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mardi 27 décembre 2016

Le fils de l’ursari, de Xavier-Laurent Petit

Editeur : Ecole des loisirs
Année : 2016
Pagination : 269 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 12 ans


Résumé :

Quand on est le fils d'un montreur d'ours, d'un Ursari comme on dit chez les Roms, on sait qu'on ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Harcelés par la police, chassés par des habitants, Ciprian et sa famille ont fini par relâcher leur ours et sont partis se réfugier à Paris où, paraît-il, il y a du travail et plein d'argent à gagner. À peine arrivés dans le bidonville, chacun se découvre un nouveau métier. Daddu, le montreur d'ours, devient ferrailleur, M'man et Vera sont mendiantes professionnelles, Dimetriu, le grand frère, est «emprunteur» de portefeuilles et Ciprian son apprenti. Un soir, Ciprian ne ramène rien de sa «journée de travail». C'est qu'il a découvert le paradis, le jardin du Lusquenbour où il observe en cachette des joueurs de tchèquématte. Le garçon ne connaît rien aux échecs mais s'aperçoit vite qu'il est capable de rejouer chaque partie dans sa tête. C'est le début d'une nouvelle vie pour le fils de l'Ursari.

Ce que j’en pense :

Un beau roman que j'ai lu pratiquement d'une traite, sur une attachante famille de montreurs d'ours, arrivés en France par l'entremise d'une dangereuse filière mafieuse qui les a pris dans ses filets. Jusqu'au jour ou Ciprian, le petit dernier, découvre "lézéchek", et révèle le tout le potentiel de son intelligence…
J’ai beaucoup aimé cette histoire qui offre quelques moments d'émotion mais ne sombre ni dans le misérabilisme, ni dans l’angélisme. Tout n’est pas rose chez les immigrés de l’Est, et ils ne sont pas exempts de reproches, mais ils restent des familles en quête de survie, aux prises avec des réseaux qui les dépassent.
Mais je me suis surtout passionnée pour le destin individuel de Ciprian, sa sincérité désarmante quand il appelle les gens « Monsieur Enorme » ou « Madame Baleine », son courage idiot, la vivacité de son esprit, sa soif d’apprendre.
A dévorer à partir de 12 ans !

Les + : le personnage de Ciprian
Les - : r.a.s
Appréciation : 4,5/5


Stellabloggeuse
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« -M’man est en train de devenir folle, non ? …
-Et toi, tu n’es pas fou peut-être ? A passer toute la journée avec ton jeu auquel personne ne comprend rien, à apprendre des mots qui servent à rien et à lire des histoires qui n’existent même pas. M’man fait pareil. Elle s’invente des histoires dans sa tête. »

« Mais y’a quoi dans ton petit crâne d’apprenti gadjo ? Tu imagines peut-être que tu es un super-héros ? Il y avait plein de pompiers partout. Tu crois qu’ils ont attendu Super Ciprian pour mettre les gens à l’abri ? Avec tes muscles en chewing-gum, t’aurais même pas pu sauver une libellule ! »

vendredi 23 décembre 2016

Les Borgia, tome 2, de Kate Quinn : La Concubine du Vatican

Editeur : Presses de la cité
Année : 2016
Pagination : 509 p.
Public visé : Adulte

*Attention, il s’agit du second tome d’une série, présence de spoilers sur le tome précédent*

Résumé :
La famille Borgia est à nouveau réunie et cela ne présage rien de bon.
De retour à Rome, Giulia Farnese, maîtresse officielle du papa et désormais mère d'une petite fille, doit faire face aux nouveaux dangers qui menacent son clan. Sa cuisinière et confidente, Carmelina, est rattrapée par son secret : le couvent dont elle s'est enfuie pourrait bientôt la retrouver et elle n'est plus en sécurité.
Son garde du corps Leonello est quant à lui bien décidé à mettre fin à la série de meurtres qui, étrangement, secoue de nouveau la ville depuis le retour des Borgia. Anna était sa seule amie et il refuse de laisser son crime impuni sous prétexte qu'elle n'était qu'une simple servante.

