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mardi 27 décembre 2016

Le fils de l’ursari, de Xavier-Laurent Petit

Editeur : Ecole des loisirs
Année : 2016
Pagination : 269 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 12 ans


Résumé :

Quand on est le fils d'un montreur d'ours, d'un Ursari comme on dit chez les Roms, on sait qu'on ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Harcelés par la police, chassés par des habitants, Ciprian et sa famille ont fini par relâcher leur ours et sont partis se réfugier à Paris où, paraît-il, il y a du travail et plein d'argent à gagner. À peine arrivés dans le bidonville, chacun se découvre un nouveau métier. Daddu, le montreur d'ours, devient ferrailleur, M'man et Vera sont mendiantes professionnelles, Dimetriu, le grand frère, est «emprunteur» de portefeuilles et Ciprian son apprenti. Un soir, Ciprian ne ramène rien de sa «journée de travail». C'est qu'il a découvert le paradis, le jardin du Lusquenbour où il observe en cachette des joueurs de tchèquématte. Le garçon ne connaît rien aux échecs mais s'aperçoit vite qu'il est capable de rejouer chaque partie dans sa tête. C'est le début d'une nouvelle vie pour le fils de l'Ursari.

Ce que j’en pense :

Un beau roman que j'ai lu pratiquement d'une traite, sur une attachante famille de montreurs d'ours, arrivés en France par l'entremise d'une dangereuse filière mafieuse qui les a pris dans ses filets. Jusqu'au jour ou Ciprian, le petit dernier, découvre "lézéchek", et révèle le tout le potentiel de son intelligence…
J’ai beaucoup aimé cette histoire qui offre quelques moments d'émotion mais ne sombre ni dans le misérabilisme, ni dans l’angélisme. Tout n’est pas rose chez les immigrés de l’Est, et ils ne sont pas exempts de reproches, mais ils restent des familles en quête de survie, aux prises avec des réseaux qui les dépassent.
Mais je me suis surtout passionnée pour le destin individuel de Ciprian, sa sincérité désarmante quand il appelle les gens « Monsieur Enorme » ou « Madame Baleine », son courage idiot, la vivacité de son esprit, sa soif d’apprendre.
A dévorer à partir de 12 ans !

Les + : le personnage de Ciprian
Les - : r.a.s
Appréciation : 4,5/5


Stellabloggeuse
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« -M’man est en train de devenir folle, non ? …
-Et toi, tu n’es pas fou peut-être ? A passer toute la journée avec ton jeu auquel personne ne comprend rien, à apprendre des mots qui servent à rien et à lire des histoires qui n’existent même pas. M’man fait pareil. Elle s’invente des histoires dans sa tête. »

« Mais y’a quoi dans ton petit crâne d’apprenti gadjo ? Tu imagines peut-être que tu es un super-héros ? Il y avait plein de pompiers partout. Tu crois qu’ils ont attendu Super Ciprian pour mettre les gens à l’abri ? Avec tes muscles en chewing-gum, t’aurais même pas pu sauver une libellule ! »

mercredi 17 février 2016

Les petites reines, de Clémentine Beauvais

Editeur : Sarbacane
Année : 2015
Pagination : 270 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 13 ans

Résumé :
Pour la troisième année consécutive, Mireille Laplanche monte sur le podium du concours de boudins, organisé par un petit caïd macho de son lycée, accessoirement son meilleur ami d’enfance. Comme Mireille est endurcie, elle décide d’aller consoler les deux autres boudins, Astrid et Hakima. Naît alors l’idée, chacune pour ses raisons personnelles, de se rendre jusqu’à Paris en vélo et de s’introduire à la garden-party de l’Elysée le 14 juillet. Contre toute attente elles partent, accompagnées de Kader, le grand frère d’Hakima.

Ce que j’en pense :
Je vous avoue que j’ai commencé cette lecture le couteau entre les dents, prête à débusquer le moindre défaut après la pluie de prix et de coups de cœur récoltée par ce roman, moi qui avais trouvé le précédent de l’auteur, « Comme des images », cruellement dépourvu de fil conducteur et de suite dans les idées malgré tout son potentiel.
Force m’est de reconnaître que ces louanges sont tout à fait mérités, et d’y ajouter les miens. « Les petites reines » est un excellent roman, qui surprend sans cesse, qui fait rire, et qui émeut aussi quand on s’y attend le moins (à l’image du dialogue entre Mireille et Kader lors de la garden-party, à la fois tordant, touchant et poignant). Clémentine Beauvais s’attaque au thème de l’apparence physique sans complaisance, avec un ton corrosif délicieux, sans épargner ses personnages.
Ces dernières ne sont pas des héroïnes, mais des jeunes filles qui ont souffert et que le monde a forcé à s’endurcir, à l’image de Mireille qui a du mal à entrouvrir sa carapace. Elles doivent être fortes si elles veulent rester elles-mêmes.
Quand on s’attaque à un thème pareil, les clichés ne sont jamais loin, mais l’auteure a su magistralement les éviter. Dès que l’on s’en approche, on l’évite d’une pirouette ou d’une plaisanterie bien sentie.
D’autres thèmes intéressants traversent le roman : l’adolescence, le lien père-fille, la guerre au nom de l’anti-terrorisme, le racisme ordinaire, les premiers amours, le féminisme… Mais cette fois, l’auteure ne perd jamais le fil et tout se mêle à la perfection, formant un tout cohérent qui frappe en plein cœur.
La fin est réussie, bien dosée, crédible, même si on quitte à regret ces personnages que l’on a appris à aimer, et que l’on aimerait toujours autant même si elles étaient vertes à pois rouges !
En résumé, c’est un roman qui donne la pêche, à conseiller à toutes les filles qui manquent de confiance en elles !

