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vendredi 29 avril 2016

Une maison pour quatre, de Gilles Bizouerne et Elodie Balandras

Editeur : Syros (paroles de conteurs)
Année : 2015
Public visé : Enfants, à partir de 4 ans

Résumé :
Tigre, Éléphant, Serpent et Hibou se rencontrent un jour et ont une drôle d’idée : « Et si on construisait une maison ? » Ça, les animaux n’y avaient jamais pensé… Faudra-t-il une salle de bains ? Un placard et des rangements ? Une cave et un grenier ? À quoi va bien pouvoir ressembler la maison de leurs rêves ? Une histoire surprenante et pleine d'humour, d'origine africaine.

Ce que j’en pense :
Cet album de Gilles Bizouerne est issu de la tradition orale. Il commence en forme de devinettes, en impliquant les enfants dans la présentation des personnages.
Une fois présentés, ces animaux rêvent d’un projet commun, qui prendra la forme d’une maison. Dans un passage plutôt rigolo, les animaux se posent des questions sur ce dont ils ont besoin dans leur habitation. Viens ensuite la construction, où les quatre amis démontrent entraide et complémentarité.
Chacun édicte enfin sa règle de vie, comme dans une colocation. Mais dès la première nuit, les choses vont se gâter ! Une débandade épique, qui, bien racontée, fera rire les petits mais aussi les plus grands (à notre grande surprise, il fonctionne très bien avec les grands du CM) !
En filigrane de cette histoire pleine d’humour, la difficulté du vivre-ensemble lorsque chacun suit sa propre règle de vie…
Les illustrations sont colorées et bien contrastées, et le grand format de l’album en fait un bon support à raconter à un groupe.

Les + : L’humour, la narration qui se prête bien à la lecture à voix haute
Les - : r.a.s
Appréciation : 4/5


Stellabloggeuse

mercredi 13 avril 2016

Purée de cochons, de Stéphane Servant et Laetitia le Saux

Editeur : Didier Jeunesse
Année : 2016
Public visé : Enfants à partir de 5/6 ans

Résumé :
Le loup est bien content, car il a capturé dans la forêt trois petits porcelets. Avec des carottes et des navets, il va se préparer une délicieuse purée de cochons ! Le problème, c’est que le loup ne sait pas lire…impossible de déchiffrer la recette ! Les trois petits cochons vont donc le guider…ou le mener en bateau !

Ce que j’en pense :
J’avais beaucoup aimé les précédents contes détournés du tandem Servant/Le Saux : « Boucle d’Ours » qui aborde en douceur le thème du genre, et « La Culotte du loup » qui met en garde les enfants contre les sirènes de la publicité.
Avec ce nouvel album, le duo s’attaque au thème de l’illettrisme. Avec humour et simplicité, ce conte démontre aux enfants que l’on est très démuni lorsque l’on ne sait pas lire, obligé de s’en remettre aux autres, qui ne sont pas toujours de bon conseil !
Une nouvelle fois, on s’amuse beaucoup, avec de nombreuses références – le corbeau et le renard, le petit chaperon rouge, et on retrouve même Boucle d’Ours dans la salle de classe !
Malgré tout, sans pouvoir me l’expliquer, j’ai un tout petit peu moins apprécié ce nouvel album que ses deux prédécesseurs. Mais il devrait beaucoup plaire aux enfants, en particulier  à 6/7 ans, au moment de l’apprentissage de la lecture.
Merci à A. Pacary et aux éditions Didier Jeunesse pour cette découverte.

Les + : l’humour, les références
Les - : un peu moins fin que les deux albums précédents
Appréciation : 3,5/5


Stellabloggeuse


mercredi 16 décembre 2015

Le cœur cousu, de Carole Martinez : une histoire de femmes

[Gallimard, 2007]

Carole Martinez apparaît aujourd’hui comme une valeur sûre de la littérature contemporaine. J’étais curieuse de la découvrir, et surtout son premier roman « Le cœur cousu », lauréat du Festival du Premier roman de Chambéry qui, vous le savez, est cher à mon cœur.

