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mardi 24 mars 2015

10 façons de bouleverser le monde (collectif) : dix uchronies

[Flammarion, 2014]

Je lis assez peu nouvelles de manière générale, sauf s’il s’agit d’un recueil d’un auteur que j’apprécie. Ainsi, j’avais beaucoup aimé « Silhouette » de Jean-Claude Mourlevat. Dans le cadre du challenge ABC, je me suis attaquée cette fois-ci à un recueil collectif rassemblant dix nouvelles d’auteurs divers.

Résumé

Ce recueil propose dix nouvelles qui sont des uchronies : à partir d’un point plus ou moins lointain de notre Histoire, le monde diverge et prend une direction différente de celui que nous connaissons aujourd’hui. Plus la divergence est lointaine et plus le monde est différent. Ainsi, les auteurs imaginent tour à tour un monde où la famille de Noé n’aurait pas été les seuls humains à survivre au déluge, un monde où Cléopâtre aurait causé la mort d’Octave avant qu’il ne devienne empereur, un monde où Trotski l’aurait emporté sur Staline dès les années 1920…

Une dimension historique

J’ai bien apprécié le principe de base de ce recueil de nouvelles, cette divergence du monde à partir d’un fait historique qui se serait déroulé un peu différemment. Le recueil suit l’ordre chronologique : dans la première, le point de divergence remonte à la Genèse, puis dans la seconde à la préhistoire, puis à l’époque romaine, etc. Cela donne au recueil une dimension historique que j’ai bien appréciée.

Un intérêt inégal

En ce qui concerne les intrigues en elles-mêmes, elles m’ont diversement intéressées. Certaines nouvelles m’ont captivées, comme « Le serpent qui changea le monde » de Fabrice Colin (surprenant n’est-ce pas ?) qui imagine une Afrique toute puissante, ou « Reich zone » de Xavier Mauméjan qui mêle les nazis et l’univers de la télévision. J’ai également bien apprécié « L’homme qui allait sauver le monde » de Chris Debien, une nouvelle relative au bug de l’an 2000. J’ai été moins emballée par « Après le déluge » de Pierre Pelot autour de Noé, ou « Pax bonapartia » de Johan Heliot.

Les personnages

Il est difficile de s’attacher à un personnage lors d’une nouvelle de trente pages, le caractère ne peut pas être très fouillé et nous n’avons pas l’occasion de les voir évoluer. J’ai néanmoins été assez marquée par Alice, l’héroïne de la toute dernière nouvelle, ou Jawaad et Quentin, les personnages de Fabrice Colin.

Des styles divers

Ce qui est sympa avec ces nouvelles écrites par différents auteurs, c’est de changer chaque fois de style et d’ambiance. Chaque auteur imprime sa « patte » sur le recueil. J’ai retrouvé avec bonheur la belle plume de Fabrice Colin qui m’a encore une fois enchantée, mais j’ai aussi apprécié l’ambiance de « L’affaire Marie Curie » de Laurent Genefort.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai apprécié dans l’ensemble ce recueil de dix uchronies. En une trentaine de pages, les auteurs racontent chacun une véritable histoire avec une ambiance, même si j’ai été plus intéressée par certains intrigues que par d’autres. Une chose est sûre, cela m’a donné envie de lire un roman de Fabrice Colin sans trop tarder ! Un recueil qui plaira aux amateurs du genre à partir de 14/15 ans.

Note : 3/5
Stellabloggeuse
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« Réécrire l'Histoire n'est pas renier la nôtre, c'est montrer qu'à chaque pas tout peut basculer. Cela doit nous rendre très vigilants, nous ne devons pas croire que laisser faire certaines choses aujourd'hui, que l'on juge anodines,ne sera pas lourd de conséquences pour nos enfants. Je pense ainsi que aujourd'hui, notre vision de l'écologie et notre manière de gérer les ressources donneront demain, des profils de société radicalement différents. »

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Ce roman fait partie du challenge :


Challenge ABC 2015 : 12/26

samedi 24 août 2013

Un monde idéal où c’est la fin, de J.Heska : un recueil de nouvelles entre divertissement et réflexion


Si vous suivez régulièrement ce blog, vous avez déjà entendu parler du sympathique auteur J. Heska. D’ailleurs, si vous suivez la blogosphère en général, vous n’avez pas pu manquer cet auteur très investi sur le web. Quoi qu’il en soit, j’avais apprécié son roman « Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir », et plus encore « On ne peut pas lutter contre le système », roman noir sur les dérives du système financier. Aussi, lorsqu’on m’a proposé de découvrir ce recueil de nouvelles, je n’ai pas hésité.

