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mercredi 3 juin 2015

Et je danse, aussi, d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat : drôle et touchant

[Fleuve, 2015]

De Mourlevat, j’ai lu et beaucoup aimé « Le combat d’hiver », « Terrienne » et "Silhouette". D’Anne-Laure Bondoux, j’ai beaucoup entendu de bien, mais je n'ai pas encore vraiment pris le temps de la lire, mis à part quelques titres de l’Ecole des loisirs il y a bien longtemps… Aussi, l’idée de voir ces deux auteurs réunis dans un roman épistolaire m’a beaucoup plue !

Résumé

Pierre-Marie, un écrivain célèbre en panne d’inspiration, reçoit un jour une épaisse enveloppe de la part d’Adeline Parmelan. Pensant qu’il s’agit d’un manuscrit, il refuse de l’ouvrir mais envoie un mail à son expéditrice. Une correspondance s’engage alors, presque à leur insu, où ils retracent des brides de leur existence comme on rassemblerait des poussins égarés. Une authentique affection s’installe entre eux, mais le paquet n’a pas encore livré son terrible secret…

Un début un peu rapide

Au tout début de ma lecture, j’ai éprouvé un certain malaise à la lecture des premières lettres. En effet, pour moi, l’échange s’instaurait trop rapidement, les deux protagonistes commençaient un peu trop vite à se livre, surtout Pierre-Marie pour qui cela marquait un fort contraste avec son refus du début. Néanmoins je suis entrée dedans assez rapidement, et j’ai commencé à croire à l’histoire de ces deux personnages. Ils nous racontent l’histoire d’un écrivain confronté à la page blanche, patriarche d’une vaste tribu, et d’une femme qui manque terriblement de confiance en elle et que la vie n’a pas épargnée.

Un roman moins léger qu’il n’en a l’air

La première moitié du roman est assez légère, marquée par l’humour des deux correspondants (certaines scènes sont même assez tordantes), et par les bons mots dont ils nous régalent. Mais peu à peu se dessine un secret, une révélation qui menace leur amitié et jette un nouvel éclairage sur tout ce qui a été lu précédemment. Ainsi, ce roman est plus profond qu’il n’en a l’air. En approchant de la fin, la légèreté laisse d’ailleurs de plus en plus la place à l’émotion, et j’ai été touchée par la conclusion du roman.

Les personnages

Les personnages font la force de ce roman. Adeline est très attachante, de par son manque de confiance en elle mais aussi sa grande sensibilité. Malgré sa relative solitude elle est extrêmement vivante, et on aimerait la connaître. Pierre Marie est un peu moins sympathique, il est parfois un peu vaniteux ou donneur de leçons, mais on lui pardonne assez volontiers. Le tandem fonctionne bien, et c’est là l’essentiel. Quelques autres personnages apportent leur grain de sel : Max et Josie, les meilleurs amis de Pierre Marie, son éditeur Olivier, ou le « bulldozer » Lisbeth.

L’écriture

Autre point fort du roman : le style. Chacun de ces deux auteurs possède une belle plume qui nous régale par leurs tournures de phrases, leur sensibilité et leur humour. Le format du mail les oblige à une certaine simplicité, à aller à l’essentiel, mais ils parviennent néanmoins à déployer tout leur talent.

En quelques mots…

Ainsi, ce roman est une bonne surprise, à la fois rafraîchissant par son humour et moins léger qu’il n’en a l’air, et même touchant, sur la fin. Il est porté par des personnages attachants qui forment un tandem de choc, et par deux des plus belles plumes francophones. Que demander de plus ?

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« La fête des cœurs et des corps. Ça dure ce que ça dure. Et puis les couleurs pâlissent, les lignes claires se brouillent. Viennent les malentendus, le doute, le ressentiment (j’ai failli mettre ici des points de suspension, je me suis rattrapé de justesse). J’ai l’impression de vivre tout cela avec vous, en virtuel et en accéléré, mais avec toutes les nuances du processus, par exemple celle-ci : en vous écrivant à l’instant, je fais comme si tout allait bien, de la même façon que les couples qui se séparent jouent, le temps d’un répit, sur l’oreiller ou non, la comédie de leur amour fini. Leur été indien. Encore une fois. Une dernière fois. Ils y ajoutent juste leurs larmes. »

« Je vous envoie quelques grains de sel d’Oléron, Pierre-Marie : de celui que l’on trouve au bord des marais, mais aussi au bord des paupières, certains soirs, quand la lumière du couchant enveloppe les choses d’une douceur insupportable. »

mardi 2 septembre 2014

Couleur ketchup, d’Annabel Pitcher : un triangle amoureux fatal

[Plon, 2013]

J’ai repéré « Couleur ketchup » d’Annabel Pitcher l’année dernière, au cours de l’une des masses critiques de Babelio. Si je n’ai pas obtenu ce titre en partenariat, le pitch du roman m’est resté en tête, et j’ai fini par l’acquérir d’occasion, avant de le mettre au programme de mes challenges 2014.