Résumé

Héritière des secrets de sa famille et dépositaire d’un coffret qui lui a offert un nécessaire à écrire, Soledad nous livre l’histoire de sa mère Frasquita et de son don. Elle nous raconte ses frères et sœurs, tous frappés d’un don comme on l’est d’une malédiction. Cette histoire est celle de leur errance, dans une Espagne d’une autre âge, sous un soleil de plomb…

Un conte moderne qui a du sens

Ce roman a tout du conte moderne. Le merveilleux est partout, dans les personnages, dans un fil qu’on tisse, dans un coq qui combat, une ombre qui s’échappe, des prières murmurées dans le noir. Mais ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que c’est un conte qui a un but, un sens profond. Carole Martinez nous parle des femmes, cantonnées à la sphère domestique et qui se sont créé un passage vers l’autre monde, celui des choses obscures et inquiétantes. Elles le maîtrisent et en sont les passeurs. Frasquita est une femme bafouée, vendue pour un combat de coq, mais elle est capable de réparer les maux que personne ne comprend. Quelques longueurs sont peut-être à regretter, mais ce sera mon seul véritable bémol.

Les personnages

Les personnages de ce roman sont uniques, chacun a sa marque et sa place. Frasquita et ses fils de couleurs, son don pour transformer la réalité par la couture, Anita la conteuse, Angela l’oiseau chanteur, Pedro el Rojo, Martirio la messagère de madame la mort, la solaire Clara, et Soledad pour écrire leur histoires et mettre un terme au cycle infernal des secrets. Une galerie très réussie, rehaussée de personnages secondaires tout aussi bien écrits.

L’écriture

Quant à l’écriture, il y a un vrai style. Ce n’est pas seulement un roman, c’est de la littérature, assez exigeante, avec des phrases développées, des métaphores, des sous-entendus. La lecture doit être attentive si on ne veut rien rater, et c’est tant mieux.

En quelques mots…

Ainsi, Carole Martinez nous propose une histoire de femmes, marquées par des croyances qui n'ont jamais été écrites mais que l'on se transmet de mère en fille les nuits de pleine lune. Le merveilleux et l'étrange sont partout, ils sortent les femmes de leurs foyers pour en faire des passeurs vers un monde obscur et inquiétant. C'est un véritable conte initiatique, dans la chaleur de l'Espagne des temps passés. Merci à Géraldine pour la découverte!

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« Par-delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre. Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu’elles seules ont exploré. Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine. Ce qui n’a jamais été écrit est féminin. »
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Ce roman fait partie du challenge :

Challenge New Pal 2015 : 16/75

samedi 11 juillet 2015

Tant que nous sommes vivants, d’Anne-Laure Bondoux : un conte moderne


Cela fait longtemps que j’entends parler d’Anne-Laure Bondoux, mais je l’ai véritablement découverte cette année avec « Et je danse, aussi », écrit à quatre mains avec Jean-Claude Mourlevat, et désormais avec son dernier roman en solo « Tant que nous sommes vivants ».

Résumé

Dans une petite ville, dans un monde menacé par la guerre, Bo et Hama travaillent tous les deux dans une usine d’armement, elle le jour, lui la nuit. Chaque matin, ils se croisent, et c’est bien assez pour tomber amoureux. Mais un accident se produit, et ni Hama ni leur amour n’en sortiront indemnes. Poussés à fuir, ils partent en quête d’un petit coin de paradis. Mais peut-on réellement échapper à son passé ?

De magnifiques contradictions

J’ai beaucoup apprécié ce conte moderne, qui met en avant les magnifiques contradictions inhérentes à l’amour et à la vie : le passé et le présent, l’ombre et la lumière, le possible et l’impossible… C’est une belle allégorie de l’être humain, qui alerte le lecteur sur la nécessité de connaître ses racines pour aller de l’avant et se construire, et qui met en garde contre l’immobilisme et la résignation. Il y a également, je crois, un message sur le handicap et l’énergie nécessaire pour le surmonter, pour se réinventer.