Ce que j’en pense :
Si après avoir beaucoup aimé le premier tome, j’ai traîné un peu à lire cette suite que je possède depuis cet été, c’est principalement à cause de son gros format, peu adapté aux transports en commun !
Mais une fois commencé, j’ai encore une fois été emportée par les relations tumultueuses entre Giulia Farnese et la famille Borgia. Le personnage de Giulia est une vraie réussite, j’aime sa droiture et sa finesse d’esprit, tandis que les Borgia basculent peu à peu du côté sombre.
J’ai été moins convaincue par le virage inattendu pris au niveau des romances dans ce tome, tant en ce qui concerne Carmelina que Giulia, probablement parce que tout cela est très soudain.
Ainsi, c’est plutôt l’intrigue pleine de rebondissement qui m’aura séduite dans ce tome, et fait tourner les pages à toute allure. Petit bémol, la cuisine est moins présente, et c’est dommage, car c’était un vrai plus !
Mais c’est historique, malgré de petits arrangements expliqués en postface, et c’est romanesque à souhait, en un mot : c’est du Kate Quinn ! Ce dyptique des Borgia étant terminé, j’attends maintenant avec impatience de retrouver la Rome antique avec la suite de « L’impératrice des sept collines ».


Les + : l’intrigue, le personnage de Giulia
Les - : les romances
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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Ce roman fait partie du challenge :



Challenge ABC 2016 : 13/13

lundi 5 décembre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome 3, de Ransom Riggs : La bibliothèque des âmes

Editeur : Bayard
Année : 2016
Pagination : 587 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 14 ans

*Attention, il s’agit du troisième tome d’une série, présence de spoilers sur les tomes précédents*

Résumé :
Un garçon aux pouvoirs extraordinaires
Une armée de monstres redoutables
Une bataille héroïque pour sauver le monde des particuliers de la tyrannie
Dans le Londres d’aujourd’hui, Jacob Portman et Emma Bloom se lancent à la recherche de leurs amis enlevés par les Estres. Ils retrouvent leur trace grâce au flair aiguisé d'Addison, l'illustre chien particulier doué de parole.
Ils rejoignent ainsi l'Arpent du Diable, une boucle temporelle à la réputation effroyable où séjournent les particuliers les moins recommandables, où pirates et malfaiteurs commettent leurs forfaits en toute impunité

Ce que j’en pense :
Miss Peregrine et les enfants particuliers est l’une des séries dont j’attendais impatiemment le tome final. Après un premier tome surprenant, et un second tome trépidant, il était temps de connaître le fin mot de l’histoire !
Nous retrouvons Jacob, Emma et Addison là où nous les avons quittés, dans le métro londonien à notre époque. Ils se lancent dans une poursuite éperdue pour retrouver leurs amis, prisonniers des Estres.
J’ai retrouvé tout ce que j’aime dans cette saga : son ambiance étrange, son inventivité, un personnage principal attachant, et un livre-objet original grâce aux photographies. Jacob apprend beaucoup sur lui-même et développe un pouvoir surprenant.
Une fois de plus, l’intrigue se tient, jusqu’au dénouement, peut-être légèrement trop facile néanmoins. J’ai bien aimé le petit rebondissement final, même si tout m’a une nouvelle fois paru un peu trop simple. Mais mon cœur est en paix avec cette fin !
Et si Tim Burton continue ses adaptations, ce troisième volet promet d’être spectaculaire…

Les + : l’ambiance, les personnages
Les - : le dénouement un peu « facile »
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse

« Depuis l’instant où j’étais entré dans les décombres de la maison de Miss Peregrine, j’avais l’impression de faire une chute vertigineuse dans le vide. Pour y survivre, je m’étais métamorphosé. J’étais devenu plus souple, plus courageux, plus déterminé. Mon grand-père aurait été fier de moi. Sauf que la transformation n’était pas totale. Ce nouveau Jacob était greffé sur l’ancien, et par moments, j’étais encore en proie à des vagues de terreur atroce. Dans ces moments-là, je regrettais d’avoir rencontré Miss Peregrine, et je suppliais le monde de tourner moins vite, pour que je puisse m’accrocher à quelque chose. Je me suis demandé lequel de ces deux Jacob aimait Emma. »
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Ce roman fait partie du challenge :



Challenge ABC 2016 : 12/13

lundi 7 novembre 2016

Petit pays, de Gaël Faye

Editeur : Grasset
Année : 2016
Pagination : 215 p.
Public visé : Adultes


Résumé :
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Ce que j’en pense :

Je n’avais pas spécialement l’intention de lire ce roman, le plus sélectionné des prix littéraires d’automne. C’est l’avis d’une collègue bibliothécaire enthousiaste qui m’a finalement décidée à me lancer, sans regret.