Les + : le ton corrosif, les personnages, une histoire très bien menée
Les - : rien du tout !

Appréciation : 5/5 (Coup de cœur)
 
"-Pleure Mireille, tu as le droit de pleurer, fait remarquer le Soleil.
-Je pleure pas !! sangloté-je
-Ah bon... Tout va bien, alors.
Il fait soudain quelque chose qui devrait me pulvériser en mille bulles de savon : il m'entoure les épaules de son bras droit, et, d'une main gauche attentive (et recouverte de cloques), il se sert de sa serviette en papier pour m'essuyer les yeux. Et me moucher le nez.
Super. Le Soleil me mouche le nez. C'est tellement sexy, ces remontées de liquide nasal du plus profond de mes branches jusque dans sa serviette en papier.
Moi :
-J'ai du attraper le rhume d'Astrid.
-ça doit être ça.
-J'ai du mascara partout, là ?
-Partout. Mais c'est joli, on dirait un raton laveur.
-Ah, nickel. Je me disais justement, il n'y a pas assez de gens qui viennent à la garden party de l'Elysée maquillés en animaux de forêt.
-C'est un tort, confirme le Soleil.
-Si tu veux, je te prête mon khôl, tu te fais une tête de zèbre et on court partout en poussant des cris sauvages.
-Tu as de très jolis yeux, déclare le Soleil en poussant mes mèches sur le côté. J'avais pas remarqué, à cause de tes cheveux qui sont toujours devant.
D'accord. D'accord. Il m'a dit que j'avais de très jolis yeux, d'accord. Ma vie ne sera donc, à partir de maintenant, qu'une longue suite de déceptions. J'en conclus
-Il faudrait que j'achète une barrette alors.
-Ce serait un bon investissement, approuve le Soleil."

mercredi 16 décembre 2015

Le cœur cousu, de Carole Martinez : une histoire de femmes

[Gallimard, 2007]

Carole Martinez apparaît aujourd’hui comme une valeur sûre de la littérature contemporaine. J’étais curieuse de la découvrir, et surtout son premier roman « Le cœur cousu », lauréat du Festival du Premier roman de Chambéry qui, vous le savez, est cher à mon cœur.

Résumé

Héritière des secrets de sa famille et dépositaire d’un coffret qui lui a offert un nécessaire à écrire, Soledad nous livre l’histoire de sa mère Frasquita et de son don. Elle nous raconte ses frères et sœurs, tous frappés d’un don comme on l’est d’une malédiction. Cette histoire est celle de leur errance, dans une Espagne d’une autre âge, sous un soleil de plomb…

Un conte moderne qui a du sens

Ce roman a tout du conte moderne. Le merveilleux est partout, dans les personnages, dans un fil qu’on tisse, dans un coq qui combat, une ombre qui s’échappe, des prières murmurées dans le noir. Mais ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que c’est un conte qui a un but, un sens profond. Carole Martinez nous parle des femmes, cantonnées à la sphère domestique et qui se sont créé un passage vers l’autre monde, celui des choses obscures et inquiétantes. Elles le maîtrisent et en sont les passeurs. Frasquita est une femme bafouée, vendue pour un combat de coq, mais elle est capable de réparer les maux que personne ne comprend. Quelques longueurs sont peut-être à regretter, mais ce sera mon seul véritable bémol.

Les personnages

Les personnages de ce roman sont uniques, chacun a sa marque et sa place. Frasquita et ses fils de couleurs, son don pour transformer la réalité par la couture, Anita la conteuse, Angela l’oiseau chanteur, Pedro el Rojo, Martirio la messagère de madame la mort, la solaire Clara, et Soledad pour écrire leur histoires et mettre un terme au cycle infernal des secrets. Une galerie très réussie, rehaussée de personnages secondaires tout aussi bien écrits.

L’écriture

Quant à l’écriture, il y a un vrai style. Ce n’est pas seulement un roman, c’est de la littérature, assez exigeante, avec des phrases développées, des métaphores, des sous-entendus. La lecture doit être attentive si on ne veut rien rater, et c’est tant mieux.

En quelques mots…

Ainsi, Carole Martinez nous propose une histoire de femmes, marquées par des croyances qui n'ont jamais été écrites mais que l'on se transmet de mère en fille les nuits de pleine lune. Le merveilleux et l'étrange sont partout, ils sortent les femmes de leurs foyers pour en faire des passeurs vers un monde obscur et inquiétant. C'est un véritable conte initiatique, dans la chaleur de l'Espagne des temps passés. Merci à Géraldine pour la découverte!