Hors du temps

L’univers créé par Anne-Laure Bondoux est étrange et original, même s’il ne diffère pas tant que cela de notre monde actuel. La ville est un peu plus triste, la nature un peu plus dangereuse, et les paradis presque perdus. C'est un théâtre d'ombres, où la lumière ne va pas sans l'obscurité. La magie est présente, de manière quasi imperceptible. Mon seul bémol, c’est que je suis restée extérieure à cet univers, je n’ai jamais eu la sensation d’en faire partie comme cela peut parfois arriver. Il offre néanmoins au lecteur un beau moment hors du temps.

Les personnages

J’ai eu un peu de mal à cerner et à apprécier pleinement les personnages. Bo a fui son enfance, mais elle continue à le hanter. Il dévie de sa destinée de forgeron, par amour, et s’en trouve diminué en tant qu’homme. Quant à Hama, c’est physiquement qu’elle est atteinte, et persuadée de devoir perdre des parts d’elle-même pour avancer. Leur fille, Tsell, n’a que vaguement conscience de cet héritage qui pèse sur ses épaules. Elle est confiante et ouverte aux autres et à l’amour.

L’écriture

J’ai une nouvelle fois été charmée par la plume d’Anne-Laure Bondoux, envoûtante  et délicate. Dès les premières lignes, la magie est là et cette ambiance particulière s’installe. Elle vous emmène avec elle, telle une conteuse. Elle a ce don, trop rare à mon goût, de dire de très belles et justes choses en toute simplicité.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai apprécié ce roman qui est un conte moderne réussi autour des contradictions inhérentes à l’existence et à l’amour. La plume, envoûtante et délicate, a su me charmer. Mon seul regret est d’être restée un tout petit peu en dehors, n’ayant pas ressenti d’empathie véritablement pour les personnages, et ne m’étant pas véritablement projetée dans cet univers original. Pour les rêveurs à partir de 13/14 ans.

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« -Nous aussi, on va tomber, reprit-il. On aura des bosses et des bleus. Mais on trouvera le bon équilibre. Je crois qu’on peut aimer sans les mains, Hama. »


« Depuis l’explosion, nous avions repris nos attitude craintives : aux grandes joies de l’existence, qui s’accompagnaient aussi de grandes peines, nos esprits paresseux préféraient le confort médiocre d’une vie sans risque. Or, l’amour de Bo et Hama nous semblait plus dangereux que les explosifs stockés dans les hangars de l’Usine ».

mardi 27 janvier 2015

Carabosse, de Michel Honaker : une réécriture tout en finesse de la Belle au Bois Dormant

[Flammarion, 2014]

Les réécritures de contes de fées sont assez courantes en ce moment en littérature jeunesse et adolescente (« Animale » de Victor Dixen, « Cinder » de Marissa Meyer, ou « Au Bois Dormant » de Christine Féret-Fleury) et à la télévision avec la série « Once Upon a time ». J’avais notamment beaucoup aimé « Loup y es-tu ? » de Henri Courtade, paru un peu avant cette « mode », un roman qui se réapproprie subtilement les contes de fées. Cette fois-ci, je me suis penchée sur « Carabosse » de Michel Honaker.

Résumé

Alors qu’il s’est réfugié dans le manoir de son père pour la nuit, Cara s’éprend de Florestan, roi de Vaudémont. Lorsqu’il lui préfère sa sœur, Eléonor, elle se laisse dévorer par la jalousie et prendre par le Vent Mauvais. Elle maudit leur descendante, condamnée à périr le jour de ses 18 ans…

Une réinterprétation intelligente

Avec ce roman, Michel Honaker donne une épaisseur toute nouvelle au conte de « La Belle au Bois Dormant », qu’il revisite intelligemment. Il se penche sur les origines de la légende en revenant sur la jeunesse de Carabosse et des parents d’Aurore. Il s’intéresse aux fées et à leurs interférences avec le monde mortel. Plus qu’un conte, il en fait une légende, une épopée avec toute une galerie de personnages. Il y a dans ce roman une certaine complexité, une exigence que j’ai apprécié pour ma part, mais qui le rend difficilement abordable pour des adolescents avant 14 ans.