Gaël Faye nous ramène dans ce qui doit ressembler à son enfance, dans l’Afrique des années 1990, alors que le Burundi, déjà aux prises avec ses propres démons, est contaminé par le génocide rwandais. Le propos, grave, politique, est atténué par la jeunesse de Gabriel, le personnage principal, qui aborde des événements avec l’innocence de l’enfance, avant que celle-ci ne finisse par voler en éclats. C’est ainsi que l’on glisse lentement d’un humour tendre teinté d’inquiétudes dérisoires à une véritable prise de conscience de sa qualité de petit français pris en tenaille entre Hutus et Tutsis, au prix de terribles événements.

J’ai aimé ce mélange doux amer d’enfance et de drames, cette manière d’amener lentement les événements à notre compréhension. J’ai aussi apprécié le ton avec lequel l’auteur évoque l’exil. Une plume à suivre, assurément.

Les + : le point de vue de l’enfant, l’écriture
Les - : r.a.s
Appréciation : 4/5

Stellabloggeuse
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« Ce n’est pas la distance terrestre qui rend le voyage long, mais le temps qui s’est écoulé. J’étais d’un lieu, entouré de famille, d’amis, de connaissances et de chaleur. J’ai retrouvé l’endroit mais il est vide de ceux qui le peuplaient, qui lui donnaient vie, corps et chair. Mes souvenirs se superposent inutilement à ce que j’ai devant les yeux. Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. »

« C’est la première fois qu’on a un président qui n’est pas militaire. Je pense qu’il aura moins mal à la tête que ses prédécesseurs. Les présidents militaires ont toujours des migraines. C’est comme s’ils avaient deux cerveaux. Ils ne savent jamais s’ils doivent faire la paix ou la guerre. »


« Les gens l’appelaient Ninja parce qu’il passait son temps à faire des mouvements de karaté dans le vide et à crier comme s’il se battait contre des milliers d’ennemis invisibles. Les adultes disaient qu’il était fou, avec ses katas. Nous, les enfants, on aimait bien, on trouvait ça plus normal que bien des choses que font les adultes, comme organiser des défilés militaires, vaporiser du déodorant sous les bras, porter des cravates quand il fait chaud, boire des bières toutes la nuit assis dans le noir ou écouter ces interminables chansons de rumba zaïroises. »

mercredi 2 novembre 2016

Le dernier des nôtres, d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre

Editeur : Grasset
Année : 2016
Pagination : 488 p.
Public visé : Adultes

Résumé :
« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » 
Cette jeune femme qui descend l’escalier d’un restaurant de Manhattan, élégante, rieuse, assurée, c’est Rebecca Lynch. Werner Zilch, qui l’observe, ne sait pas encore que la jeune artiste est aussi une richissime héritière. Werner n’a pour lui que ses yeux bleus délavés. Son nom étrange. Et une énergie folle : enfant adopté par un couple de la classe moyenne, il rêve de conquérir New-York avec son ami Marcus.
Werner poursuit Rebecca, se donne à elle, la prend : leur amour fou les conduit dans la ville en pleine effervescence au temps de Warhol, Patti Smith et Bob Dylan… Jusqu’au jour où Werner est présenté à la mère de Rebecca, Judith, qui s’effondre en le voyant. Ainsi se rouvre le dossier douloureux des origines de Werner. Qui Judith a-t-elle reconnu dans ces traits et ces yeux presque gris ? Quels souvenirs hideux cache-t-elle sous ses bracelets d’or ?