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« Par-delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre. Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu’elles seules ont exploré. Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine. Ce qui n’a jamais été écrit est féminin. »
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Ce roman fait partie du challenge :

Challenge New Pal 2015 : 16/75

mercredi 9 décembre 2015

Le Livre des Baltimore, de Joël Dicker : une histoire de famille et de destins brisés

[Editions de Fallois, 2015]

En 2013, j’avais beaucoup aimé « La vérité sur l’affaire Harry Québert », second roman de Joël Dicker, distingué notamment par le prix Goncourt des lycéens, auquel je me fie volontiers (sauf pour le « Charlotte » de Foenkinos qui avait été une douche froide – bref). J’étais donc avide de découvrir son nouveau roman et de retrouver le personnage de Marcus Goldman.

Résumé

Après le succès et l’adaptation au cinéma de ses précédents romans, Marcus Goldman s’installe pour quelques temps en Floride, non loin de la maison où son Oncle Saul a passé les dernières années de son existence. Et lorsqu’il croise par hasard son grand amour de jeunesse, et les souvenirs affluent. Il commence alors à reconstituer ses souvenirs de cette branche de la famille, ces Goldman de Baltimore à qui il a toujours voué une admiration sans borne et qui ont pourtant été frappés de plein fouet par le Drame…

Un narrateur qui se répète

J’avoue avoir été un peu déçue par ce nouveau roman. Autant l’intrigue de « La vérité sur l’Affaire Harry Québert » était brillamment menée, autant j’ai trouvé ici que Joël Dicker se répétait beaucoup. En effet, il revient très régulièrement sur le fossé social entre les deux parties de la famille, sur la richesse des Baltimore, ou sur le côté athlétique de Woody. Cela s’explique bien sûr par les obsessions du narrateur pour ces points en particuliers, mais cela m’a un peu lassée à la longue. Pour finir, l’histoire d’amour ne m’a pas vraiment convaincue, tout comme ce fut le cas dans le précédent roman.

Une intrigue familiale émouvante

Néanmoins, malgré ces bémols, j’ai été happée et émue par l’intrigue familiale, par l’amitié de ces trois cousins et la cruauté de non-dits et des malentendus qui ont séparé cette famille. En effet, l'auteur nous offre cette fois-ci non plus un roman teinté de policier, mais une véritable saga familiale qu'il reconstitue peu à peu. Il parvient à faire durer le suspense concernant le nœud de son intrigue, son point central, ce fameux Drame qui hante le narrateur. Enfin, le roman donne en quelque sorte une leçon de vie, consistant à cesser d’observer et d’envier les autres, de vivre pleinement sa vie, et de profiter pleinement de l’amour et de l’amitié, seules véritables richesses, seules véritables réussites…

Les personnages

Marcus Goldman est fidèle à lui-même, c’est-à-dire égocentrique, très occupé à se regarder le nombril, mais attachant de par sa naïveté, son innocence. J’ai apprécié l’Oncle Saul, sa générosité, sa lucidité sur ses erreurs passées et présentes, sa sagesse chèrement acquise. Les cousins de Marcus Woody et Hillel, forment un tandem à la fois irrésistible et émouvant, soudé et torturé. En revanche, je ne me suis pas vraiment attachée à Alexandra, j’ai eu du mal à la cerner, comme ce fut le cas avec Nora dans le précédent roman.

L’écriture

En ce qui concerne le style, il est agréable, sans qualité littéraire particulièrement notable, mais honnête. La lecture est fluide, les personnages se tiennent, les descriptions sont suffisantes, et le tout est relevé d'une pointe d'humour.

En quelques mots…

Ainsi, ce nouveau roman est clairement moins bon que le précédent, avec une intrigue qui tourne un peu en rond, plus brouillonne, même si le suspense est tenu. L’histoire d’amour ne m’a pas convaincue, mais j’ai été touchée par cette histoire de famille et par les personnages. A lire, mais ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre, sous peine d’être déçu.

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« -Allons, ne soyez pas triste, mon petit Goldman. Dans vingt ans les gens ne liront plus. C’est comme ça. Ils seront trop occupés, à faire les zozos sur leurs téléphones portables. Vous savez, Goldman, l’édition c’est fini. Les enfants de vos enfants regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des pharaons. Ils vous diront : « Grand-père, à quoi servaient les livres ? » et vous leur répondrez : « A rêver. Ou à couper des arbres, je ne sais plus. » ».


« Beaucoup d'entre nous cherchons à donner un sens à nos vies, mais nos vies n'ont de sens que si nous sommes capables d'accomplir ces trois destinées : aimer, être aimer et savoir pardonner. Le reste n'est que du temps perdu. »

vendredi 20 novembre 2015

Le pays qui te ressemble, de Fabrice Colin : un road-trip déjanté, pas toujours crédible

[Albin Michel, 2015]

Si vous suivez un peu ce blog, vous savez que j’aime beaucoup ce que fait Fabrice Colin, tant chez les adultes (Arcadia, Ta mort sera la mienne) qu’en jeunesse (49 jours, Bal de givre à New York, Passeurs de morts). Je me suis donc réjouie de cette nouvelle parution chez Albin Michel !

Résumé

Jude et Lucy ont quinze ans et un père (Noël, et non, ce n’est pas une blague) qui est un fan absolu des Beatles. Depuis plusieurs mois, ils se débattent avec leur deuil, leur peine d’avoir perdu brutalement leur mère. Mais avant de mourir, cette dernière les a mis sur les traces de leur mère biologique. Avec leur grand-mère Maryline, ils entraînent leur père dans de vraies-fausses vacances, pour tenter de retrouver celle qui leur a donné la vie.