Petit bémol, j’ai été un peu déçue par la dernière partie et par la fin, trop simpliste à mon goût. J’aurais notamment aimé en savoir plus  sur l’évolution de la société en ce nouveau siècle.

Les personnages

Cette réécriture donne davantage d’importance à Carabosse, la mauvaise fée, à sa personnalité et à ses motivations. C’est un personnage complexe, pas entièrement mauvais, mais incapable d’aimer les autres alors qu’elle se déteste elle-même. La princesse Aurore a un rôle mineur, elle n’est pas au centre de l’histoire, tous les personnages ont un rôle et une importance, et particulièrement Trublion, le fou du roi, finalement le plus sage d’entre tous.

L’écriture

L’écriture est l’autre point fort du roman. La plume est légèrement désuète,  elle prend son temps et est parfaitement adaptée à ce monde de rois et de magie. L’auteur se fait conteur, avec des accents poétiques et prophétiques. Je n’ai pas lu d’autres romans de Michel Honaker, donc je ne peux pas comparer, mais j’ai vraiment apprécié le style développé ici, même s’il est ardu pour les plus jeunes.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai beaucoup apprécié cette réinterprétation intelligente et étoffée du conte de la Belle au Bois Dormant qui fait la part belle aux fées et au fou du roi. J’aurais même mis un 4/5 si la fin ne m’avait pas déçue par sa simplicité. En revanche, j’ai beaucoup aimé la plume, un peu ardue mais poétique et enchanteresse. Pour les bons lecteurs à partir de 14 ans.

Note : 3,5/5
Stellabloggeuse
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« De grands changements étaient encore en marche, conduits par un entrelacs d’actes regrettables et malencontreux, de sentiments puissants, et d’ambitions monstrueuses. La folie des hommes pouvait les conduire tous à l’abîme. Mais plus encore l’humanité des fous. »

« Et soudain, dans cette atmosphère de recueillement si paisible, qui serrait d’émotion le cœur des participants, un violent courant d’air glacé s’invita et souleva les tentures. Sur le seuil de la porte, une haute silhouette voûtée revêtue d’une traine noire à parements d’argent se présenta, de sorte qu’on eût juré voir un grand vautour jeté là par une bourrasque. »

« Rien ne peut plus être comme avant. Il en est de la marche du monde comme d’une rivière qui s’écoule. Nul ne peut la faire retourner à la source. A ceux qui réprouvent ce qui va de l’avant, pour le meilleur et pour le pire, qu’ils restent sur le côté. »
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Ce roman fait partie du challenge :


Challenge ABC 2015 : 4/26

mardi 16 décembre 2014

Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle : un voyage dans l’Imaginaire


On ne présente plus Timothée de Fombelle, auteur notamment du très fantaisiste « Tobie Lolness » qui avait su me charmer. Son dernier roman, « Le Livre de Perle », a fait parler de lui avant même sa sortie et a reçu la pépite du roman au Salon de Montreuil. Je ne pouvais pas passer à côté!

Résumé

Joshua Perle a été banni de son monde, dont il était le prince et où les féeries étaient bien réelles. Il échoue dans le seul monde où plus personne ne croit aux contes et trouve refuge au sein d’une boutique de guimauves. Pour qu’il ait un jour une chance de rentrer et de retrouver sa bien-aimée, ce monde doit se mette à croire aux contes de fées. Il lui faudra pour cela rassembler des preuves…

Un roman addictif

Quand on lit beaucoup de bien d’un roman, on a parfois des attentes si grandes que l’on est déçu. Ici, cela n’a pas été le cas ! Après un petit temps d’adaptation pour situer les différents personnages et leur rôle dans cette histoire, chaque moment où j’ai dû interrompre ma lecture m’a causé des regrets. C’est un roman que j’aurais voulu lire d’une traite. Il est difficile d’en parler car il est très particulier, notamment par sa narration qui nous fait voyager entre différentes époques et différents univers. Il est bien mené et la fin est très réussie, une qualité suffisamment rare pour être soulignée.

