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vendredi 22 avril 2016

Rural noir, de Benoit Minville

Editeur : Gallimard
Année : 2016
Pagination : 256
Public visé : Adultes

Résumé :
Après dix ans d’absence, après avoir tout plaqué et avoir tenté de tout oublier, Romain est de retour dans son petit village dans la Nièvre. Rapidement, les souvenirs affluent, notamment ceux de cet été où les choses ont commencé à déraper, lorsqu’il a perdu son innocence. En retrouvant son frère et sa meilleure amie Julie, Romain espère prendre un nouveau départ, mais les retrouvailles sont entachées par un drame : Vlad, leur ami d’enfance, le quatrième membre de leur « gang » est retrouvé dans un champ, laissé pour mort…

Ce que j’en pense :

Après son titre « Les géants » qui préfigurait déjà un tournant plus sombre, Benoit Minville revient cette fois avec un véritable roman noir, sur fond de trafic de drogue et de règlements de comptes.

On y retrouve pourtant des thèmes familiers chez l’auteur, notamment cet intérêt pour l’adolescence, l’âge de la transgression et de la liberté, mais aussi des premières angoisses existentielles. Il nous raconte ainsi l’amitié fusionnelle de quatre jeunes gens. C’est sans doute ce qui donne son humanité au roman – par ailleurs très sombre, avec son lot de sang et de violence. A un moment de l’intrigue, j’ai d’ailleurs pensé au film « Les petits mouchoirs », avec cette bande de copains qui perd brutalement son insouciance.

L’histoire a également une importante dimension sociale, autre préoccupation récurrente chez l’auteur – on se souvient du cri de rage de « Je suis sa fille » contre la toute-puissance du capitalisme. Il est question ici de la désertification des campagnes, de la crise qui frappe durement ces recoins isolés de France, des petits trafics mis sur pieds pour survivre et qui dégénèrent en quelque chose de plus grave… Cela m’a rappelé par moments « A la vie à la mort » d’Henri Courtade, que j’avais beaucoup aimé.

Le lecteur se retrouve pris au piège avec les personnages qu’il apprend rapidement à apprécier, dans une spirale de vengeance et de règlement de comptes, entre passé et présent, avec un esprit de clan et une loi du silence qui rappelle un peu la mafia.
Un roman à découvrir, pour les amateurs de polars non dénués de chaleur humaine, avec une dimension sociale.

Les + : l’humanité, la dimension sociale
Les - : ne pas être rebuté par la violence, beaucoup de combats à mains nues
Appréciation : 3,5/5

Stellabloggeuse
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« Ce soir on est les rois. Cette nuit d'été est à nous. On se rabâche cet hymne depuis des semaines et à chaque fois c'est la plus grande découverte de l'histoire de la musique. Notre vieille grange nous protège de l'orage de fin du monde qui rôde. On transpire la joie, le rock'n'roll et l'amitié. On est plus grands que King Kong, plus heureux qu'une colonie de milliardaires, plus sauvages qu'une horde de hors-la-loi. »

dimanche 30 novembre 2014

Les larmes rouges, de Georgia Caldera, tome 1 : Réminiscences

[J’ai Lu, 2013]

« Les larmes rouges » de Georgia Caldera est un livre qui m’attirait depuis longtemps, grâce aux bonnes appréciations vues sur Livraddict, et au prix Merlin qu’il a reçu en 2012 dans sa première édition (Le chat Noir). L’organisation d’un club de lecture sur le thème de la folie m’a donné l’occasion de le découvrir.

Résumé

Cornélia, âgée de 19 ans, ne trouve plus de raison d’espérer, et décide d’en finir avec la vie, poussée par une voix intérieure. Pourtant, elle survit miraculeusement et démarre une nouvelle vie avec son père, dans le village de Rougemont. Mais la voix ne la lâche pas pour autant, bientôt accompagnée d’hallucinations très réalistes. Cornélia en perd le sommeil et l’appétit. Le revêche occupant du château voisin, celui-là même qui lui a sauvé la vie, détiendrait-il les réponses qui lui manquent ? Ou est-elle simplement en train de devenir folle ?

Un roman très sombre

C’est un roman à l’atmosphère romantique, dans le sens le plus sombre du terme. Les personnages sont torturés et leur trajectoire laisse peu de place à l’espoir. En effet, c’est une histoire très noire, pour lecteurs avertis. Que ceux qui ne supportent pas l’hémoglobine passent leur chemin, car les « hallucinations » de Cornélia sont parfois très violentes, et cela va en s’accentuant à mesure que l’on avance dans la lecture. Le décor participe à l’angoisse ressentie par le lecteur, avec un château et une chapelle en ruines, tout en donnant à l’histoire un charme « à l’ancienne ».