Un roman (trop) décalé

Ce roman est un road-trip déjanté, peut-être un peu trop à mon goût : je suis restée en dehors de l’histoire, sur le côté, la majeure partie du temps. En effet, surtout dans la première partie du voyage, les situations sont si rocambolesques que l’histoire perd sa crédibilité et sa profondeur. Par rapport au niveau de qualité auquel l’auteur nous a habitués, j’ai été un peu déçue, ce roman ne creuse pas vraiment le fond des choses.

Un thème intéressant

Pourtant, la base de l'histoire est grave et le thème du deuil traité d’une manière intéressante. On aborde aussi le mensonge, le non-dit. Le côté décalé apporte également une légèreté bienvenue. Aussi, je suis partagée, j’ai apprécié certains aspects du roman, mais j’ai parfois décroché quand l’excentricité était trop poussée pour moi. En tout cas, si vous recherchez un roman un peu loufoque et que vous aimez les Beatles, il est fait pour vous !

Les personnages

J’ai plutôt apprécié le personnage de Lucy qui essaie tant bien que mal d’affronter son deuil et de tirer de toutes ses forces sa famille vers la lumière, quitte à dissimuler sa propre tristesse derrière des mensonges. Ses réflexions sont sensées, même si elle ne prend pas toujours les bonnes décisions. On connait moins Jude, plus renfermé, plus secret, et surtout, nous n’adoptons jamais son point de vue. Quant à Noël et Maryline, ce sont de sacrés numéros, chacun dans son genre, et Noël a un côté assez touchant.

L’écriture

Quant à l’écriture, elle se fait plutôt légère, pour épouser le ton humoristique du roman. On est dans un style plutôt simple. Néanmoins, j’ai retrouvé régulièrement, et à mon grand plaisir, les belles tournures et les envolées de pensées qui sont pour moi la « patte » de Fabrice Colin et qui font que j’aime tant le lire

En quelques mots…

Ainsi, je suis partagée vis-à-vis de ce roman qui, pour moi, va un peu trop loin dans l’excentricité et perd ainsi en partie sa crédibilité. Néanmoins le thème du deuil est bien traité et l’aspect humoristique allège ce propos difficile. A lire en partie au second degré, si on a envie d’originalité et de folie ! A partir de 13 ans.
Merci à Babelio et l'opération Masse Critique pour cette lecture.

Note : 3/5

Stellabloggeuse
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« Au fil des mois, je suis devenue la femme de la maison. L’épouse irremplaçable, la fille perdue, la mère que je ne pouvais être.
Souvent, j’avais l’impression que tout, absolument tout, dépendait de ma petite personne. Le monde s’était réduit à un globe de pierre à hauteur d’homme et on m’avait obligée à le porter sur mon dos.
J’étais celle qui ouvrait les factures, les réglait, les rangeait dans le classeur. Celle qui distribuait les listes de courses. Celle qui consultait les horaires des musées et décidait ce que nous ferions le week-end. »

« Une fois, je me rappelle, je lui avais demandé pourquoi la plupart des personnages de romans pour la jeunesse étaient orphelins. James et la grosse pêche. La Quête d’Ewilan. A la croisée des mondes. Les larmes de l’assassin. […]
Papa avait relevé le nez du roman qu’il était en train de lire

-Etre orphelin c’est être libre. Tu te rends compte, si tu devais sauver le monde et rentrer à temps pour tes devoirs ? »

dimanche 8 novembre 2015

Après la vague, d’Orianne Charpentier : le deuil d’une moitié de soi


Le tsunami du 26 décembre 2004 fait partie des événements qui restent gravés dans la mémoire collective. Aussi, la présence de ce thème dans le synopsis du roman « Après la vague » d’Orianne Charpentier suffisait pour m’intriguer. Après l’avoir reçu en cadeau, il ne m’a donc pas fallu longtemps pour m’y attaquer!

Résumé

Ce jour-là, Max et sa sœur jumelle Jade auraient dû être en excursion pour visiter un temple. Mais Max voulait profiter de la mer, et Jade est restée lui tenir compagnie. Lorsqu’une immense vague surgit et balaie tout, ce n’est pas la moitié de Max qu’elle emporte, mais tout ce qu’il était… Le jeune homme, miraculé, devra entamer une longue reconstruction pour retrouver le sens de la vie…

Le deuil d’un jumeau

Au final, ce roman n’a pas pour sujet central le tsunami, ou la reconstruction qui a suivi. Le véritable propos du roman, qui pourrait se situer dans un tout autre contexte, c’est celui du deuil, qui plus est pour le survivant d’une paire de jumeaux. Pour ne rien arranger, Max porte une lourde culpabilité vis-à-vis du drame, puisque c’est pour lui que sa sœur était présente sur la plage ce jour-là. Se pardonner est alors bien plus qu’un défi, et se remettre à vivre semble impossible.