Résumé

Bienvenue dans un monde idéal ! Un monde idéal où la civilisation telle que nous la connaissons n’existe plus. Dérèglement du temps ? Avènement de la magie ? Crise climatique irréversible ? Épidémie mondiale de mort subite ? Extra-terrestres maladroits ? Invasion de poireaux découpeurs de cervelles ? Crise de déprime globale ? Robots hors de contrôle ? Zombies entreprenants ?
Découvrez 100 histoires drôles, émouvantes, tragiques ou absurdes qui mènent à notre perte !

Des nouvelles courtes et percutantes

Ce nouvel ouvrage n’est donc pas un roman mais un recueil de nouvelles très courtes, d’une page ou deux. Il y a même parfois entre deux nouvelles de très courtes histoires qui ne font qu’un seul paragraphe. Ces nouvelles ont entre elles un point commun : l’humanité se trouve en mauvaise posture, quelle qu’en soit la raison. Plusieurs de ces nouvelles forment une seule histoire qui constitue un fil rouge dans cet ouvrage, j’ai trouvé cela agréable de retrouver des visages familiers. J’ai également aimé retrouver les héros de « On ne peut pas lutter contre le système » le temps d’une nouvelle. Chaque histoire se termine brutalement, la fin tombant comme un couperet.

Un petit bémol, les nouvelles sont nombreuses, et si chacune est différente de la précédente, je conseillerais de ne pas lire tout le livre d’une traite et de faire quelque pause, pour éviter un sentiment de lassitude ou plutôt, d’accumulation.

Des thématiques variées traitées avec recul et humour

Dans cet ouvrage, les raisons pour lesquelles l’humanité est menacée sont très variées, ce qui permet à l’auteur de balayer quelques sujets d’actualité, tels que les OGM, le réchauffement climatique, les extraterrestres, les ondes électromagnétiques, la robotisation, les épidémies, l’égalité des sexes… Parfois cela suscite la réflexion, par exemple lorsque les solutions trouvées pour lutter contre le réchauffement de la planète aboutissement à des conséquences pires encore, le pire étant que certains scénarios évoqués ne sont pas si improbables que cela... D’autres fois, le ton est franchement humoristique.

De manière générale, l’humour ou l’ironie sont présents partout, vous croiserez par exemple des poireaux géants et intelligents, ou des extraterrestres étourdis qui détruisent la Terre par erreur. Cette manière d’évoquer des sujets graves par l’humour m’a fait penser au premier roman de l’auteur, « Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir », et provoque chez le lecteur un mélange intéressant de réflexion et de divertissement.

Les personnages

Les histoires sont trop courtes pour que l’on puisse connaître les personnages et s’y attacher, même ceux qui reviennent dans plusieurs histoires. De plus, les personnages ont souvent les mêmes prénoms, notamment Antoine qui revient très souvent, créant de la confusion entre les personnages des différentes histoires. Néanmoins, une chose émerge de ces nouvelles, c’est le formidable instinct de survie de l’homme et sa capacité à se battre, y compris pour des causes désespérées. Et ça, c’est chouette. Dommage qu’il faille parvenir au bord de l’extinction pour cela…

L’écriture

Le style de J. Heska est fidèle à lui-même, fluide et accessible, émaillé d’un certain nombre de références à la culture des jeunes générations (les natifs des années 1970-1980, oui nous sommes encore jeunes !), maniant aisément l’ironie. Il parvient à planter un contexte convaincant pour chaque nouvelle, en quelques lignes.

En quelques mots…

Ainsi, ce recueil de nouvelles est idéal pour réfléchir un peu sur le devenir des sociétés humaines sans se prendre la tête. Je le classerais volontiers parmi les lectures-détentes, celles dont les pages se tournent sans difficultés. D’ailleurs, en parlant de pages, j’ai lu cet ouvrage au format numérique epub et je tiens à souligner la bonne qualité du fichier, très bonne adaptation à la liseuse et quasiment pas de coquille. Bref, si vous voulez passer un bon moment avec des humains courant à leur perte de toutes les façons possibles, cette lecture sympathiquement décalée est pour vous. Merci à Isabelle des Editions Seconde Chance pour cette découverte.