L’un des grands thèmes du fantastique (je ne dirai pas lequel pour vous laisser la surprise) est revisité une nouvelle fois, et avec intelligence. En revanche, j’ai trouvé peu crédible le fait que Cornélia arrive à conserver assez longtemps un semblant de vie « normale » dans le village, ce pan de l’histoire est plutôt mal géré.

Une romance intense

J’ai apprécié la romance que nous propose l’auteure, qui a le mérite d’être très intense. Les sentiments sont puissants, et pourtant cette histoire d’amour n’a rien d’évident, pour plusieurs raisons liées au passé et au présent des personnages. En revanche, au bout d’un moment, c’est tout de même un brin répétitif. Mais la midinette qui sommeille toujours en moi (si vous me lisez régulièrement, vous le savez !) a apprécié cette dimension, qui allège un peu le côté glauque de l’histoire.

Les personnages

En revanche, je n’ai pas beaucoup aimé Cornélia, et particulièrement dans les passages se déroulant dans le passé, où ses idées sur le bien et le mal sont très arrêtées. Je l’ai trouvée davantage sympathique dans le présent, plus nuancée. Elle reste néanmoins assez égocentrique et instable, même si ce dernier point peut se comprendre vu le contexte. En revanche, le châtelain, Henri, m’a vraiment beaucoup plu. C’est un gentleman sous ses airs bourrus, mais il n’en reste pas moins dangereux et assume sa nature. Son personnage est bien dosé, pas trop torturé, pas trop angélique.

L’écriture

En ce qui concerne le style, il m’a plutôt convaincue. La plume a un petit côté « ancien », sans être non plus désuet, qui correspond bien à l’ambiance du roman. Les descriptions sont riches et permettent au lecteur de visualiser l’action, y compris dans les scènes violentes/gores.

En quelques mots…

Ainsi, dans l’ensemble, j’ai aimé ce roman sombre et sanglant, notamment parce qu’il est adouci par une romance assez intense qui a su convaincre la midinette en moi. L’un des grands thèmes du fantastique est revisité d’une manière qui m’a plu. En revanche, d’autres pans de l’histoire m’ont moins convaincue, et le côté sanglant a commencé à me lasser en fin de lecture. Je pense tout de même lire la suite un jour ou l’autre, puisqu’il s’agit du premier tome d’une trilogie. A réserver à un public averti qui aime apprécie les romans sombres (pas avant 16/17 ans pour les adolescents).

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« C’est une souffrance terrible, insidieuse, une souffrance de chaque instant, que de sentir renaître au fond de ce vieux corps dépourvu de vie qu’est le mien, les cendres de ces maudits sentiments ; que de sentir repartir au creux de ma poitrine ce feu dévastateur et dément que je croyais à jamais éteint. »


« C’est alors qu’ils se mirent à glisser sur le sol, comme si le parquet s’était subitement transformé en patinoire, tournoyant au rythme de la mélodie. Celle-ci se fit alors plus rapide et sonore, s’adaptant au fur et à mesure à la cadence de cette danse extraordinaire. Cornélia, quelque peu effrayée par la vitesse à laquelle ils virevoltaient, ferma d’abord les yeux, n’osant plus faire le moindre mouvement, subissant sans comprendre les divagations pour le moins étranges de son ami. Puis, l’envie de profiter de cet instant magique prenant malgré tout le pas sur ses appréhensions, elle finit par les rouvrir et fut stupéfaite de découvrir qu’ils avaient finalement quitté le plancher pour maintenant flotter dans les airs, tout près du plafond de la chambre, à hauteur des lustres. »
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Ce roman fait partie du challenge :


Big Challenge 2014 : 9/5

samedi 23 août 2014

Qui se souvient de Paula ? de Romain Slocombe : entre roman historique et roman noir

[Syros, 2008]

Romain Slocombe est un auteur français de romans policiers et romans noirs, pour les enfants et les adultes. J’ai souhaité découvrir cet auteur en commençant par « Qui se souvient de Paula ? », un roman pour adolescents qui tient à la fois du roman historique et du roman noir.