Ce que j’en pense :

J’avais adoré « Fourrure » d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, mon livre préféré en 2010. Cela faisait déjà 6 ans qu’elle n’avait rien publié, et j’ai été très heureuse de la voir revenir avec « Le dernier des nôtres ».

Ce roman tourne autour d’un personnage charismatique, Werner Zilch, un jeune homme d’affaire ambitieux, en train de vivre le rêve américain et de bâtir sa fortune de ses propres mains. Werner est un personnage difficile à comprendre, peu sympathique au premier abord avec ses dents longues et sa légèreté vis-à-vis des femmes, mais en apprenant à le connaître on l’apprécie davantage.

L’auteur alterne des chapitres sur le présent de Werner, dans les années 1970 à New York, autour de sa relation tumultueuse avec la mystérieuse Rebecca, et ses origines, qui trouvent leur source dans une Allemagne en pleine débâcle, en 1945.
L’intrigue est habilement menée, on a hâte de connaître le fin mot de l’histoire. Il y a des choses intéressantes, notamment sur la position délicate des scientifiques dans la seconde guerre mondiale. J’ai moins aimé le côté « rêve américain » très présent, l’hommage au Manhattan des artistes, ou même la fin du roman un peu trop heureuse.

Ainsi, dans l’ensemble, j’ai apprécié ce roman d’amour où s’invite l’Histoire, même s’il ne m’a pas emportée comme l’avait fait « Fourrure ». Le grand prix de l'académie française qu'il vient de recevoir, ainsi que sa sélection dans la liste finale du Renaudot lui promettent en tout cas un joli parcours.

Les + : le côté historique
Les - : trop de rêve américain
Appréciation : 3,5/5


Stellabloggeuse

mardi 18 octobre 2016

Les belles vies, de Benoit Minville

Editeur : Sarbacane
Année : 2016
Pagination : 231 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 15 ans

Résumé :
Turbulents, pas vraiment délinquants, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves, les rires et les bleus. Vasco est en CFA BTP, Djib passe en première S. Leur dernière rixe est pourtant celle de trop…
Afin de leur mettre du plomb dans la tête, leurs parents décident d’employer les grands moyens : ils envoient les deux ados dans la Nièvre, le temps d’un été chez un ami du père de Vasco, entrepreneur local qui propose ses services comme famille d’accueil pour la DDASS.
C’est dans cette campagne éloignée de tout, France profonde dont on parle peu, qu’ils vont rencontrer et se confronter à une autre forme de jeunesse : celle des enfants élevés par celle que tous surnomment « Tata », une femme qui accueille des enfants placés et donne sa vie aux autres.

Ce que j’en pense :
Benoit Minville est comme le bon vin, il se bonifie avec le temps ! Après un « Je suis sa fille » au message fort, mais qui manquait un peu de corps, après « Les Géants », avec un personnage de père tellement touchant et une vraie histoire de famille, après une incursion en policier adulte avec « Rural noir », il livre à mes yeux son meilleur roman. Des problèmes sans solution tout faite, des errances sans leçon de morale...la vie, tout simplement.

Nous revoilà dans la Nièvre (comme dans Rural noir) – et on s’y croirait, gageons que l’auteur y a passé quelques étés – dans les basques de Vasco et Djib, deux jeunes banlieusards « à problème ». Et si vous sentez venir la caricature à plein nez, vous serez déçus ! Car ces personnages sont si vrais que l’on voudrait ne plus jamais les quitter. Tous ces jeunes, et leurs fêlures plus ou moins bien cachées, et la tendresse de Tata et Tonton comme un baume… Enrobés dans l’humour tendre de leur auteur, qui les rend irrésistible.
J’ai adoré le personnage torturé de Dylan, qui avance d’un pas pour reculer de deux, en lutte perpétuelle, pour qui rien n’est gagné, même lorsque le roman se referme. J’ai aimé que l’auteur ne cherche pas le happy end absolu, même si du côté de Vasco et Djib, le revirement est peut-être un peu rapide. 