De nombreuses facettes

C’est en tout cas un roman qui possède plusieurs facettes. Les contes de fée et l’imagination sont mis à l’honneur, c’est une histoire qui stimule notre capacité à rêver. L’auteur nous offre aussi une histoire d’amour irrésistible, sans pour autant en faire des tonnes et tomber dans la guimauve (malgré les délicieuses friandises fabriquées par les parents Perle !). Il y a également une petite dimension historique puisqu’une partie du roman se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale. Toutes ces dimensions s’entremêlent et forment un tout cohérent, une véritable entité littéraire. Un univers à lui tout seul qui possède sa vie propre et qui est toujours en équilibre entre le réel et l’imaginaire.

Les personnages

Ce roman repose sur trois personnages principaux, auxquels on s’attache assez facilement. Du narrateur, celui qui nous livre cette histoire, on ne sait pas grand-chose, pas même son nom. Et pourtant on a du respect pour ce garçon et son chagrin, puis pour cet homme qui s’attache à faire vivre l’histoire d’un autre. Quant à Joshua Perle, il a les qualités d’un prince, courageux, constant, loyal. Néanmoins, j’aurais aimé le connaître un peu mieux. Enfin Olia, la fée, fait preuve d’une grande abnégation pour celui qu’elle aime, elle s’oublie et lui consacre son existence.

L’écriture

La plume est l’une des plus grandes qualités du roman. Poétique à souhait, elle reste pourtant fluide et très compréhensible. J’ai souvent eu envie de relever des citations, vous en trouverez un échantillon à la fin de l’article. Tout y est, les descriptions pleines de petits détails, les réflexions, les émotions, et de temps en temps une touche d’humour malgré la tonalité nostalgique du roman.

En quelques mots…

Ainsi, c’est un beau roman porté par une plume aérienne, qui vous fait voyager entre réel et imaginaire. Timothée de Fombelle rend un bel hommage à l’imagination et à l’écriture et nous offre une histoire d’amour et d’abnégation. Il ne m’a manqué qu’un petit quelque chose, peut-être davantage de profondeur au niveau des personnages, pour que ce soit un coup de cœur. Mais je me suis régalée avec ce roman cohérent et addictif, qui devrait parler aux grands adolescents, à partir de 14/15 ans.

Note : 4,5/5
Stellabloggeuse
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« -Je connais. J’ai déjà sauté d’un train, ça fait moins mal.
Je ne comprenais pas la moitié de ce qu’il disait mais chaque mot me touchait. Oui, quand j’avais posé mon vélo dans l’herbe pour partir à travers les bois, j’étais dans le même état que si j’étais tombé d’un train. Je découvrais, cachée derrière le choc du premier amour, une autre balle à fragmentation qu’on appelle chagrin d’amour. C’est un fusil à deux coups qui ne pardonne pas. » p. 35.

« Mais si on peut laisser la tristesse dans l’herbe derrière soi, il faut le faire. On la tient couchée dans l’herbe. On lui explique doucement qu’on veut autre chose, que ce n’est pas contre elle, mais qu’on s’en va. » p.52

« Elle aussi découvrait ce secret interdit aux fées, l’amour, cette force qui fait vivre. C’est-à-dire qui fait naître et qui fait mourir. » p. 105.

« Mais il avait un espoir. L’espoir qu’un jour on puisse raconter cette histoire qui parlait d’amour et d’exil, et qui finissait mal. Les histoires ne relèvent pas les morts mais elles rendent leurs amours immortelles. » p. 291.

mercredi 10 décembre 2014

Au Bois Dormant, de Christine Féret-Fleury : un thriller aux airs de conte


Je n’avais encore jamais lu Christine Féret-Fleury, une auteure jeunesse et ado pourtant reconnue et prolifique. C’est chose faite avec « Au Bois dormant », mélange de conte détourné et de thriller.