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse

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« Un dilemme. Soit l’épidémie ravageait 50% de la population mondiale, soit le vaccin nous sauvait mais nous rendait tous stériles. Sur le moment, on a pensé que c’était la bonne décision. Mais maintenant que je contemple les jardins d’enfants complètement vides, je me demande si nous n’avons pas pensé à trop court terme… »

« Un vaste océan magmatique sur lequel surnagent quelques morceaux de roche. Une chaleur étouffante. Un bouillon de culture de feu et de cendres. Un dégazage progressif, une atmosphère primitive constituée principalement de CO2 et de particules de poussière gonflées d’humidité. Une température qui descend lentement au fil des millénaires. La cristallisation d’une proto-croûte continentale. La condensation. Une pluie perpétuelle, torrentielle, planétaire. Des océans qui se remplissent. Des acides aminés, des molécules. Des organismes unicellulaires. Pluricellulaires. L’oxygène. La vie. Océanique, terrestre. Des végétaux, des animaux. Des reptiles, des mammifères. L’intelligence. La conscience de soi. La culture, l’art, la philosophie, la démocratie, la technologie. La fuite en avant, le pillage environnemental, la pression démographique. Les tensions.
La guerre totale. Les ravages des bombes nucléaires.
Un vaste océan magmatique sur lequel surnagent quelques morceaux de roche. Une chaleur étouffante. Un bouillon de culture de feu et de cendres. Un dégazage progressif, une atmosphère primitive… »

mardi 9 avril 2013

Silhouette, de Jean-Claude Mourlevat : 10 délicieuses nouvelles cruelles


J'ai découvert Jean-Claude Mourlevat il y a un ou deux ans avec son "Combat d'hiver" dont j'avais beaucoup aimé l'univers hivernal, glacial. J'ai poursuivi l'aventure avec une dystopie, "Terrienne", que j'ai encore davantage apprécié. Aussi j'ai été très heureuse d'apprendre qu'il publiait un nouvel ouvrage début 2013. Je ne suis pas une lectrice de nouvelles, mais suite à l'avis de Juliah sur ce recueil, je n'ai pas hésité !

Résumé

Silhouette : Lorsque Pauline apprend que l'on recherche une figurante dans sa ville, pour un film dans lequel joue son acteur favori, elle tente sa chance avec enthousiasme...

Case départ : Pour la première fois, Guillaume part en vacances sans ses parents. Alors que ses parents sont déjà partis, il a la responsabilité de clore la maison...

Pardon : Monsieur Duc se croit condamné par un cancer, et tente de demander pardon aux personnes auxquelles il a causé du tort durant sa vie...

Love : Angélique, une jeune femme, introvertie mais brillante, décide de partir une année en Angleterre afin de vaincre sa peur de vivre et tenter de s'épanouir...

Ouessant : Une famille peu aisée (une mère coutière et un père tâcheron) s'offre les premières et les denières vacances de sa vie, sur l'île d'Ouessant...

L'accord du participe : Monsieur Dieuze, un vieil homme, très à cheval sur la grammaire, compte bien faire avaler un ouvrage de référence de la langue française au ministre des Finances...

Dom Juan : Cornel Badescu, l'acteur principal de la pièce de théâtre "Dom Juan", qui fait un tabac, doit faire face à de subites pertes de mémoire...

Mon oncle Chris : Un jeune garçon nous raconte l'histoire de son parrain, un aventurier qui avait pour habitude de multiplier les conquêtes féminines...

Jolis nuages : Madame Maréchal, retraitée et veuve, donne un sens à sa vie en apprenant des poèmes...

Un escroc : Pas de résumé pour cette nouvelle, je vous laisse la surprise ! A lire absolument en dernier.

Des nouvelles efficaces

Jean-Claude Mourlevat montre un certain talent pour l'écriture de nouvelles. En une quinzaine ou une vingtaine de pages, il parvient en effet à planter un décor et à nous raconter une véritable histoire. Il ne lui est pas possible de développer un univers riche et imaginaire comme dans ses romans, il ancre donc ces nouvelles dans le réel et nous parle de la "vraie vie". Cela donne une oeuvre différente de ce à quoi il nous a habitués, mais l'exercice est réussi.