Ce roman, c’est l’histoire d’un été : des baignades, des balades en vélo, des bagarres, des amours… Pourtant à aucun moment je n’ai eu l’impression de lire quelque chose de banal. J’étais « dedans », et une boule au ventre m’est remontée jusque dans la gorge, au moment de les quitter… Peut-être que l’auteur leur offrira une suite ?
En attendant, on guette le prochain roman – oui, déjà, les lecteurs sont d’éternels impatients – et l’adaptation à l’écran des « Géants » !
Un grand merci à Théophile et aux éditions Sarbacane pour cette lecture.

Les + : les personnages, les personnages, et encore les personnages
Les - : r.a.s
Appréciation : 4,5/5

Stellabloggeuse
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« Pendant qu’il console sa sœur, blottie contre lui, Dylan s’échappe dans la vision de son reflet en espérant y trouver un remède – et pourquoi pas, de l’aide. Voir s’il peut y lire la confiance que les autres mettent en lui.
Mais non, il ne reçoit que cette lueur qui lui rappelle deux phares peinant à éclairer une route plongée dans l’obscurité, à l’infini.

Alors il ferme les yeux. »

vendredi 7 octobre 2016

La trilogie des abimes, de Danielle Martinigol, tome 2 : L’envol de l’abîme

Editeur : Mango
Année : 2004
Pagination : 199 p.
Public visé : Adolescents à partir de 12 ans

* Attention, ce roman est le second tome d'une trilogie : présence de spoilers sur le tome précédent *

Résumé :
Corian est un exclu, un adolescent anonyme parmi les milliards d'individus qui peuplent les Cent Mondes colonisés par les humains. Il mène une vie effroyable sur l'hostile planète Djauze. Rien ne le destine à échapper à son triste sort. Mais Corian a un rêve, devenir perl, c'est-à-dire pilote d'Abîme, ces extraordinaires vaisseaux vivants de la planète Autremer ! Il réussit à participer à l'Epreuve qui sélectionne les candidats-perls, sous l'œil impitoyable de multiples caméras de cosmovision diffusant l'émission Les Vainqueurs de l'Impossible dans toute la Galaxie. C'est alors qu'apparaît dans les cieux un majestueux Abîme sauvage. D'où vient-il ? Aux côtés d'Aëla, " la petite fée des Abîmes ", Corian découvrira le secret du vaisseau-animal. Mais saura-t-il le préserver de la corruption médiatique qui fait rage ?

Ce que j’en pense :
Les seconds tomes des trilogies en sont souvent le point faible, des tomes de transition, sans réelle raison d’être. Pourtant ici, la suite des Abîmes d’Autremer, une de mes lectures fétiches d’adolescente, ne m’a en rien déçue, bien au contraire !

Tous les ingrédients sont réunis pour que ce second tome fonctionne, notamment des personnages attachants : le sensible Corian, le généreux Djem, et la tribu Maguelonne que l’on retrouve avec plaisir – surtout Madery, le patriarche.

Une fois de plus, la machine médiatique menace l’équilibre entre les abîmes et l’humanité. Même si ce qui m’a le plus passionnée dans ce tome, c’est l’histoire émouvante de la famille Maguelonne.

Mais ce roman est aussi et surtout un formidable voyage qui repousse les frontières de notre galaxie, et une belle ode à la liberté, avec un final très touchant.

Un immense merci donc à Danielle Martinigol pour m’avoir fait parvenir cette petite pépite, aujourd’hui introuvable (sauf dans les bonnes bibliothèques !).

Les + : l’émotion
Les - : on aurait pu passer un peu plus de temps sur Djauze (mais je chipote)
Appréciation : 4,5/5


Stellabloggeuse

lundi 3 octobre 2016

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Editeur : Gallimard jeunesse
Année : 2016
Pagination : 477 p.
Public visé : Adolescents à partir de 14 ans, adultes

Résumé :

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l'avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes...
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté...

Ce que j’en pense :
Après le bouleversant « Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre » et le réjouissant « Big easy », Ruta Sepetys revient avec un roman coup de poing. 
En écho à son premier roman, elle nous permet de suivre Joana, la cousine de Lina, qui est parvenue à se réfugier en Prusse Orientale. Durant l’hiver 1944-1945, en pleine débâcle, elle doit fuir devant l’avancée de l’armée russe - tout comme deux autres personnages, une jeune fille polonaise très courageuse et un mystérieux allemand. Enfin, le pathétique Alfred est l’un des soldats chargés de les évacuer sur le « Wilhelm Gustloff ».