Une métaphore sensible

J’ai apprécié la métaphore de la vague, qui balaie toutes les certitudes de Max, tout ce qu’il croyait être et savoir, pour le remettre face aux choses essentielles de son existence. Sa famille, qui a perdu le même être cher, ne vit pourtant pas le même drame, et la reconstruction passera par des rencontres extérieures, des ailleurs. Le tout est raconté avec sensibilité, sans en faire trop non plus, le ton est juste.

Les personnages

Au début du roman, Max est un adolescent sûr de lui. Il se croit fort et n’hésite pas à provoquer, voir à blesser sa sœur qui fut autrefois sa meilleure amie, son miroir. Tout cela va voler en éclats et nous retrouvons un jeune homme fragile et sans espoir. Son personnage est nuancé et crédible. Quant à Jade, elle semble une jeune fille admirable, ouverte, altruiste. Son portrait est sans aucun doute angélique, mais c’est parce que nous la voyons au travers des yeux de son frère. J’ai bien aimé également les personnages secondaires, Mickaël et la religieuse rencontrée sur la route.

L’écriture

Quant au style, il est plaisant, avec de belles descriptions et des émotions maîtrisées. L’auteure fait s’exprimer Max, d’une manière crédible pour un jeune qui aurait vécu ce qu’il a traversé.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un roman sensible et d’une émotion maîtrisée que nous propose Orianne Charpentier. Le thème central, le deuil d’un jumeau, est abordé avec justesse, et la métaphore de la vague amène de belles réflexions sur l’existence. A découvrir à partir de 14 ans.

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« Tant que nous sommes jeunes et bien portants, nous traversons la vie comme des funambules ; nous marchons sur le fil à grands pas hâtifs, pressés de trouver un lieu plus stable et plus heureux. Enfants, nous espérons l’été. Et une fois l’été passé, nous espérons l’été suivant. Les années s’écoulent, nous consommons nos jours, nous dévorons notre insouciance à grandes bouchées voraces. Pourtant aucune bouchée ne nous comble, au contraire : chacune d’entre elles nous fait ressentir la faim d’autres joies. »


« Si j’ai pu, à ce moment de mon récit, donné l’idée que ma famille ne m’a pas aidé durant tous ces mois, cela m’afflige. La vérité, c’est que mes proches tentaient de toutes leurs forces de me tirer hors du vide. Mais leurs forces étaient peu de choses, même s’ils m’aimaient, parce que leur cœur était brisé et que moi, je désirais l’abîme. »

samedi 10 octobre 2015

Dysfonctionnelle, d’Axl Cendres : une famille haute en couleurs

[Sarbacane, 2015]

Mon avis enthousiaste sur « Mes idées folles » d'Axl Cendres fut l’un des premiers publiés sur ce blog, à son ouverture. J’étais tombée sous le charme de cette histoire pleine d’imagination et de fraîcheur. J’ai un peu moins apprécié « La drôle de vie de Bibow Bradley » dont le potentiel énorme m’a semblé sous exploité. Mais j’étais ravie et curieuse de découvrir son dernier roman en date, « Dysfonctionnelle », paru le 7 octobre.

Résumé

Fidèle est née au mauvais endroit au mauvais moment, au cœur d’une famille dysfonctionnelle. Elle grandit dans un bar, entre trois sœurs et trois frères, une mère perturbée, un père passant régulièrement par la case prison, un oncle versé dans la « sychologie » et une grand-mère bienveillante. Son QI la mène pourtant dans un lycée des beaux quartiers, où elle vivra un véritable choc des cultures. Elle est pourtant la preuve que « Même avec une chose que tout le monde croit perdue, on peut faire quelque chose de merveilleux ».

Une famille merveilleusement atypique

C’est avant tout un roman sur la famille. A une époque où certains voudraient nous vendre, nous imposer un modèle de famille (un papa une maman, patati patata), Axl Cendres nous offre l’exemple parfait  modèle familial complètement original, en dehors de tout règle. Elle nous prouve par là qu’il n’y a pas de recette pour rendre les enfants heureux et en faire des adultes. Le lecteur vit donc au rythme de cette famille complètement loufoque, en suivant la trajectoire de Fidèle, avec ses hauts et ses bas. Malgré quelques facilités par moments, on s’attache énormément, mais surtout, c’est un roman où l’on sent de la vie.

Un roman très riche

Au travers d’une belle histoire d’amour, on aborde également le thème de l’homosexualité et l’homoparentalité. De nombreux autres thèmes sont présents, comme la religion évoquée sur un ton gentiment dérisoire, cette famille mêlant judaïsme, catholicisme et islam. Ou la maladie mentale de la mère de Fidèle, prétexte à quelques réflexions sur l’absurdité des guerres. Ou le militantisme, la musique classique, le foot… Et au milieu de tout cela, Axl Cendres arrive encore à glisser de jolies références à ses autres romans, ou même à d’autres romans exprim’ (notamment Comme des images de Clémentine Beauvais).

Les personnages

Le point fort de ce roman, c’est indubitablement cette galerie de personnages hauts en couleur, cette famille pleine de différence qu’Axl Cendres nous conte avec tant de tendresse que l’on s’y attacha immédiatement. Le destin de Fidèle m’a tenu à cœur. J’ai aussi été touchée par sa maman et sa maladie, mais surtout par Zaza, la grand-mère, avec son accent algérien, son couscous à partager et son islam de tolérance. Enfin, mention spéciale pour l’intelligence de l’oncle, qui permet à cette famille de fonctionner envers et contre tout.