Des nouvelles cruelles, un plaisir coupable

La particularité de ces nouvelles, c'est qu'elles se terminent soit mal...soit très mal ! L'auteur les a voulues volontairement cruelles, afin de montrer la futilité des efforts de l'homme, de ses grandes ambitions, de ses espérances. D'autres sont simplement tristes ou nostalgiques. Ainsi, la chute de chaque nouvelle tombe comme un couperet. Et je dois avouer que j'ai rapidement éprouvé un plaisir coupable à voir ces personnages martyrisés, trompés par la vie. Mais à l'inverse, j'ai parfois été émue par leur sort.

Des histoires d'un intérêt un peu inégal

Concernant l'intrigue de ces nouvelles et l'intérêt que je leur ai porté, celles qui m'ont le plus marquée sont les quatre premières, ainsi que la toute dernière. Celles du milieu m'ont paru d'un intérêt moindre, notamment celle intitulée "Dom Juan".

En quelques mots...

Ainsi, j'ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles cruelles, que j'ai lues avec un plaisir coupable. J'ai eu envie de décerner un petit coup de coeur, malgré l'intérêt moindre de certaines histoires, parce que j'ai ressenti une réelle jubilation et des émotions fortes lors de ma lecture, avant de me rétracter (je sais, je deviens dure). Mais c'est un ouvrage à conseiller à tous, à partir de 14 ou 15 ans.


Note : 4,5/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie du challenge :


 Où sont les hommes ? : lecture n°36

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"Elle le suivait depuis toujours, elle connaissait tous ses films, c’est-à dire une trentaine. Elle en avait vu certains deux fois ou même trois. Il avait dans les cinquante ans. Elle en avait dix de moins et estimait qu’ils auraient constitué un très beau couple. Mais un couple improbable, puisqu’il était l’un des cinq acteurs les mieux payés de l’Hexagone alors qu’elle entassait ses bons de réduction aux magasins Casino dans une boîte métallique posée sur son frigo,
et qu’il était une star mondialement connue, tandis qu’elle était employée de la Caisse d’épargne de la place de la République, à Saint-Étienne. Et par ailleurs, elle était déjà prise."

"Aux dix commandements de Dieu, il en avait ajouté un, le onzième : "Tu accorderas correctement le participe employé avec être et avoir", qu'il situait, dans sa hiérarchie personnelle, tout juste après le "Tu ne tueras point""

vendredi 1 juillet 2011

Construire un feu, par Jack London : la toute puissance de la nature

[PEMF, 2011]

Je vous écris aujourd’hui suite à mon premier partenariat avec le blog Lire pour le plaisir, un blog pour les enfants de 9 à 12 ans géré par le CRDP d’Amiens. J’ai reçu de leur part deux petits romans des éditions PEMF.

Celui que je vous présente maintenant rassemble deux nouvelles de Jack London : il s’agit de la même histoire de base, mais l’une, écrite en 1902 est destinée aux enfants, et l’autre, datée de 1908, est plus longue et dédiée aux adultes. La comparaison entre ces deux textes fait tout l’intérêt de cet ouvrage.

L’histoire de base, c’est celle d’un homme qui marche par grand froid, le long d’un cours d’eau, pour rejoindre son camp. Il n’a pas écouté les conseils du vieux sage, et s’est aventuré seul sur la route. Un incident lui arrive alors : il passe au travers de la glace et se mouille les pieds. Pour survivre, il doit construire un feu.

Les deux versions sont présentées de manière différente. Celle dédiée aux enfants insiste sur l’aspect moral : l’homme n’a pas respecté le commandement de l’ancien, et cela le met en danger. S’il en prend conscience et modifie son comportement, il peut être sauvé.

En revanche, la version destinée aux adultes met en avant l’incompréhension de la nature qui caractérise cet antihéros : malgré le concours de circonstances qui le met en difficulté, il pense toujours pouvoir gagner face à la nature. Il n’a pas de respect pour le Husky qui l’accompagne, et ne parvient pas à s’en faire un allié dans cette épreuve. Il n’a pas conscience de sa fragilité dans ce milieu hostile, décrit avec beaucoup de finesse par Jack London. Ce dernier nous emmène avec lui dans le grand froid, on se surprend à frissonner !

Ainsi, cet ouvrage introduit le jeune (ou moins jeune) lecteur dans l’univers de Jack London. Tenterez-vous l’aventure du grand froid ?

Note : 3/5 
Stellabloggeuse