Résumé

Ce roman est constitué de trois parties distinctes. Dans la première, la jeune Juive Paula Karlinski, ou Paule Carlin sur ses papiers français, raconte dans une lettre à son petit ami, Jacques Masaran, comment elle a échappé de justesse à la rafle du Vel’ d’Hiv en juillet 1942 et gagné la zone libre, pour rejoindre sa mère à Lyon. Dans une seconde partie, nous l’accompagnons dans sa remontée à Paris début 1943, dans l’espoir de retrouver son père. Enfin, dans une troisième partie, Jacques Masaran, désormais âgé, reconstitue pour nous la manière dont Paula a finalement été arrêtée.

Un roman historique

Ce roman revient sur la traque des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale, et notamment la rafle du Vel’ d’Hiv, qui frappe toujours par sa brutalité et par la manière dont les prisonniers ont été traités et envoyés à la mort. Nous suivons des Juifs en fuite, qui essaient d’échapper à leur sort, obligés de se méfier de tout et de tout le monde, d’être toujours aux aguets. Il montre comment certains français ont résisté tandis que d’autres ont collaboré de tout leur cœur, tandis qu’une troisième catégorie a fait dans l’opportunisme, retournant sa veste quand le vent tournait. L’auteur nous replonge aisément dans cette époque et se glisse dans la peau de cette jeune Juive d’une manière convaincante.

Un roman noir

Mais ce roman tient également du policier. Une énigme en est au centre : comment Paula a-t-elle finalement été arrêtée après une journée d’errance dans Paris ? Mais surtout, l’ambiance est sombre, les nuits sont peuplées de rêves étranges, le danger se cache partout, le train se fait oppressant. Ajoutons à cela quelques scènes de torture made in Gestapo, et vous obtenez un vrai roman noir.

Les personnages

Paula est une jeune fille comme une autre, ni une héroïne, ni quelqu’un de mauvais, elle a juste eu le malheur de naître juive. Elle fait preuve d’ingéniosité et ne se laisse pas gagner par la panique, elle a du courage et de la ressource. Mais elle n’est néanmoins qu’une jeune fille, vulnérable et peu armée pour affronter l’horreur. Les autres personnages ne sont qu’effleurés, qu’il s’agisse de Jacques Masaran, de l’actrice Mlle Pons ou du fourbe Jérôme Naudet.

L’écriture

Ce roman est écrit dans un style accessible aux jeunes lecteurs, à partir de 13 ans, mais un adulte y trouvera aussi son compte. La lecture est fluide, le cadre est bien posé, il y a régulièrement de petits rappels historique. Mais surtout, l’auteur n’a pas son pareil pour instaurer une ambiance sombre et oppressante, qui atteint jusqu’au lecteur.

En quelques mots…

Ainsi, ce titre tient à la fois du roman historique et du roman noir. L’ambiance est sombre à souhait et la narration intelligemment menée. Il ne révolutionne pas le traitement de la Seconde Guerre Mondiale, on n’y trouve rien de très original, mais j’ai passé un bon moment et je voulais connaître le dénouement.

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse

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«Mais plus il y de gens, plus Paula se sent protégée… Alors, coincée, pressée, écrasée, son carton serré entre les jambes, la jeune Juive s’abandonne à la protection illusoire de la foule, et somnole bientôt, dodelinant de la tête, bercée par le rythme obsédant des roues sur les rails. L’aboiement d’un haut-parleur la réveille en sursaut. Le train est arrêté, dans une gare éclairée par la lueur jaunâtre des réverbères.

-Les voyageurs restent à leur place. Restez à vos places. Le contrôle a lieu dans le train. Restez à vos places. »

mardi 22 octobre 2013

La fête de l’ours, de Jordi Soler : un roman noir aux allures de conte

[Belfond, 2011]

Résumé

Dans « Les exilés de la mémoire », Jordi Soler avait retracé le destin de son grand-père, Arcadi, un républicain espagnol qui s’est battu contre Franco. A cette occasion, il avait affirmé qu’Oriol, le frère d’Arcadi, était mort dans les montagnes pyrénéennes. Suite à la parution de ce roman, une femme vient le trouver et lui affirme qu’Orio a survécu, dans le Sud de la France. Jordi Soler part donc en quête de son grand-oncle, découvrant à cette occasion qu’il n’est pas le héros que tous imaginaient.

Une enquête entre réalité et fiction

L’auteur brouille les pistes, il part de personnages existants et le lecteur ne sait pas où s’arrête la réalité et où commence la fiction. Oriol a-t-il vraiment survécu ? Est-il le sombre personnage décrit ici ? L’auteur se met lui-même en scène dans ses recherches et nous fait progresser avec lui sur les traces d’Oriol. Mais à aucun moment il ne nous donne les clés permettant de démêler le réel et l’imaginaire.