Résumé

Ariane est surprotégée par ses parents, elle étouffe et se sent privée de liberté. Un soir, elle découvre qu’elle est la cible désignée d’un tueur en série, le Rouet, qui a la particularité de tuer ses victimes, toutes de blondes jeunes filles, le soir de leurs 16 ans, avec une mise en scène évoquant la Belle au bois dormant. Pour protéger ses parents, elle va alors prendre la fuite et engager un jeu du chat et de la souris avec le tueur…

Une bonne idée de base, un bémol sur la fin

J’ai beaucoup aimé l’idée de base du roman, introduire dans un thriller des références à un conte de fée. Ariane va notamment se retrouver entourée de 4 « bonnes fées » qui vont tout faire pour la sauver, et les péripéties sont de mise. Côté thriller, c’est également bien mené, on va de surprise en surprise, et le roman nous amène sur un terrain inattendu, dans le domaine médical. J’ai également apprécié les paysages du Canada, où se déroule l’action.

En revanche, j’ai été un peu déçue par la fin du roman, la résolution du mystère étant à la fois très rapide et brouillonne. Il y a un manque de crédibilité à ce niveau-là. Et j’aurais aimé que l’on aille un peu plus loin sur le devenir des personnages.

Les personnages

Ariane est une jeune fille de quasiment 16 ans, qui a été surprotégée. Elle est à la fois terrorisée par ce tueur qui semble la suivre partout où elle va, et déterminée à ce que personne ne meure en voulant la protéger. On ne sait en revanche pas grand-chose de sa personnalité et de ses rêves. J’ai davantage apprécié Jude, le policier personnellement impliqué dans l’enquête, même si son personnage n’a rien de très original. Enfin, les quatre « bonnes fées » apportent une petite bouffée d’humour.

L’écriture

En ce qui concerne le style, j’ai été agréablement surprise. La plume est fluide, les descriptions sont plutôt riches, et le niveau de langage est bon, sans être trop ardu pour des adolescents. J’ai passé un agréable moment de lecture.

En quelques mots…

Ainsi, ce roman propose un mélange de conte et de thriller assez réussi et bien mené, malheureusement un peu gâché par cette fin précipitée. Mais cela reste une lecture agréable, qui m’a tout de même tenue en haleine, et avec une plume qui a su me séduire. A lire à partir de 14/15 ans.

Note : 4/5
Stellabloggeuse
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« Un pas en arrière pour contempler l’œuvre presque achevée. Presque parfaite. Rayonnante. Sauvée, pour toujours, des injures du temps, de la vie laide et triviale qui maltraite, abîme, corrompt. Interrompre ce flux souillé à l’instant du plein épanouissement de la vie, là était le secret. Pour préserver le miracle, le faire durer. »


« Ne prenez pas celui-là, l’auteur n’a pas la moindre notion de grammaire ; il écrit comme il parle, il parle comme il pense, et comme il ne pense que par slogans minimalistes, je vous laisse imaginer le résultat… »

samedi 19 avril 2014

Le miroir brisé, de Jonathan Coe : Et si les rêves avaient le pouvoir de changer le monde ?


Me revoilà avec un titre de mon très cher Jonathan Coe, dont j’ai récemment apprécié le jouissif « Expo 58 ». Ce titre, paru en 2014, est le premier à être publié dans une collection dédiée à la jeunesse, bien que l’auteur estime qu’il s’adresse à tous les publics. Ma copinaute Quel Bookan, qui partage mon amour de Coe, me l’a gentiment prêté et je n’ai pas pu m’empêcher de l’ouvrir dans la semaine qui a suivi !

Résumé

Alors qu’elle s’introduit dans la décharge qui se trouve non loin de chez elle, la jeune Claire trouve un étrange fragment de miroir en forme d’étoile. Lorsqu’elle regarde dans ce miroir, elle entrevoit un monde plus beau. A-t-il sa volonté propre, ou est-il nourri de son imaginaire, de ses rêves d’un monde meilleur ?