L’écriture

Concernant l’écriture, l’auteure adopte un style plutôt oral, l’histoire nous étant directement contée par Fidèle. Le langage est donc gentiment familier. Le rythme est vif et les personnages s’expriment avec leurs accents, ajoutant à la sensation de vie qu’apporte le roman.

En quelques mots…

Ainsi, Axl Cendres nous offre un roman drôle, tendre et parfois émouvant, sur une famille inattendue à laquelle on s’attache sans s’en rendre compte. Malgré quelques facilités, c’est un roman vivant, qui aborde de nombreux thèmes de société. Merci pour cette belle leçon de différence, tout simplement. A découvrir à partir de 15 ans (la présence d’alcool et drogue pouvant heurter les ados plus jeunes, ou leurs parents).
Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« Ma peur n’a cessé d’augmenter tandis que je constatais, au fil des mois, que JR était exactement comme moi : un pur produit kabyle aux cheveux bruns, yeux bruns, peau claire…il allait être moi, en mieux. Comme on répétait souvent que j’étais un « garçon manqué », je me disais que ce frère, lui, allait être un « garçon réussi » et qu’il allait, pour de bon, m’évincer du cœur de mon père… »

« -Demain, y’a des chances pour que les aut’ gamins se moquent de toi…
-Et pourquoi ça ? j’ai demandé en croisant les bras, pour mimer mon père quand il entendait quelque chose qui lui plaisait pas. Moi qui croyais être la personne la plus cool de l’univers, je voyais pas pourquoi on se moquerait de moi.
Mon oncle n’osait pas me répondre : « Parce que t’es une petite grosse en perfecto qui s’appelle Fifi », alors il a dilué :
-Pace’que t’es di-ffé-rente.
Je restais perplexe, il a continué :
-Ça veut dire que les autres ne sont pas comme toi, mais ils sont simplement plus nombreux. Pigé ? »

samedi 26 septembre 2015

Ce qui ne nous tue pas, d’Antoine Dole : la rencontre de deux solitudes

[Actes Sud Junior, 2014]


J'ai découvert Antoine Dole avec son bouleversant (et controversé) "Je reviens de mourir", que j'ai lu avant l'ouverture de ce blog et qui n'y est donc pas chroniqué. Plus récemment, j'ai apprécié "K-Cendres" et j'ai été émue par "A copier cent fois". Je me suis donc réjouie lorsque mon travail m'a donné l'occasion de lire "Ce qui ne nous tue pas", l'un de ses derniers romans ados en date.

Résumé

Lola est en colère. D'abord contre ses parents qui ne parviennent pas à la protéger de leur rupture, sa mère trop faible qui courbe l'échine et son père fuyant. Et par extension, elle en veut au monde entier. Le collège devient le défouloir de sa colère, entre provocations et violence. Jusqu'au jour où elle va trop loin, jusqu'à cette fugue qui lui fait rencontrer Simone. Une vieille dame tout aussi seule qu'elle, avec laquelle elle va passer quelques jours...

Beaucoup de sensibilité

Ce roman raconte Lola entre passé et présent. En alternance, il évoque sa fugue actuelle et les différents événements qui l'ont provoquée, chapitre après chapitre. Nous apprenons ainsi à la connaître petit à petit, à appréhender sa souffrance. Avec sa sensibilité habituelle, Antoine Dole tisse ainsi la rencontre de deux solitudes qui vont petit à petit s'apprivoiser et se faire du bien. Il ouvre une autre voie que la colère pour échapper à la souffrance, celle de la tendresse.

Un roman crédible

J'ai particulièrement apprécie le côté réaliste de l'histoire. Lola ne devient pas une super-héroïne pour Simone, une fée du logis qui pourvoierait à tous ses besoins. Non, elle fait de son mieux, à son échelle d'adolescente, elle lui offre des rêves, et des petits gestes de rien du tout qui adoucissent la vie. La douleur de l'adolescence et celle de la vieillesse se font écho, naturellement. Et la fin échappe à un grand happy end qui gâcherait tout, tout en préservant l'espoir.

Les personnages

Le personnage de Lola est touchant. C'est une adolescente en souffrance qui n'a pas supporté de voir ses parents se déchirer, jusqu'à penser qu'elle porte peut-être une part de responsabilité dans leur divorce. En colère contre ses parents, contre elle-même, elle n'arrive à l'exprimer qu'avec maladresse. Quand à Simone, elle vit en dehors de la réalité la plupart du temps, elle vit dans ses souvenirs et dans ses rêves.

L'écriture

Quant au style, il est toujours aussi agréable à mon goût, avec des phrases parfois courtes et percutantes, mais aussi avec de belles formulations. Antoine Dole écrit comme un équilibriste et touche ma sensibilité de la pointe de sa plume.

En quelques mots...

Ainsi, j'ai retrouvé avec grand plaisir Antoine Dole dans ce roman qui fait se rencontrer deux souffrances, deux solitudes, deux âges de la vie. Avec une belle sensibilité, il tisse des liens et ouvre la voie de la tendresse. A découvrir à partir de 13/14 ans.