Un roman noir aux allures de conte

Ce roman est assez noir dans son contenu, évoquant un certain nombre de crimes et de délit et une propension à la violence. L’auteur a donné à son histoire des allures de conte dans le sens traditionnel du terme, le conte cruel. Nous avons en effet une allégorie du géant, de l’ogre, et même du loup poursuivant le petit chaperon rouge dans la forêt. L’auteur s’est également emparé de la tradition de la « Fête de l’ours » célébrée dans les Pyrénées et de la légende qui l’entoure. J’ai apprécié cette atmosphère particulière, mais sans être embarquée dans le récit, sans m'impliquer dans l'histoire.

Les personnages

L'auteur-narrateur Jordi Soler s'efface devant deux personnages marquants, dont même la présence physique en impose. D'un côté, il y a Novembre, le « géant » amoureux de la montagne et de ses chèvres qui comprend la nature beaucoup mieux qu'il ne comprend les hommes, et qui voue à Oriol une affection aveugle. De l'autre côté il y a Oriol, l'ogre, un ancien pianiste dont la guerre et la fuite des franquistes ont révélé la violence enfouie, le côté bestial. Un personnage qui restera énigmatique jusqu'au bout pour le lecteur, même une fois le livre refermé.

L'écriture

Jordi Soler a un style particulier, avec de très longues phrases qui empêchent le lecteur de reprendre son souffle. Cela donne au roman un petit côté haletant qu'il n'aurait pas sans cela, il oblige le lecteur à avancer encore et encore dans le récit, mais c'est tout de même un peu lourd à la longue. Il réussit également à créer une ambiance inquiétante et mystérieuse.

En quelques mots...

Ainsi, c'est un roman particulier et assez sombre que l'auteur nous propose ici, avec des accents de conte dans le sens cruel du terme. Jordi Soler se met lui-même en scène et brouille les frontières entre le roman et le récit, le témoignage. J'en retiendrai avant tout deux personnages marquants, Novembre et Oriol, mais ce titre n'aura suscité aucune émotion chez moi.

Note : 2,5/5

Stellabloggeuse

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« J’avais commis une sorte de crime, et même s’il était certain que nous avions tous ourdi la fausse mort d’Oriol, il était tout aussi vrai que c’était moi qui l’avait tué par écrit. Cette réflexion, qui a un autre moment m’aurait peut-être fait rire, me sembla alors très grave, me fit penser que mon devoir était d’aller faire une visite à cette femme, à cet homme ou à ce pseudonyme, pour savoir, fût-ce par une tierce personne, ce qu’il était advenu de mon grand-oncle pendant tout le temps où il avait été mort pour nous. La lettre de Novembr était bien plus que la précision d’un lecteur ayant pris en faute l’auteur d’un livre, comme ceux qui prennent la peine de vous écrire pour vous dire « Vous vous êtes trompé, ce n’était pas le XIe siècle, mais le XIIIe » ou « Ce vent que vous décrivez n’est pas le mistral mais la tramontane. », c’était beaucoup plus qu’une précision, c’était la dénonciation d’un assassinat. »

« Chaque rafale qui le frappait l’obligeait à s’arrêter, et c’est au cours d’une de ces pauses, alors qu’il recevait des coups de vent sur la poitrine et le visage, qu’il buta contre le corps d’Oriol, pelotonné et partiellement caché dans une cavité de la montagne. Au début, novembre pensa à un animal, la situation était confuse, il faisait nuit noire, le vent, lourd de glace, soufflait avec fureur, et il préféra d’abord s’en assurer en remuant le corps avec le pied, acte imprudent que pouvait se permettre cet homme gigantesque devant lequel les bêtes préféraient faire demi-tour plutôt que de lui donner un coup de griffe ou le mordre. »

samedi 29 juin 2013

Double jeu, de Judy Blundell : un roman noir dans le New York des années 50

[Albin Michel, 2013]

C’est dans le cadre du petit club de lecture que nous avons monté sur Lyon que j’ai été amenée à lire « Double jeu » de Judy Blundell, dans le cadre du thème « Cabaret ». Outre son résumé évoquant une jeune danseuse dans le New York des années 50, ce titre attire par sa jolie couverture. Il ne m’en fallait pas plus pour le commencer !