Un conte moderne

L’auteur nous offre ici un véritable conte moderne. Au centre, un élément magique, le fragment de miroir. On y retrouve des « classiques » du conte, notamment des personnages de « méchants », et des épreuves traversées par Claire au fil des années. Et pourtant, le récit est fortement ancré dans notre réalité. Jonathan Coe en profite pour aborder certains problèmes sociaux de l’Angleterre (comme s’il pouvait s’en empêcher !) : la fermeture des services publics, notamment les hôpitaux et bibliothèques, la facilité avec laquelle certains perdent tout et se retrouvent dans la rue, la puissance des plus riches…

Une ambiance onirique

Une belle ambiance onirique imprègne tout le conte, renforcée par les illustrations de Chiara Coccorese, très colorées et légèrement surréalistes, que j’ai beaucoup appréciées. En effet, le rêve a toute sa place dans cette histoire, le rêve d’un monde meilleur. Le monde rêvé par Claire, d’abord extraordinaire et loufoque, évolue peu à peu alors qu’elle gagne en maturité. Ainsi, c’est un rêve collectif que nous propose Jonathan Coe, pour ramener un peu de douceur et d’humanité dans ce monde.

Les personnages

Claire est une jeune fille sympathique, que l’on prend plaisir à suivre et à voir évoluer. Elle est humaine, a le sens de la justice et sait parfois se remettre en question. Les autres personnages ne sont qu’effleurés mais, évidemment, on déteste très fort la vilaine Amanda !

L’écriture

L’écriture de Coe se fait ici un peu plus lisse, plus universelle, adaptée à un conte. On se laisse porter, il n’y a pas d’obstacle et les descriptions nous permettent de partager les visions de Claire.

En quelques mots…

Ainsi, avec ce court texte (110 pages), Jonathan Coe nous offre un beau conte moderne, emplid’onirisme et joliment illustré par Chiara Coccorese. Il pointe certains travers de notre société actuelle et nous invite à rêver d’un monde meilleur. Si vous avez envie d’une heure d’évasion et que vous avez gardé une âme d’enfant, je ne peux que vous le conseiller !

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse

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« Le fragment tenu précautionneusement entre le pouce et l’index, elle remonta le talus tant bien que mal et trouva un coin pour s’asseoir. Elle posa l’objet à plat dans sa paume et le regarda de plus près. En se penchant, elle vit se refléter son propre visage, pâlot, avec ses taches de rousseur et son expression perplexe, puis derrière, le bleu du ciel qui lui sembla l’une des choses les plus belles qu’elle ait jamais vues. Elle se perdait dans les profondeurs du miroir, émerveillée par la richesse de cette couleur, dans un état de rêve éveillé, lorsqu’une ou deux gouttes tombèrent sur sa surface, et la ramenèrent à la réalité. »


« Au cours de ces deux ans, Claire eut le temps de s’habituer à ce que le miroir fasse partie de sa vie. Elle en arriva à croire qu’elle n’aurait jamais accès au monde qu’il lui faisait voir – ce monde tellement plus éclatant, plus coloré, plus magnifique que le sien. Elle était déçue, bien sûr, mais elle en acceptait maintenant l’idée. Que faire d’autre, d’ailleurs ? En attendant, elle s’estimait heureuse d’avoir le privilège et le plaisir – secret – de pouvoir y plonger les yeux quand bon lui semblait. Elle le rangeait, enveloppé avec soin d’un morceau de velours vert, dans le tiroir de sa table de chevet. »

samedi 8 février 2014

Belle, de Robin Mc Kinley : une réécriture de la Belle et la Bête

[Presses Pocket, 1993]

Si je n’ai jamais pris le temps de lire le texte original, je dois dire que le dessin animé « La Belle et la Bête » est l’un de mes Disney préférés. Aussi, quand l’occasion s’est présentée de lire la réécriture de Robin Mc Kinley intitulée « Belle » pour la séance du club de lecture de Lyon dédiée aux monstres, je l’ai saisie. Et oui, je sais, cette couverture des années 90 pique les yeux, sachez que c’est bien un conte et non un livre de fantasy, et qu’il a été réédité il y a quelques années avec une belle couverture !