Tous les quatre prennent la parole en alternance, et leurs points de vue se complètent admirablement bien. Les chapitres très courts donnent un rythme haletant au roman pour accompagner la fuite en avant des personnages : impossible de le lâcher !

Le roman est très bien documenté, ce qui n’empêche pas l’émotion d’être très présente. Merci à Ruta Sepetys  d’avoir mis en lumière un pan méconnu de l’histoire, que j’ignorais totalement.

J’ai un minuscule bémol sur la fin, trop rapide à partir de l’ébranlement du navire, mais qui m’a tout de même amplement satisfaite. Cela ne m’empêche pas de lui attribuer un coup de cœur mérité, pour ce roman terrible ou l’humanité est tour à tour folle et généreuse.

Les + : le rythme haletant, l’émotion
Les - : la fin trop rapide
Appréciation : 5/5 (Coup de coeur)

Stellabloggeuse


« Au moment même où l’on croit que la guerre nous a pris tout ce qui nous était le plus cher au monde, reprit-il en désignant le petit garçon d’un geste de la main, on rencontre quelqu’un  et on se rend compte que l’on a toujours plus à donner. »

lundi 26 septembre 2016

Ma fugue chez moi, de Coline Pierré

Editeur : Rouergue
Année : 2016
Pagination : 115 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 12 ans


Résumé :

Quelques jours avant Noël, suite à une séance d'humiliation au collège, et à l'annonce que sa mère, une fois de plus, ne sera pas là pour les fêtes, Anouk décide de fuguer. Mais après une demi-journée dehors, elle rentre… et va se cacher dans le grenier. Clandestine chez elle pendant deux semaines, elle va finir par renouer avec les siens, le temps que chacun dise son inquiétude et son amour.

Ce que j’en pense :

Ce court roman propose une histoire originale, celle d’une fugue finalement vite avortée, qui prend un tournant inattendu puisque Anouk se cache dans le grenier de sa propre maison.
Ainsi, par ce tour de passe-passe, l’auteure permet à son personnage de faire durer sa fugue dans le temps, mais aussi de rendre compte des réactions de l’entourage d’Anouk.
C’est un roman intéressant, qui touche au harcèlement à l’école, mais aussi à la famille et à la problématique du parent absent, qui déséquilibre tout le monde d’une manière ou d’une autre.
Le personnage d’Anouk est attachant, c’est une adolescente rêveuse, musicienne et dessinatrice, qui n’entre pas dans les normes. Elle profite de ce long moment de solitude pour se recentrer sur elle-même, et mieux comprendre qui elle est.
En somme, un bon moment à passer en compagnie de ce roman original et abordable dès 12 ans.

Les + : le thème de la fugue, détourné
Les - : une fin peut-être un peu trop simple
Appréciation : 3,5/5


Stellabloggeuse
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« À en juger par les livres que je lis et les films que je vois, je suis dans la moyenne du mal-être d'une adolescente. Je ne suis pas battue, pas pauvre, pas en échec scolaire, pas gravement malade, pas contrainte par mes parents à quoique ce soit. Alors pourquoi moi ? Pourquoi j'ai fugué et pas les autres ? J'ai parfois le sentiment d'être un imposteur. Je ne suis pas capable d'affronter mes petits drames alors que d'autres, qui vivent des situations bien plus terribles, s'accrochent malgré tout. »

jeudi 22 septembre 2016

Un peu, jamais, à la folie, d’Adi Alsaid

Editeur : Hachette
Année : 2016
Pagination : 336
Public visé : Adolescents, à partir de 15 ans