Résumé

Zoé, une adolescente de 15 ans, entreprend d’envoyer des lettres à Stuart Harris, un homme condamné à la peine de mort pour avoir tué sa femme. Elle s’imagine que, du fait du crime qu’il a commis, il pourra la comprendre, elle qui se sent responsable de la mort d’un garçon. Son erreur, c’est d’être tombée amoureuse d’un garçon tout en sortant, sans le savoir, avec son frère… Au fil des lettres, elle revient sur toute une année marquée par ce triangle amoureux fatal.

Un roman bien mené

La première qualité de ce roman, c’est d’être bien mené. L’auteure mêle habilement le présent et le passé de Zoé, sa vie avant et après le drame, en nous livrant petit à petit les pièces du puzzle. Le fait que Zoé écrive à un détenu apporte une originalité bienvenue et permet également d’aborder le thème de la prison, de la peine de mort et de la culpabilité. Malgré la mort de l’un des garçons qui pèse sur tout le roman, il y a aussi quelques touches d’humour, un humour noir et grinçant qui m’a bien plu. Enfin, on s’intéresse également à la vie de famille de Zoé, une famille un peu particulière puisque sa plus petite sœur est sourde, et que cela impacte toute la vie quotidienne.

Un triangle amoureux particulier

En dehors des thèmes de la culpabilité et du secret, le triangle amoureux est bien évidemment au centre du roman. Il change de ceux auxquels on est habitués, avec une jeune fille hésitante. Ici, Zoé sait parfaitement qui elle aime, et c’est une série de quiproquos qui met en branle un terrible engrenage, où elle finit par être piégée. Les erreurs s’accumulent et les personnages agissent mal, mais il y a derrière une belle histoire d’amour contrariée, et j’ai les dernières pages assez émouvantes.

Les personnages

Zoé est un personnage assez immature et égocentrique. Tout au long du roman, elle prend des décisions sans vraiment se soucier des sentiments des autres. Elle est très jeune, elle n’a que 14 ans lorsque cette histoire commence, et cela se ressent. Je ne me suis pas vraiment attachée à elle. Max ne m’a pas vraiment plu non plus, c’est un garçon habitué à être populaire et qui n’a pas grand-chose d’intéressant à raconter. J’ai eu du mal à oublier le coup tordu qu’il a fait à Zoé au début du roman. En revanche, on s’attache facilement à Aaron, à sa douceur et à ses rêves.

Quant à la famille de Zoé, j’ai eu beaucoup de mal avec sa mère, étouffante avec ses enfants et injuste avec son mari. Néanmoins, à la fin du roman, on la comprend un peu mieux. J’ai beaucoup aimé Sophie, la sœur du milieu qui se sent délaissée, et Dot, la petite sœur sourde qui est très espiègle.

L’écriture

En ce qui concerne le style, il est typique des romans young adult actuels, d’autant plus qu’ici, c’est Zoé qui s’exprime en écrivant ces lettres : aussi, le style est simple et parfois maladroit. Ainsi, l’écriture colle bien à une adolescente de cet âge. Le roman est assez vivant, les dialogues sont convaincants et les descriptions suffisantes. Ainsi, ce n’est pas un style très travaillé, mais l’essentiel est là.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un roman assez sombre mais non dénué d’humour, mais surtout bien mené avec une petite touche d’originalité. L’auteure nous propose un triangle amoureux un peu particulier à la fin tragique. Les thèmes de la surdité, de la culpabilité et du secret sont les fils rouges de cette histoire, à lire à partir de 14/15 ans.