Résumé

Kit Corrigan, âgée de 17 ans a tout quitté : sa ville de Providence, son petit copain Billy et sa famille. Elle s’est installée à New York à la poursuite de son rêve, devenir danseuse à Broadway. Lorsque Nate Benedict, le père de Billy, lui propose son aide et sa protection, le passé de la jeune fille refait surface. Or l'histoire de sa famille d'immigrés irlandais est lourde de secrets…

Le New-York des années 50

Ce roman nous plonge efficacement dans le New-York au tournant des années 1940 et 1950. L’auteure en fait notamment revivre les tenues, les spectacles. Elle évoque également la suspicion à l’égard des personnalités engagées à gauche, avec la peur du communisme dans le contexte du début de la guerre Froide. J’aurais aimé que l’aspect « cabaret », que l’activité de danseuse de Kit soit un peu plus développée. En effet, à partir de la moitié du roman, cette dimension disparaît.

Une ambiance particulière

Nous sommes face à un « roman noir », avec une tension qui court tout au long du roman et une atmosphère particulière. Kit se trouve mêlée au milieu des gangsters de New York, à l’époque du célèbre Frank Costello. L’histoire tourne autour des secrets de famille de Corrigan et des Benedict et le suspense est maintenu par l’auteure qui mène bien son intrigue. En lisant, on ressent un certain malaise, on sent qu’une menace pèse sur Kit, sans parvenir à véritablement l’identifier.

Les personnages

En revanche, je dois dire que les personnages ne m’ont pas vraiment interpellée. Je ne me suis pas véritablement attachée à Kit. C’est une artiste, une danseuse. En cela, elle est éprise de liberté, change assez facilement de cap et est assez centrée sur elle-même. Il en est de même pour Billy, que j’ai eu du mal à cerner. Il y a en lui une violence (dont nous apprenons l’origine à la fin du roman) qu’il a du mal à canaliser, et il a un côté étouffant vis-à-vis de sa petite amie. Vous découvrirez également dans ce roman la famille de Kit : son frère et sa sœur (ils sont triplés), son père et sa tante, dont aucun n’a vraiment su me toucher. Au final, le personnage que j’ai le plus apprécié est celui de Hank, un jeune homme droit et solide, qui ne se laisse pas facilement impressionner et qui semble capable d’accepter les gens tels qu’ils sont.

L’écriture

Le style de Judy Blundell est agréable à suivre. Il est fluide et n’a rien de négligé, bien que ce soit une adolescente qui s’exprime (mais une adolescente des années 50^^). Les descriptions sont réussies et plantent parfaitement le décor de ce New-York d’une autre époque.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un roman noir dont j’ai apprécié l’ambiance et le cadre, puisqu’il nous immerge dans la ville de New-York au tournant des années 1940 et 1950. L’intrigue est bien menée et les secrets de famille pèsent sur le lecteur jusqu’à la fin. En revanche, je ne me suis pas vraiment impliquée dans l’histoire car les personnages n’ont pas su susciter ma sympathie.

Note : 3/5

Stellabloggeuse
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« Pivot, roulement d’épaule, brossé… Mon mascara me picotait et j’y voyais de moins en moins. Rond de jambe, pirouette…il allait et venait dans mon champ de vision. Tenir la mesure et maintenir le bras levé, doigt pointé sur Millicent March, la vedette, petite et fragile, avec sa fine voix de soprano toujours en quête de la note la plus haute. J’avais beau connaître par cœur les mouvements, j’étais déstabilisée. Les applaudissements ont retenti. J’ai vu des volutes de poussière s’élever au-dessus des projecteurs. Puis ses mains applaudir avant de s’arrêter. Que faisait-il ici ? »

« -Je vais t’avouer une chose : l’armée me fait du bien. Tu es crevé, tu te fais engueuler à longueur de journée, tu ne sais plus ce que tu fous, mais tu n’es jamais en rogne. Impossible de sortir du rang, tu vois ce que je veux dire ?
-Mon père m’a dit que l’armée ferait de Jamie un homme. Ça m’a rendue folle de rage.
Billy s’est appuyé contre la fenêtre, son profil se découpant contre la lumière grise.
-Je sais, ça paraît idiot, comme si l’armée pouvait te métamorphoser, te transformer. Sauf que parfois, c’est vrai. Je me retrouve avec des types qui n’ont rien à voir avec moi, qui viennent de bleds dont je n’ai jamais entendu parler. En plus, je vais peut-être traverser l’océan. Mon horizon va s’élargir. Le monde est dix fois plus vaste que ce que j’imaginais. »

samedi 30 juin 2012

Côté Face, d’Anne Denier : une histoire envoûtante, obsédante, oppressante, dont on ne sort pas indemne !