Résumé :
Dave et Julia sont meilleurs amis depuis toujours. Et depuis toujours, Dave est secrètement amoureux de Julia. La veille de leur entrée au lycée, ils se font une promesse : ne pas succomber aux clichés de l’adolescence et du premier-amour-pour-toujours. Ils ont élaboré une liste de choses à éviter pour ne pas faire comme tout le monde et entrer dans le moule : ne pas aller aux fêtes, ne pas se teindre les cheveux, ne pas sortir avec un prof, ne pas sortir avec son meilleur ami… Dix points que Dave et Julia parviennent à respecter tout au long du lycée. Lorsque l’heure du départ à l’université approche, ils décident de renverser la tendance et de réaliser tout ce qu’ils se sont interdits jusque-là. Tout se passe comme ils le souhaitent jusqu’à ce que Dave se mette à sortir avec une autre fille. Julia réalise alors qu’elle est jalouse. Dave est fou de joie d’avoir enfin ce qu’il a tant espéré. Lui et Julia s’embrassent et passent la nuit ensemble. Sur le coup, tout semble parfait, mais très vite Dave comprend que c’est en fait Gretchen qu’il aime…

Ce que j’en pense :
Voilà une histoire vue et revue, celle des deux meilleurs amis secrètement amoureux. Assaisonné d’un autre cliché, celui d’adolescents qui décident de ne rien faire comme les autres et se placent en marge, trop intelligents (ou trop peureux ?) pour se mêler aux élèves populaires… Jusqu’au jour où devenir comme tout le monde devient un défi en soi…
Si l’on s’arrête au premier tiers, celui raconté par Dave, ce roman apparaît comme un ramassis de cliché et de banalités, et le personnage de Julia n’a rien de sympathique. J’ai bien failli arrêter ma lecture à ce moment-là. Néanmoins, lors de la seconde partie racontée par Julia, et la dernière qui se donne alternativement chaque point de vue, la psychologie des personnages s’étoffe un peu. On comprend mieux Julia, en quête désespérée de l’approbation de sa mère.
Néanmoins, rien d’original dans ce triangle amoureux et cette histoire de lycéens dans leur année de Terminale, comme dans la plupart des romans proposés par cet éditeur.

Les + : évolution du personnage de Julia
Les - : absence d’originalité
Appréciation : 2,5/5


Stellabloggeuse

lundi 19 septembre 2016

Macha ou l’évasion, de Jérôme Leroy

Editeur : Syros
Année : 2016
Pagination : 330 p.
Public visé : Adolescents, à partir de 14 ans


Résumé :

Le monde de la Douceur vient d’entrer dans sa quatrième génération. Dans la Douceur, il n’y a plus de téléphones portables, plus de pollution, la course au profit a disparu. Macha-des-Oyats, qui a cent sept ans, est née au tout début du 21e siècle. Elle est l’une des dernières personnes à avoir connu le monde de la Fin. Alors, pour les jeunes qui le lui demandent, Macha accepte de raconter : sa jeunesse, cette époque ultraviolente, sa fuite vers un idéal…

Ce que j’en pense :

Jérôme Leroy nous propose ici un roman d’anticipation fort réussi, qui m’a emportée et m’a fait froid dans le dos. Macha, une centenaire qui vit dans un monde de Douceur, raconte sa fuite du monde de la Fin, en 2017. Elle dépeint un monde qui est déjà quasiment le nôtre, marqué par les crises financières, les attentats à répétition, le tournant autoritaire des pouvoirs politiques qui tentent de garder le contrôle sur la situation.

Ce roman engagé met le jeune citoyen en garde sur les atteintes à ses libertés, qui ne cessent de se multiplier : le fichage, les atteintes au droit de manifestation au nom de l’ordre public… Des dérives qui commencent déjà à exister aujourd’hui.
Face à cette évolution de la société et à sa situation personnelle difficile, Macha choisit la fuite, qu’elle nous raconte, vers une ZAD (Zone à Défendre) synonyme pour elle d’espoir de révolte et d’un monde meilleur.

Je n’ai qu’un regret : que l’histoire s’arrête en même temps que la fuite de Macha, et qu’elle ne nous raconte pas la chute du monde de la Fin, et l’installation de la douceur. Peut-être dans un prochain roman, puisque Jérôme Leroy semble avoir de la suite dans les idées. En attendant, je lirai volontiers « Norlande » du même auteur, dont l’un des personnages est évoqué ici.
Un roman citoyen, à mettre dans les mains de tout adolescent suffisamment mûr pour prendre du recul sur la société dans laquelle il vit.