Note : 4/5

Stellabloggeuse

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Ce roman fait partie des challenges :


Challenge ABC 2014 : 11/13


Challenge New PAL 2014 : 30/20

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« Aaron a fait un signe de la main et j’ai fait un signe de la main. Il a posé sa main sur la vitre et j’ai posé la mienne sur la vitre et il a pris cet air moqueur en écarquillant les yeux et en battant des cils comme si nous étions en train de vivre un moment particulier. Ce qui était marrant, c’est que c’était vrai et que nous le savions tous les deux, et c’est pour ça que nos joues se sont mises à briller d’un rouge vif parfaitement identique. »

« Si vous voulez mon avis, personne n’a le droit d’effacer un être humain comme ça, comme s’ils avaient jeté un coup d’œil à leur âme et qu’ils avaient conclu que tout y était mauvais, qu’il ne restait vraiment pas la moindre miette de bonté qui vaudrait la peine d’être sauvée. »


« Au bout d’un moment, l’officier de police a dû finir par me croire parce qu’il m’a dit que je pouvais rentrer chez moi. Sauf que ce n’était pas chez moi. C’était une bâtisse que je ne reconnaissais pas avec une famille qui me semblait être un groupe d’étrangers. Ma chambre n’était pas ma chambre et mon lit n’était pas mon lit, parce que ce n’était pas moi. J’étais quelqu’un d’autre, une étrangère que mes parents ne connaissaient pas. Une tricheuse. Une menteuse. Une tueuse. »

mardi 13 mai 2014

Love letters to the dead, d’Ava Dellaira : un roman épistolaire addictif et touchant

[Michel Lafon, 2014]

Je vais vous parler aujourd’hui du premier roman d’Ava Dellaira, qui paraît cette semaine aux éditions Michel Lafon. Lorsque ce titre m’a été proposé, j’ai été séduite par l’idée de lire un nouveau roman épistolaire, un genre que j’affectionne en général, et par le résumé qui me semblait alléchant. Comme j’ai du temps en ce moment pour des lectures imprévues, je me suis laissée tenter !

Résumé

Alors qu’elle vient d’entrer au lycée, Laurel doit rédiger une lettre à quelqu’un de disparu. Elle choisit Kurt Cobain, l’une des idoles de sa grande sœur May qui est morte quelques mois plus tôt. Elle ne rend pas son devoir, mais prend l’habitude d’écrire à des personnalités disparues qu’elle admirait. Elle leur confie son adaptation au lycée, ses états d’âmes, ses premiers émois, et tourne sans cesse autour de ce secret qui lui pèse. May est omniprésente, et Laurel cherche désespérément un sens à sa propre existence.

Un roman addictif et touchant, malgré quelques clichés

J’ai beaucoup aimé ce roman épistolaire. C’est un genre assez addictif en général, et ce titre ne fait pas exception à la règle, les pages se tournaient toutes seules. La première chose à noter, c’est que même si l’ombre de May plane sur tout le roman, ce dernier n’est pas pesant, on regarde un personnage se remettre à vivre, avec des hauts et des bas, et si c’est émouvant c’est aussi positif.

Je n’ai pas ressenti de temps mort, mon intérêt n’a pas décru au cours de ma lecture. Tout m’a intéressée, qu’il s’agisse de l’adaptation de Laurel au lycée, ses amitiés balbutiantes, ses sentiments naissants, sa culpabilité et ses interrogations vis-à-vis de la mort de la sœur et de la dislocation de sa famille.

Ce roman utilise quelques clichés présents dans de nombreuses romans adolescents : l’alcool et la drogue, les abus sexuels, les relations homosexuelles… Mais il me semble que l’auteure les utilise à bon escient, et parvient à en faire quelque chose de touchant. Ces thèmes ne sont peut-être pas originaux, mais ils sont maniés avec délicatesse. La dimension psychologique du roman est assez profonde et bien exprimée, c’est pour moi le point fort du roman. Ajoutons à cela de nombreuses références musicales et cinématographiques, avec des petites informations biographiques intéressantes sur les personnalités auxquelles s’adresse Laurel.

Les personnages

J’ai pris un grand plaisir à suivre Laurel qui est un personnage à la fois fragile et fort. Elle est perdue, elle cherche un sens à cette vie où elle n’a plus de sœur. Mais même si elle a des moments de grande tristesse et de culpabilité, elle cherche des réponses, elle cherche à donner du sens à sa vie. Les gens qui l’entourent, une personne en particulier, vont l’aider à s’ouvrir et à enfin exprimer ce qui la ronge, j’ai adoré assisté à cette évolution. J’ai également apprécié ses amis du lycée, Natalie, Hannah, Sky, Tristan et Kristen. May est également très présente. Au début on l’admire, comme le fait Laurel, puis on comprend que le vernis de perfection et de joie de vivre cachait quelque chose de plus complexe.