[Anne Denier, 2010]

Entre « Côté face » et moi, c’est déjà une longue histoire ! Cela fait un bon moment que je lis des billets sur ce bouquin sur la blogosphère. Malgré les avis élogieux, ce livre m’a longtemps fait peur, à cause d’une simple phrase sur la quatrième de couverture : « Te séduire, t’emmener, te torturer, te violer et t’assassiner ». Pas aventureuse, j’avais alors passé mon chemin !

Puis je suis tombée sur le Quinze Littéraire de Méli consacré à Anne Denier. Un article qui a su me donner envie de découvrir ce titre. Il y a aussi eu l’article de Morgana, qui m’a donné tentée. Finalement, je suis tombée amoureuse de la nouvelle couverture, et dès que l’occasion s’est présentée, j’ai commandé ce livre. Finalement, Floly m’a proposé de le lire dans le cadre de notre challenge Livra’deux pour Pal’addict, j’ai sauté sur l’occasion pour le découvrir ! Mais trêve de blabla, entrons dans le vif du sujet !

Résumé

A Montpellier, une jeune lycéenne cherche ses Converses, que le chien lui a volées. Il la met en retard. A cause de cela, elle fait une rencontre troublante dans le tramway. Une rencontre qui, ajoutée à une grave chute dans un escalier, réveille une mémoire profondément enfouie en elle. Des souvenirs anciens qui ne lui appartiennent pas. Bientôt, elle a du mal à distinguer le vrai du faux, la réalité de l’imagination. Pourtant, elle est forcée d’apprendre à connaître cet autre côté d’elle-même. Car elle est en danger.

Une atmosphère particulière

Disons-le tout de suite et sans ambiguïté : j’ai beaucoup aimé ce roman. La principale raison, c’est l’atmosphère très particulière qu’a su créer Anne Denier. C’est une atmosphère angoissante et oppressante, presque malsaine par moments. J’ai eu peur en lisant ce livre, j’ai eu la chair de poule, je me suis sentie menacée. Bref, j’étais plongée au cœur de l’action, partie prenante de l’histoire comme si j’en étais l’un des acteurs. Je tiens à le souligner car un livre me fait rarement cet effet-là. C’est une lecture qui ne ressemble à aucune autre, et cela m’a plu.

J’ai apprécié également le contraste entre cette atmosphère pesante, la violence qui se déchaîne parfois dans le roman, et la vie quotidienne de l’héroïne avec ses gestes tout simples : se vêtir, vérifier l’heure, lacer ses chaussures. Ces gestes finissent par prendre une dimension particulière, on comprend plus tard qu’ils ne sont pas anodins.

Des personnages mystérieux

Dans ce roman, l’ensemble des personnages restent assez mystérieux. Bien que le récit soit écrit à la première personne, on sait peu de choses sur la vie de l’héroïne avant que le cours de sa vie ne soit bouleversé. Nous ne connaissons même pas son nom. En revanche, nous suivons pas à pas ses pensées et ses doutes, ses douleurs, ses efforts pour que sa vie conserve un sens.

Je n’ai pas ressenti d’attachement particulier pour elle, mais j’ai éprouvé beaucoup d’intérêt pour elle, à essayer de la comprendre. Sa manière d’agir, notamment avec les acteurs de sa « vie normale » m’a parfois désarçonnée, mais cela m’a amené à me poser des questions intéressantes. Du type « Comment agirais-je si le pire m’arrivait ? Lutterais-je pour mettre de l’ordre dans ce chaos ? Me laisserais-je couler ? Serais-je prête à tuer ? » Plein de choses intéressantes à méditer ! En tout cas, comme vous le voyez, c’est un personnage qui n’est pas lisse, et c’est en cela qu’elle est intéressante.

Quant aux autres personnages, nous les connaissons peu, et on aimerait parfois en savoir plus (vous le savez, je suis une curieuse…). Il y a ceux de la « vie normale » : les amies superficielles, le petit rigolo de la bande (de loin le plus sympathique), le petit frère, les parents. Aucun n’a de prénom, ils sont tous désignés par un surnom ou par leur rapport avec l’héroïne.

Mais il y a surtout ceux qui peuplent sa mémoire : Côme, fascinant de violence et de perversité et Nebel, touchant par la force de ses sentiments et de sa détresse. Ces deux derniers m’ont intriguée, je suis donc très contente qu’Anne Denier ait prévu de leur consacrer à chacun un roman qui viendront compléter « Côté Face » ! Le premier d’entre eux « Noces de lunes », est sorti en mai 2012, mais il est pour l’instant en rupture de stock (edit : Côté Face et Noces de Lune sont désormais tous deux disponibles chez Rebelles éditions).

