fantaisies. Aussi, cette année, j’ai profité du Baby-challenge jeunesse pour enfin mettre ce titre sur ma liste de lecture. Et je peux vous dire d’ores et déjà que je ne le regrette pas !

Résumé

Dans un arbre vit un peuple de petits êtres qui ne mesurent qu’un peu plus d’un millimètre. Sim Lolness en est le savant le plus influent, estimé de tous…jusqu’au jour où ses idées osées sur la nécessité de préserver l’arbre le font tomber en disgrâce. Son fils, le jeune Tobie, vivra l’exil, puis la fuite pour tenter d’échapper à l’affreux Jo Mitch, assoiffé de pouvoir et de richesses, et pour l’empêcher de mettre la main sur le secret qui mettrait l’arbre en péril.

Un roman plein de fantaisie

Je suis assez rapidement tombée sous le charme de ce roman jeunesse et de son univers végétal. L’auteur a très bien su utiliser les propriétés, les caractéristiques des arbres pour créer son monde. Il fabrique ainsi de la fantaisie avec des choses qui existent déjà. Quand on mesure un millimètre, les moustiques deviennent des tueurs, les oiseaux de dangereux prédateurs, et les limaces de paisibles ruminants. On retrouve cette fantaisie du côté de l’intrigue qui recèle de nombreux rebondissements, donc les solutions sont parfois tirées par les cheveux. Personnellement, j’ai aimé cette petite part d’irrationnel, je crois qu’il suffit d’avoir conservé un cœur d’enfant pour adhérer aux péripéties de Tobie, qui nous fait vivre un véritable roman d’aventures.

Un propos écologique

J’ai également apprécié le propos écologique du roman, un thème qui semble être l’un des chevaux de bataille de l’auteur. En effet, dans ce roman se pose la problème de la sauvegarde de l’arbre alors que son peuple s’accroît, qu’il faut construire des logements et trouver des sources d’énergies. Sim Lolness, le père de Tobie, défend une théorie selon laquelle l’arbre est vivant, et qu’il ne faut donc pas abuser de ses ressources vitales, sous peine de le tuer et de condamner ses habitants. Toutes ces considérations peuvent s’appliquer à notre planète, et je trouve que c’est une manière très intelligente de parler d’écologie aux plus jeunes. De même, l’auteur aborde la peur de l’étranger par l’intermédiaire du peuple des Pelés, qui vivent dans les prairies au pied de l’arbre et sont craints par les habitants de ce dernier.

Les personnages

Il est difficile de ne pas aimer Tobie ! Ce garçon est vraiment sympathique, droit et courageux. Il se montre parfois intransigeant avec ceux qui n’ont pas sa force, mais il sait aussi offrir son pardon à ceux qui reconnaissent leurs erreurs. Ajoutons qu’il est très futé, et nous obtenons un jeune héros très agréable à suivre. Son amie Elisha est plus mystérieuse, plus insaisissable, mais elle a su m’intriguer. On ne peut douter de sa profonde amitié pour Tobie, et c’est là tout ce qui compte. J’ai également eu de la tendresse pour Sim Lolness, ce savant maladroit. Enfin, les méchants sont très méchants, pas de doute là-dessus, et on prend beaucoup de plaisir lorsqu’ils échouent.

L’écriture

La plume de Timothée de Fombelle m’a convaincue. Son écriture est très agréable, agrémentée d’une pointe d’humour. Il s’amuse avec certaines expressions de la langue française qu’il applique à l’arbre. Les descriptions sont également très réussies, nous n’avons aucun mal à imaginer l’univers de l’arbre qu’il développe sous nos yeux. Quelques illustrations nous aident également à visualiser les scènes. Ainsi, la forme du roman m’aura tout autant charmée que le fond, et je crois que c’est un auteur que je vais suivre !

En quelques mots…

Ainsi, j’ai été charmée par ce roman plein de fantaisie, par son univers végétal et son propos écologiste. Tobie Lolness est un héros que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre dans ses aventures. L’ensemble est porté par une écriture très agréable. J’ai déjà hâte de lire le second volet !

Note : 4/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie des challenges :


Baby Challenge Jeunesse 2013 : 10/20 (objectif 12/20)
  


Big Challenge 2013 : lecture n° 7


Challenge "Où sont les hommes ?" : lecture n°46
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"A cent pieds sous lui, au milieu d'une énorme branhe cabossée, s'étendait un vaste lac. Un lac suspendu au milieu de l'arbre. Une merveille. Une branche avait dû s'arracher et laisser un grand trou dans l'écorce où luisait maintenant un lac d'eau claire Des taillis de haute mousse venaient jusque sur la rive et Tobie voyait même des plages d'écorce blanche, des criques délicieuses où il aurait pu planter sa tente. Le ruisseau qu'il avait suivi se jetait dans ce lac. Il formait une chute d'eau vertigineuse qui faisait mousser l'eau transparente du lac. Joli destin pour son jus de chaussette."

"Pauvres gens, ils ont préparé leur malheur aussi bien qu'un dessert : une motte de peur, une poignée de mensonge, beaucoup de faiblesse et quelques grammes d'ambition. Et maintenant, c'est leur fils qui va devoir avaler ça."

"Même une plume d'ange peut crever un oeil, si on la prend du mauvais côté."