L’écriture

En ce qui concerne le style, ma lecture a été fluide et agréable. L’expression a un côté adolescent, puisque c’est Laurel qui rédige ces lignes. L’auteure a su bien doser son écriture entre le naturel d’une adolescente et un style écrit travaillé. Les passages introspectifs sont un régal, j’ai vraiment adhéré.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un premier roman réussi pour Ava Dellaira, un roman épistolaire addictif et touchant, grâce à son côté psychologique assez approfondi et à un personnage fort et fragile à la fois. C’est un livre qui évoque la douleur de la perte, le poids des non-dits, mais aussi la vie qui persiste malgré tout. Le petit côté « biographique » des stars disparues auxquelles Laurel s’adresse est un plus. Ainsi, malgré quelques clichés, c’est un roman qui saura séduire les adolescents dès 15 ans, mais aussi les adultes qui aiment ressentir des émotions. Je vous propose de découvrir aussi l'avis de La vie des livres pour qui ce titre est quasiment un coup de coeur.
Un grand merci à Camille et aux éditions Michel Lafon pour cette belle découverte!

Note : 4,5/5

Stellabloggeuse


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« Rien ne me pesait. J’étais heureuse. A la jonction entre le premier pâté de maison et le suivant, j’avais déjà décollé. Je voyais les cimes des arbres, je te le jure. Et l’enchevêtrement des routes. Les maisons ressemblaient à des jouets, et bientôt le monde entier était devenu une carte de géographie. »

« Soudain, je me suis sentie épuisée, épouvantée, honteuse. J’avais conscience de tous mes travers, de tous mes défauts, de toutes les mauvaises pensées que je devais bannir, de tout ce que May peut m’inspirer de révolte quand elle refait surface. »

« Nirvana signifie libération. Libération de la souffrance. Je pense que certains voient la mort ainsi. Donc bravo de vous être libérés, je suppose. Quant à nous, nous sommes encore là, à essayer de recoller les morceaux. »


« Cette scène-là, elle me transperce le cœur. Elle me fait penser à l’enfance, l’âge où on a tout à perdre à grandir. Elle me fait dire qu’il a peut-être manqué quelqu’un pour veiller sur toi. Ou que, si ce quelqu’un existait, il a eu un moment d’absence. Je garde en moi cette sensation brûlante qui me fait dire qu’il n’y aura peut-être personne pour s’occuper de moi quand j’en aurai besoin. »

samedi 19 mai 2012

Cuisine et correspondance, d’Andrea Israel et Nancy Garfinkel : une amitié en 82 recettes

[Fleuve Noir, 2011]

Voilà un roman qui me tentait depuis un bon moment, après l’avoir découvert sur le blog d’Isabelle Passions l’année dernière. J’ai tout de suite été séduite par le concept de mélanger littérature et recettes de cuisine. Vous ne le savez sans doute pas encore, mais j’aime beaucoup cuisiner, même si je suis encore une débutante ! J’ai donc attaqué ce roman avec appétit ! (d’accord, elle était facile…)

Résumé

Dans ce roman, les deux auteurs mettent donc en scène deux amies d’enfance, Lilly et Valérie. Les deux premières parties du roman sont épistolaires : la première partie se passe en 2000 et les deux amis tentent de renouer par mails après plusieurs décennies de silence. La seconde partie se déroule dans les années 1960-1970, elle est constituée des lettres que s’envoyaient alors les deux amies pour leur très privé Club des recettes. A chaque lettre est jointe une recette de cuisine, en rapport avec leurs états d’âme. Enfin, la troisième partie se présente sous forme de récit et narre les retrouvailles « en chair et en os » des deux anciennes amies. Parviendront-elles à reprendre le fil de leur amitié malgré les secrets et les rancœurs ?

Avis général

C’est un roman très agréable à lire par son originalité. J’ai beaucoup apprécié la forme épistolaire, qui permet de voir les choses selon le point de vue de chacun des personnages. Cela préserve aussi un certain mystère, on ne sait pas absolument tout ce qui se passe, on doit parfois deviner. Et j’ai vraiment adoré l’idée des recettes, qui sont adaptées à l’âge et au vécu des deux filles. J’en ai noté un certain nombre et je compte les essayer un de ces jours, je vous raconterai (peut-être, si c’est réussi^^). Mon seul regret, c'est une fin un peu trop "facile" à mon goût.