Une histoire d’amour

En trame de fond de ce roman puissant, il y a une histoire d’amour intemporelle, de celles qui sont hors du temps, qui mettent les amoureux dans une bulle. J’ai beaucoup aimé cette romance. Dans de simples regards échangés, on ressent la puissance des sentiments des deux personnages. C’est une romance qui a son lot de noirceur, mais qui n’en est que plus belle au final. Elle sonne très juste en tout cas, malgré l’effet « coup de foudre » auquel je n’adhère pas toujours !

L’écriture

Ce roman est porté par l’écriture d’Anne Denier, qui est une très belle écriture. Elle a de belles phrases qui sonnent bien. Sa plume a aussi beaucoup d’humour, parfois un peu grinçant, qui m’a fait sourire dans des moments parfois critiques. J’ai aimé également sa manière de jouer avec les chapitres, de mélanger le passé et le présent en un immense puzzle, et sa manière de commencer les chapitres, dont on comprend peu à peu le sens. Ajoutons également que lorsque les événements se déroulent dans le passé, le contexte historique est très bien planté, que ce soit dans les tenues, les modes de vie, etc.

En quelques mots

J’ai donc beaucoup aimé ce roman pour son atmosphère très particulière qui m’a happée, des personnages mystérieux et complexes, et une écriture très agréable. Si ce n’est pas un coup de cœur, c’est simplement qu’il m’a manqué un « petit truc ». Je crois qu’au vu du reste du roman, j’attendais une fin un peu plus forte, même si j’ai trouvé celle-ci jolie. Mais franchement, ce n’est qu’un détail, et je vous conseille ce roman ! J’ai essayé de vous livrer mon ressenti sans en dire trop sur l’intrigue, j’espère que je ne suis pas trop floue et que je ne vous ai pas perdus en route !

Note : 4,5/5
Stellabloggeuse
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Ce roman a été lu dans le cadre du challenge :


Et voici le billet de Floly à qui j’ai proposé de lire 16 lunes de Kami Garcia et Margaret Stohl :par ici !

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« -Et si ce n’était pas que dans ta tête ?
J’eus un haut-le-corps. Qu’essayait-il de dire ? Que tous ces délires étaient vrais ? Que j’étais déjà morte ? Que j’avais connu Côme dans une autre vie horrible et cruelle ? Je refusai cette idée cauchemardesque. Qu’est-ce qu’il savait des choses affreuses qu’il y avait dans ma tête ?
-Je suis une non-croyante, déclarai-je avec violence. JE SUIS RATIONNELLE, LOGIQUE, CARTESIENNE ET FOLLE !
Pourquoi étais-je en colère ?
-Tout ça c’est dans ma tête, uniquement dans ma tête, soupirai-je, juste dans ma tête. »

« Je levai les yeux et regardai le ciel par la grande baie vitrée qui me faisait face. Il était d’un bleu profond et lumineux.
C’était aussi accepter d’avoir été quelqu'un d’autre, ailleurs, avant, d’avoir pu accomplir des actes que chaque fibre de votre corps réprouvait, d’avoir pu vivre des moments si horribles que vous ne pourriez plus jamais fermer l’œil.
Un nuage porté par les vents d’altitude s’étira dans l’azur.
C’était aussi accepter d’avoir vécu des choses si belles et si fortes mais à tout jamais perdues. »

jeudi 26 avril 2012

L’enfant nucléaire, de Daph Noboby : un conte cauchemardesque gastro-politique qui n'épargne pas le lecteur

[Sarbacane, mars 2012]

Aujourd'hui, je vous emmène sur des terres nouvelles, dans un domaine dont je ne suis pas familière. L’envoi de « L’enfant nucléaire » de Daph Nobody par la collection eXprim’ (que je remercie) m’aura poussée à sortir des sentiers battus et de mes genres de prédilection. Bien qu’un peu hésitante, j’étais prête à me laisser surprendre.