Note : 4/5
Stellabloggeuse

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« Chaque matin, quand je sors de chez moi pour venir en cours, il ne reste plus que de la colère. Contre moi, contre les autres, contre la vie. Le moindre murmure provoque des ondes de choc irrémédiables. Et c’est plus fort que moi, je le jure : au contact des autres, quand j’ouvre la bouche c’est la colère qui parle, et quand je lève la main c’est la colère qui frappe. C’est la colère tout le temps, qui décide, qui agit. Et c’est la peine ensuite, qui endort les dégâts. »


« Je monte encore le son de mon casque et la musique résonne dans ma tête, si bien qu’il ne reste des mélodies qu’un bruit assourdissant. Je m’efface, je disparais sous la peur de leurs éclats de voix, sous les doutes et la crainte. Face à ce mur qui crie et vocifère, je me sens si petite. Mais si je suis si minuscule, pourquoi ma peine, elle, est si grande ? »


« Elle en veut à sa mère d’être fragile et faible, de se laisser abattre. Elle lui en veut de ne pas avoir de solution, elle qui a toujours su quoi faire pour résoudre le moindre problème de la maison. Elle en veut à sa mère, oui, des mensonges censés rendre la vie plus belle, et qui ne font que tout compliquer. Puis elle en veut à son père de partir, de les laisser comme ça. Elle lui en veut de fuir, de ne pas savoir les protéger. Elle en veut à son père de ne pas être le héros qu’elle croyait, de ne pas être aussi fort, de ne pas savoir faire que tout tienne encore debout. Elle en veut à cette famille toute entière, qui change, qui se transforme, cette famille qui se fissure, qui craque et qui s’effondre. Et oui, après tout ça elle en veut au reste du monde, parce que cette douleur existe et qu’elle n’est pas supportable, que rien, rien du tout ne parvient à l’apaiser. »

samedi 12 septembre 2015

Quelqu’un qu’on aime, de Séverine Vidal : à la recherche des souvenirs vivants

[Sarbacane, 2015]

Séverine Vidal est une auteure jeunesse que je ne connaissais jusqu'ici que de nom. C'est le résumé de son dernier roman pour adolescents « Quelqu'un qu'on aime » qui m'a décidée à sauter le pas, je n'ai pas résisté à l'appel du road trip en famille!

Résumé

A 21 ans, Matt se découvre qu'il est le père d'une petite Amber, âgée d'un an et demi qui chamboule sa vie et son projet de voyage. En effet, il comptait emmener son grand-père, Gary, atteint de la maladie d'Alzheimer, sur les traces de la tournée du chanteur Pat Boone en 1958, une tournée qu'il avait suivi jeune homme, avec ses amis. Il est écrit que durant ce voyage, rien ne se passera comme prévu!Et c'est sans doute ce qui pouvait leur arriver de mieux.

Thèmes classiques, événements imprévus

On aborde avec ce roman quelques thèmes largement traités dans la littérature jeunesse, notamment la maladie et la paternité, la crise d'identité d'un adolescent, le road trip à travers les Etats-Unis... Et pourtant, ce roman a le petit quelque chose en plus qui fait la différence, notamment parce qu'il réussit à nous surprendre. En effet, les choses ne se passent pas comme prévu : tempête de neige, souvenirs vacillants, rencontre ratée… C'est ce qui rendra ce voyage inoubliable pour les personnages et marquera le lecteur. Il nous apprend que le présent est fragile et inestimable.

Beaucoup de tendresse

On trouve dans cette histoire beaucoup de tendresse, notamment entre Matt et son grand-père. On est forcément touchés par ce jeune homme qui emmène Gary à la poursuite de « souvenirs vivants ». Les autres personnages rencontrés au hasard du chemin amènent chacun quelque chose au groupe, et ils forment une belle et improbable famille. On pourrait craindre un énième « roman bonheur », mais comme je l'ai déjà évoqué, l'auteure sait surprendre, et elle ne recherche pas le happy end à tout prix.

Les personnages

L'auteure nous propose dans ce roman toute une galerie de personnages, dont on adopte tour à tour le point de vue. Il y a d'abord Matt, un jeune homme très attaché à son grand-père et qui apprend sur le tas à devenir un père. Il est sympathique, mais on en sait peu sur lui, pas même ce qu'il fait dans la vie. Gary est très attachant : lucide sur sa maladie, il refuse de susciter la pitié et se défend avec un humour redoutable. Luke est un adolescent qui ne sait plus qui il est, qui a perdu ses repères. Quant à Antonia, elle a vécu des choses difficiles et ne sait pas bien quoi faire de sa toute nouvelle liberté. Enfin, Susan et Dixie sont des personnages essentiels à l'intrigue, mais peu fouillés en eux-mêmes.

L'écriture

Le style est peut-être le point faible du roman, il m'a semblé parfois maladroit. Les dialogues en particulier manquent par moments de naturel. Mais la plupart du temps, on se laisse porter, entre paysages, péripéties et introspections.

En quelques mots…

Ainsi, je me suis laissée emporter par ce road trip très sympathique, à la « Little Miss Sunshine », avec des personnages et événements inattendus, et beaucoup de tendresse. On pourrait craindre un énième « livre bonheur », mais celui-ci a, à mes yeux, un petit truc en plus et ne recherche pas le happy end à tout prix. Pour tous, à partir de 13 ans.
Merci à Charlène et aux éditions Sarbacane pour cette découverte !