Les personnages

L’histoire repose donc sur les deux personnages, Valérie et Lilly. Je me suis tout de suite sentie proche de Valérie : c’est une fille qui veut bien faire, passionnée par les études, mais surtout désireuse d’amour et ne sachant pas bien comment l’obtenir. Son manque de confiance en elle est assez touchant.

J’ai eu un peu plus de mal avec Lilly, qui est plutôt une fille extravertie, délurée et indépendante. Elle rejette parfois Valérie, pour ensuite se réfugier auprès d’elle lorsqu’elle ne va pas bien. Néanmoins, on comprend peu à peu les origines du malaise entre les deux filles, et j’ai fini par ressentir de la compassion pour Lilly.

Une belle amitié

Leur amitié est touchante, car elle n’est pas facile et résiste à bien des obstacles. Les deux filles sont très différentes et sont rarement d’accord. Mais elles s’aiment, malgré leurs défauts, et elles parviennent toujours à se retrouver, généralement soudées lors des moments difficiles. On peut presque toucher du doigt cette amitié, cette tendresse, grâce à l’écriture des deux auteurs : elles ont extrêmement bien réussi à retranscrire ces petites phrases que l’on échange entre meilleurs amies, ces expressions qui n’appartiennent qu’à elles. Notamment les petits surnoms qu’elles peuvent se donner, ou les petites piques pleines de complicité.

Des histoires de famille

Le contexte familial des deux amies prend beaucoup de place dans leurs échanges épistolaires. Sans en dire trop, elles ont toutes les deux des situations familiales compliquées, qui ne font qu’empirer au fil des ans. Il était assez intéressant pour moi d’entrer dans la psychologie de ces familles, de les regarder fonctionner en tant qu’observateur extérieur.

La vie, tout simplement

J’ai particulièrement aimé le fait que l’on suive les deux amies durant plusieurs décennies. On les voit ainsi traverser l’adolescence et leurs préoccupations, puis aller à l’université et se chercher une place dans la vie. On les retrouve enfin à plus de quarante ans, découvrant la manière dont elles se sont accomplies. J’ai apprécié de pouvoir suivre ainsi ces personnages

En quelques mots

C’est un joli roman sur l’amitié que nous livrent Andrea Israel et Nancy Garfinkel. La forme épistolaire permet de pénétrer au cœur de leur complicité, tandis que les recettes de cuisine apportent une touche d’originalité et s’insèrent parfaitement dans le récit. A consommer sans modération !

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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Ce roman fait partie des challenges :

Challenge ABC 2012 : 14/26
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« La seule façon dont je m’explique ce qui est arrivé entre nous, c’est de croire que nous avions peut-être besoin de cette terrible dispute. Peut-être nos âmes d’enfant étaient-elle si proches que nous devions nous séparer pour mieux nous inventer en tant qu’adultes. »

« Mais sache la chose suivante : même si nous sommes mal assorties, toujours en désaccord et éternellement en train de nous rendre folles, notre amitié m’a faite ce que je suis. Espèce de folle, tu me touches comme une sœur que je n’ai jamais eue. Amicalement, toujours, même en silence.»

samedi 4 février 2012

L'autre fille, d'Annie Ernaux : une lettre dense, intimiste et sincère

[Nil, 2010]

Le livre que je vais vous présenter aujourd'hui n'est pas vraiment un roman, il tient plutôt de l'essai et de la lettre. Il est publié dans une collection intitulée "Les Affranchis", justement destinée à publié des récits sous forme de lettres. C'est un tout petit texte, de soixante-dix-sept pages.

Dans ces quelques dizaines de pages, Annie Ernaux, auteur par ailleurs de nombreux romans, s'adresse à sa soeur, qu'elle n'a jamais connue car elle est morte plusieurs années avant sa naissance. Elle a appris son existence par hasard, alors qu'elle avait une dizaine d'années. L'auteur essaie donc d'analyser ce qu'elle ressent vis à vis de cette soeur qui est pour elle une étrangère, de la place qu'a prise l'absente dans sa vie.
   
Je ne connaissais pas cette auteure avant de découvrir ce texte, c'était donc une manière originale de l'appréhender, par ce récit très intime, très psychologique. Le lecteur suit en effet le fil de sa réflexion, pas à pas. Annie Ernaux nous met face à certaines des choses qui l'ont façonnée aujourd'hui. L'auteur analyse ses propres réactions, évoque sa furieuse envie de vivre. Elle essaie de décrypter les silences, de trouver sa place dans sa famille.