Résumé

Belle et ses deux sœurs, Grâce et Espérance, vivent une vie aisée en ville jusqu’au jour où leur père se trouve ruiné, à la faveur d’une tempête qui le dépossède de la plupart de ses bateaux. Ils partent s’installer à la campagne, en bordure d’une forêt que l’on dit enchantée, où le mari d’Espérance entame une activité de forgeron. La vie des uns et des autres s’organise, jusqu’au jour où le père de Belle s’aventure dans la forêt. Il en reviendra avec de multiples présents. Mais à quel prix ?

Une réécriture convaincante

J’ai apprécié cette réécriture du conte traditionnel, réalisée à la fin des années 1970. Je ne saurai dire quelles sont les concordances étant donné que je ne connais que le dessin animé, mais j’y ai retrouvé des éléments familiers : l’amour de Belle pour la lecture et les études, le château enchanté, les oiseaux que l’on essaie d’apprivoiser… Il y a aussi des différences, qui m’ont apportée une dose de nouveauté bienvenue.

Cette réécriture ne révolutionne pas, je pense, l’histoire de la Bête et la Bête. Les personnages font face aux traditionnelles péripéties qui émaillent un conte, et le final en fait des tonnes dans le « happy end ». Néanmoins, c’est une histoire dépourvue de mièvrerie et délicieusement enchantée, qui saura séduire celles qui ont gardé leur âme d’enfant.

Les personnages

Si les héroïnes de contes de fée peuvent parfois être agaçantes, ce n’est pas le cas de Belle. C’est une jeune fille intelligente et cultivée, et qui fait preuve de bon sens. Elle a une bonté d’âme naturelle, sans en faire trop. Quant à la bête, c’est un vrai gentleman, rien dans ce roman ne nous le présente comme un monstre.

L’écriture

L’écriture/la traduction est agréable, l’auteure se place en conteuse sans la dimension moralisatrice qui est parfois gênante dans les contes classiques. Elle créé une ambiance délicieusement désuète, sans que le style ne soit lourd.

En quelques mots…

Ainsi, j’ai passé un bon moment avec cette réécriture de la Belle et la Bête. Cette histoire fait la part belle à l’enchantement, et est racontée « à l’ancienne » sans qu’elle n’ait l’air démodée. Malgré un final très « conte de fée », le récit n’est jamais mièvre et Belle est attachante. Je le conseillerais volontiers à tous ceux qui ont aimé « La Belle et la Bête » !

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse

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« -Eh bien, voilà… Tu vas rire, et je ne pourrai t’en vouloir. J’ai grandi par ici, tu comprends, et ces légendes entendues dès le berceau m’ont marqué, moi aussi… On prétend donc qu’au milieu de ces bois s’élève un château, dans un jardin sauvage. Et que toute personne s’aventurant un peu trop loin sera irrésistiblement attirée par ce château. Or, à l’intérieur, vit un monstre. Selon certains, il est né homme, mais a été transformé en monstre par la suite en guise de punition pour ses mauvaises actions. D’autres affirment qu’il est né monstre, et ce pour punir ses parents, souverains d’un pays merveilleux qui ne se souciaient que de leur propre plaisir. »

« -Belle ? Quelque chose ne va pas ?
En général, il ne me fallait pas plus de quelques minutes pour me changer et descendre à la salle à manger.
-Elles me forcent à porter une robe qui ne me plait pas, répliquai-je d’un ton boudeur. Je ne peux pas l’enlever.
-Elles vous y forcent ? Mais pourquoi donc ?
-Je n’en ai pas la moindre idée ! ripostai-je en me débarrassant des bracelets, que je jetai vers l’âtre.
Ils revinrent aussitôt sur mes bras.
-C’est curieux.
Un court silence, puis :
-Que lui reprochez-vous, à cette robe ?
-Elle ne me plaît pas.
-Heu…Puis-je la voir ?
-Bien sûr que non ! Si cela ne m’ennuyait pas de vous la montrer, pourquoi me cacherais-je dans cette chambre ? Qui d’autre pourrait la voir, sinon moi ?
-Parce que vous êtes sensible à ce que je pense de votre tenue ?
-Je ne veux pas la mettre, répétai-je obstinément. »