Note : 4/5

Stellabloggeuse
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« Matt craignait le pire et ce n'est pas ce qui est arrivé. C'est même tout le contraire. A l'horizon, il n'y a pas de soleil couchant magnifique, on ne voit pas à cent mètres dans ce chaos glacial, il n'y a rien, rien de ce qu'il avait prévu, rêvé. Mais Matt s'en fout : ce sera ce que ce sera. Et ça sera sans doute pas si mal. »

« Il y repensera en regardant cette photo, qu'il gardera toujours, pliée en deux, dans son portefeuille. Il y repensera quand il aura l'impression bizarre que ce moment n'est jamais arrivé. C'est le présent qui est fragile ; il disparaît, il n'existe pas. […] Il voudrait garder ce moment, le retenir. Mais il ne peut pas, le présent file et c'est comme ça, alors Luke serre la main de Gary, falaise fragile qui attend, en retenant son souffle, le prochain tremblement de terre. »

lundi 31 août 2015

Refuges, d’Annelise Heurtier : destins croisés sur l’île de Lampedusa

[Casterman, 2015]

J’ai découvert Annelise Heurtier il y a un an ou deux avec son roman « Sweet sixteen » (que je n'ai malheureusement pas pris le temps de chroniquer à l'époque), qui évoquait l’époque de la Ségrégation aux Etats-Unis au travers du regard de deux adolescentes. Cette fois, l’auteure s’est emparée d’un sujet très actuel, celui des migrants qui échouent régulièrement sur l’île italienne de Lampedusa.

Résumé

Mila, jeune italienne d’une quinzaine d’année, revient sur l’île de Lampedusa avec ses parents, pour la première fois depuis des années. L’île a pourtant été le théâtre des étés heureux de son enfance, mais rien n’est plus pareil depuis que le malheur a frappé sa famille. En parallèle du cheminement intérieur de Mila, cette histoire nous propose quelques étapes du parcours du combattant de migrants Erythréens, pour rejoindre les portes de l’Europe.

Un sujet d’actualité

Ce roman a le mérite de s’attaquer à un sujet on ne peut plus d’actualité, un sujet brûlant. Loin des polémiques, l’auteure se garde bien de faire de la politique et met l’accent sur l’humain, les trajectoires individuelles des migrants, même si elle évoque le militantisme de certains jeunes italiens. Pour ma part, j’ai appris des choses, j’ignorais la teneur de la dictature en Erythrée, qui n’offre pour toute perspective aux jeunes que vingt années de travail forcé pour l’Etat, qui les laisseront soumis et exsangues.

Un roman inégal

Et pourtant, en refermant ce roman, je ressens une certaine frustration, car l’histoire de Mila ne m’a pas franchement passionnée. Son drame familial n’a pas suscité en moi le même intérêt que les passages dédiés aux migrants, leurs efforts pour traverser le désert, rejoindre la Lybie ou le Soudan, puis se payer une place sur un raffiot en partance pour l’Europe. Malgré les efforts de l’auteur, l’histoire de Mila n’est pas aussi poignante mais surtout, les deux pans du romans ne sont pas assez connectés à mon goût.

Les personnages

Mila est une jeune fille marquée par la tristesse et la culpabilité. Sa famille a explosé, et elle se trouve incapable d’avancer. Elle voudrait juste effacer le passé, revenir sur les événements. Elle ne trouvera la paix que lorsqu’elle acceptera cet héritage. Quant aux jeunes migrants, leurs histoires sont diverses. Mais tous partagent la certitude que leur pays va leur voler leur vie, et que leur seul espoir est de fuir. Ils ne viennent pas pour prendre aux Européens ce qu’ils ont, mais pour avoir une infime chance de vivre leur vie.

L’écriture

En ce qui concerne la plume, elle est très agréable, j’apprécie beaucoup l’écriture d’Annelise Heurtier. Son style reste simple et abordable, littéraire mais pas trop exigeant.

En quelques mots…

Ainsi, ce roman a le mérite d’exister et d’aborder un thème difficile en toute simplicité, sans chercher la polémique, en racontant simplement quelques épisodes de la vie d’êtres humains. Je regrette simplement que l’histoire des migrants et celles de Mila n’aient pas été davantage liées, ce qui aurait donné davantage d’intérêt au roman, qui m’a paru un peu inégal. A lire néanmoins pour son thème, à partir de 14 ans.

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« Je le sais depuis que je suis tout petit : l' Europe, c'est la promesse d'une vie meilleure. Je suis fort, courageux. La fatigue ne me fait pas peur.
Là-bas, je serai discret, laborieux, je ferai les travaux dont personne ne veut.
Je serai heureux de ce qu'on me donnera. Je n'irai pas pour prendre la place de qui que ce soit. J'irai parce que je suis né au mauvais endroit. J'irai parce que j'ai envie de vivre. »


« On avait fait de l'île déserte le symbole du bonheur ultime, alors qu'en réalité, l'isolement et le manque d'espace vous condamnaient à vivre enfermé à l'intérieur de vous-même, avec vos pensées. Et celles de Mila achoppaient toujours au même endroit : le désir illusoire que tout soit différent. »