Les + : un thème d’actualité
Les - : l’intrigue s’arrête trop tôt
Appréciation : 4,5/5


Stellabloggeuse

vendredi 9 septembre 2016

Le village des oubliés, d’Henri Courtade

Editeur : Lucane éditions
Année : 2016
Pagination : 351 p.
Public visé : Adulte


Résumé :
Été 1982 : une famille allemande, de passage dans un village du Sud-Ouest est sauvagement assassinée. Vengeance ou coïncidence ? En 1944, les SS avaient massacré les habitants de ce même village. Les survivants se taisent : quelque chose d'inavouable doit rester caché. Mais les morts n'oublient pas, le passé resurgit toujours. Et avec lui, un secret inimaginable.

Ce que j’en pense :
Cela faisait trois longues années, que ceux qui ont goûté à la plume d’Henri Courtade attendaient un nouveau cru ! Après l’excellent Loup y es-tu, l’exaltant Lady R (et son pendant Lady A), l'engagé A la vie à la mort et l'historique Kléber, autant dire que mes attentes étaient élevées.

Une nouvelle fois après Kléber, l’auteur explore la veine historique, dans une intrigue en forme de puzzle qui prend sa source dans la Grande Guerre, avec des allers-retours entre l’été 1982 et juin 1944. Cette dimension historique est doublée d’une enquête policière, puisque quatre allemands sont tués un soir de juillet 1982. Un meurtre qui prend directement sa source dans les non-dits du 11 juin 1944. La narration est très bien maîtrisée, l’auteur nous balade habilement entre les époques pour nous mener à un dénouement qui possède sa part d’inattendu.

Mais ce qui m’a le plus plu dans ce roman, c’est cette certitude que l’on a, dès les premières pages, que l’auteur l’a écrite comme un exorcisme, avec ses tripes bien étalées sur la table, avec souffrance. Si vous me trouvez crue, passez votre chemin car Henri Courtade ne vous épargne rien de la laideur de la guerre, pas même l’odeur de la viande grillée ! Il dérange et bouscule et c’est tant mieux, car rien n’est pire que de se croire insensible à cette souffrance et à ce gâchis. Il nous offre surtout un roman sincère et humain, même si cette humanité n’a rien de noble.

J’ai également apprécié la réflexion historique, sur l’héritage de la Grande Guerre, insinué dans les cœurs comme un poison, donnant naissance à toute une génération de salauds plus ou moins ordinaires. Car il n’y a pas de héros dans ce roman, simplement des gens plus honnêtes que d’autres. Et des enfants innocents, même s’ils ressentent confusément le poids du secret sur leurs épaules. On se sent pourtant l’un d’entre eux, comme un membre de ce village, dont on sait déjà qu’on ne pourra jamais le quitter tout à fait.

Les + : la sincérité, la narration
Les - : un final qui aurait pu être plus percutant ?
Appréciation : 4,5/5

Stellabloggeuse
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« A la place, il tenta un sourire rassurant. Manqué bien sûr. Cela faisait longtemps qu’il ne savait plus comment s’y prendre. L’orage noir qui grondait dans sa tête depuis la Grande Guerre obscurcissait tout : la joie, la vie, la nourriture, l’ivresse du pinard. Seuls les morts avaient encore de la saveur à ses yeux. Et des morts, il en flairait pas mal autour de lui. Un sacré paquet de cadavres en devenir, même. Pas de quoi se fendre la poire non, vraiment pas de quoi. »


« Juste, moi ? s’exclama-t-il, tentant de maîtriser tant bien que mal sa colère. Juste, moi, l’ordure qui a copieusement participé à toutes ces saloperies ? Oh, pas tout seul bien sûr, avec l’aide de quelques millions de salopards qui pour des raisons bonnes ou moins bonnes ont voulu tout ça, mais sans vraiment le vouloir, si tu vois ce que je veux dire. On veut jamais bien entendu. Et c’est ça le pire ! »