J'ai trouvé cette immersion dans sa psychologie très intéressante et bien racontée. On ne se sent pas comme un intrus, il n'y a pas de voyeurisme dans cette histoire. De même, il n'y a rien de larmoyant, pas d'appitoiement, seulement l'analyse d'une situation particulière, et qui résonne avec sincérité.

Au travers de ce texte, de nombreux thèmes sont évoqués, tels que la perte d'un enfant pour des parents, ou la difficulté de grandir et de s'affirmer face au modèle d'une soeur jugée parfaite. Il y a une réflexion sur l'altérité, l'auteur essayant de se positionner par rapport à cette soeur fantôme. Les espoirs du Front Populaire et la Seconde Guerre Mondiale planent également sur le récit.

Ainsi, au final, c'est un petit texte très dense que nous propose Annie Ernaux, riche de son passé et de réflexions qui ont grandi en elle sa vie durant. Et même si le lecteur ne peut pas forcément s'identifier à elle, elle lui propose des pensées qui peuvent résonner en lui, à son échelle. C'est un joli moment à passer.

Note : 3,5/5 
Stellabloggeuse 
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Ce livre fait partie du challenge :


 Challenge ABC 2012 : 5/26
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 "Dans ma chambre chez les parents, j'ai affiché cette phrase de Claudel, soigneusement recopiée sur une grande feuille aux bords brûlés avec un briquet, comme un pacte satanique: "Oui je crois que je ne suis pas venu au monde pour rien et qu'il y avait en moi quelque chose dont le monde ne pouvait se passer". Je n'écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j'écrive, ça fait une grande différence".

"Il me semble que le silence nous a arrangés, eux et moi. Il me protégeait. Il m'évitait le poids de la vénération qui entourait certains enfants décédés de la famille avec une cruauté inconscience pour les vivants qui me révoltait quand j'en étais le témoin."

dimanche 26 décembre 2010

Le Monde de Charlie (Pas raccord), par Stephen Chbosky : un roman d'apprentissage original et surprenant

[Editions Sarbacane, avril 2008]

Pour inaugurer ce blog, j'ai choisi un titre de la collection eXprim' chez Sarbacane : "Pas raccord" (réédité sous le titre Le monde de Charlie), de l'auteur américain Stephen Chbosky.

Dans ce livre, le jeune Charlie, âgé de 15 ans, nous raconte sa vie quotidienne d'une manière originale : par le biais de lettres, qu'il envoie à un jeune garçon qu'il ne connaît pas, mais dont il pense qu'il pourra le comprendre. Charlie a des problèmes à grandir, à s'impliquer dans la vie qui l'entoure. La plupart du temps, il garde un rôle de spectateur prudent, il se pose des questions. Il se trouve différent, et se demande pourquoi. L'esprit de Charlie est encombré de démons du passé, certains dont il a conscience (comme la mort de la tante Helen), et d'autres qu'il a profondément enfouis. Il adopte des comportements que les gens jugent étranges, extrêmes, et qui inquiètent ses parents. Pourtant, lors de cette année de seconde, Charlie rencontre des personnes qui vont l'aider à évoluer et à s'accepter : ses amis Patrick et Sam, et son professeur de littérature, Bill. Il découvre les fêtes, la défonce, l'amour. Mais le plus important, c'est qu'au fil des pages, Charlie devient un acteur de sa propre vie.

Ce livre relativement épais est agréable à lire. L'auteur donne à Charlie une écriture spontanée, directe, qui nous donne la sensation de suivre le fil de ses pensées. Le personnage est attachant par ses maladresses, par sa naïveté, son innocence. Nous apprenons à le comprendre au fil des pages, au fur et à mesure qu'il apprend lui-même à se connaître. L'intrigue nous offre des rebondissements, des surprises, qui nous empêchent de "lâcher" le livre.
Pour ne rien gâcher, le livre est truffé de références littéraires, qui donnent envie de lire encore et encore.

Au final, Charlie est un garçon pas comme les autres, et pourtant il se retrouve face à des questionnements dans lesquels chacun de nous peut reconnaître une partie de son adolescence. Sommes-nous normaux ? Qu'est-ce que l'amour ? Nous avons tous un jour pu penser cette phrase écrite dans l'une des toutes premières lettres de Charlie : 

« Il faut d’abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j’ai toujours pas compris comment ça se fait ».

Voilà ce qui fait de "Pas raccord" un roman d'apprentissage original et surprenant, que je vous recommande.

Note : 4/5 
Stellabloggueuse