Résumé

Dans ce roman, Daph Nobody met en scène Jiminy Waterson, aux Etats-Unis. Depuis sa plus tendre enfance, Jiminy se montre capable d’ingérer absolution n’importe quoi, sans conséquence sur sa santé à court terme. De la bouteille d’eau de javel au ciment, en passant par les aliments pour chiens. Le secret ? Ses acides gastriques, ultra-performant. Ce « don » fait de lui une cible privilégiée pour les scientifiques. Mais il leur échappe pour vivre dans une décharge, puis partir en quête de gloire avec son ami Alex en réalisant des spectacles époustouflants sans trucage. Pendant ce temps, dans les hautes sphères de l’Etat, quelques Républicains complotent pour chasser leurs homologues Démocrates du pouvoir…

Avis général

On est vite happé par ce roman qui part au quart de tour et ne laisse pratiquement aucun répit au lecteur. Bien qu’un peu décontenancée par l’univers très noir de ce roman, l’intrigue politique m’a rapidement intéressée et m’a permis d’avancer dans ma lecture.

Des messages à défendre

Sous ces dehors « spectaculaires », ce roman aborde bien des sujets cruciaux concernant notre planète, dont certains sont très politiques. Il y a des préoccupations sanitaires et écologiques. Le problème du traitement des déchets nucléaires se trouve notamment au cœur de cette histoire. L’auteur aborde également la consommation de masse, pousse à l’extrême notre penchant à engloutir n’importe quoi pourvu que cela soit « vendeur ». J’ai apprécié de me retrouver confrontée à ces thèmes.

Les personnages

Ce roman possède également une dimension psychologique, nous faisons face à des personnages qui ne parviennent pas à trouver leur place dans le monde. Il y a bien sûr Jiminy, qui doute de son humanité, mais aussi son meilleur ami Alex, toujours en quête d’argent, ou la jeune Leia qui a renoncé à sa féminité. L'auteur aborde ainsi la difficulté d'être différent, de ne pas entrer dans un moule. Chacun de ces personnages est touchant à sa manière, même si on a du mal à s’attacher à eux, car on a l’intuition dès le départ qu’ils sont tous condamnés.

Une intrigue politique

Comme je l’ai déjà évoqué, c’est l’aspect politique de l’intrigue qui m’a séduite. J’ai aimé voir se mettre en place les machinations, les manipulations. L’auteur dénonce la corruption et nous montre de quelle manière les journaux peuvent tour à tour déformer la vérité ou tenter de la rétablir. Il me semble qu’il s’agit-là d’une vision de ce que pourrait être nos sociétés d’ici quelques décennies (ou années) si les citoyens se laissent confisquer la démocratie…

L’écriture

L’écriture de Daph Nobody est très efficace, totalement au service de son roman : cette écriture plante le décor de ce roman noir de manière très efficace. Couleurs, odeurs, texture, tout y est pour que le cauchemar prenne vie. C’est glauque, c’est gore, c’est trash, ça secoue le lecteur ! L'histoire est également truffée de références à la religion ou au cinéma. De manière personnelle, ce n’est pas un genre que j’affectionne, mais il est certain que cette manière d’écrire ravira les amateurs du genre. On ne peut s’empêcher d’être fascinés, emportés.

En quelques mots

Si je devais résumer ce roman en quelques mots, je dirais qu’il s’agit d’un cauchemar éveillé, savamment mis en scène par l’auteur pour dénoncer l’impasse vers laquelle se dirige les sociétés occidentales et quelques-uns des travers de l’humanité.

Il ravira probablement les amateurs de roman noir, mais il peut aussi intéresser et surprendre les non-initiés, si vous êtes capable d’endurer tout cet aspect « trash ». C’est à vos risques et périls ! Ce qui est certain, c’est que « L’enfant nucléaire » vous emmènera loin, très loin…
Pour vous aider, vous trouverez d'autres avis chez BatifolireLes mots de MéloGalleane ou La vie des livres...
Merci aux éditions Sarbacane et à la collection eXprim’ pour leur confiance.

Note : 3/5
Stellabloggeuse
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« Quand on ne reçoit pas de caresses, se dit Jiminy, on apprivoise les coups, et les contusions se mettent à revêtir les couleurs de l’arc-en-ciel. On n’existe plus que par les plaies, et le mal devient un jeu. Alors joue, Jiminy ! Joue et souffre ! »

« Les hommes de pouvoir ont toujours peur de l’inconnu. Je dois leur apparaître comme un être trop puissant, car unique au sein de la Communauté des Hommes. Dans une société aussi manipulatrice et aliénante que la nôtre, on doit me considérer comme un danger planétaire, un foyer d’insoumission potentiellement anarchisant, déjà du simple fait que je suis insensible aux drogues que l’on nous injecte à dessein d’accoutumance dans le tabac, les fast-food ou même le lait en poudre… Un être qui ne développe aucune assuétude signifie la mort du capitalisme, non ? Et je pourrais devenir contagieux, qui sait… »