jeudi 10 mai 2012

La fille de braises et de ronces, de Rae Carson : un premier tome réussi pour cette saga fantasy

[Robert Laffont, février 2012]

C’est l’histoire d’un livre qui a atterri mystérieusement dans la boite aux lettres de ma maman, adressé à mon nom, avec une simple feuille de présentation du roman. Un livre qui me faisait trèèèès envie, paru dans la récente et très alléchante Collection R de Robert Laffont. Je remercie donc mon mystérieux bienfaiteur! Cela a été en tout cas une excellente surprise, et une joie de pouvoir découvrir ce roman !

Résumé 

« La fille de braises et de ronces » est le premier roman de Rae Carson. Il s’agit également du premier volume d’une trilogie de fantasy. L’auteur met en scène Elisa, princesse du royaume d’Orovalle. Au creux de son nombril, Elisa porte une Pierre Sacrée, signe qu’elle a été désignée pour accomplir de grandes choses, la volonté du Destin. Mais jusqu’ici, Elisa a déçu les espérances placées en elles. Assidue à l’étude, mais très portée sur la nourriture, elle ne s’intéresse pas vraiment aux affaires du royaume. Sa vie change lorsque, âgée de 16 ans, elle est mariée au prince Alejandro de la Vega, de vingt ans son aîné, en contrepartie d’une alliance militaire avec le royaume de Joya d’Arena. Elisa va devoir trouver sa place à la cour de Brisadulce, mais surtout, partir en quête de sa destinée.

Avis général

J’ai aimé ce roman ! J’ai été perplexe au début du récit, j’avais l’impression que tout était écrit d’avance : qu’Elisa allait s’éprendre follement de son prince et tout faire pour le conquérir. Je m’attendais à une histoire se déroulant à la cour, faite de manigances et de stratégie. La suite m’a donné tort, et le roman a pris une direction à laquelle je ne m’attendais pas et qui m’a séduite. J’ai été embarquée dans cette histoire.

Un univers de soleil et d’aridité

La principale force de ce roman, c’est l’univers mis en place par l’auteur. On comprend très vite que l’on va évoluer dans un monde de soleil, de chaleur, avec des noms aux consonances espagnoles. Rae Carson réussit très bien à donner vie à ce décor, à décrire la chaleur, les paysages, la lumière. On a presque l’impression de sentir les rayons brûler notre peau !

Quant à l’aspect « fantasy » de cet univers, il est très bien fait également. On est à mi-chemin entre un monde « normal » et un monde magique : les éléments magiques s’intègrent très bien au cadre traditionnel d’une société médiévale. Les descriptions des châteaux et de la vie de cour apportent un petit côté « roman historique ». Tous ces ingrédients, savamment dosés, donnent un univers crédible, dans lequel le lecteur se plaît à évoluer. 

Une intrigue guerrière

De manière très classique, nous sommes en présence de royaumes de lumière et de soleil, en guerre contre une puissance du froid et de l’hiver, le bien et le mal. Néanmoins, le cliché s’arrête-là. Car cet affrontement est mené d'une manière qui m'a semblée originale, avec l’intervention de la magie et des trouvailles très intéressantes de la part de l’auteur. J’ai apprécié les tactiques guerrières assez audacieuses mises en place et j’ai trouvé que, pour une fois, les obstacles ne sont pas franchis de manière trop simple.

Au-delà de cet affrontement guerrier, il y a aussi dans ce roman un affrontement à dimension religieuse : différentes forces luttent autour de la Pierre Sacrée, les interprétations du dogme s’affrontent et les prêtres eux-mêmes ont des difficultés à interpréter les volontés du Destin. J’ai bien aimé cette dimension mystique, même si elle est un peu trop présente à mon goût.

Les personnages

Il me faut enfin évoquer les personnages du roman. Rae Carson a créé des personnages secondaires très intéressants. Il y a Cosmé, la jeune camériste mesquine et méprisante au premier abord, mais qui est bien plus complexe que cela et qui a beaucoup souffert. Il y a aussi le chevalier Hector, modèle et loyauté et d’intelligence militaire, qui reste digne et agit de la bonne manière en toute circonstance, même s’il laisse parfois deviner ses sentiments. Il y a le prince Alejandro, qui voudrait être un bon roi mais qui se laisse dominer par la peur, à la différence de son fils Rosario, un petit garçon qui n’a pas froid aux yeux ! Sans oublier Humberto, dont on ne sait pas grand-chose mais dont la gentillesse ne peut que nous conquérir.

Mais bien sûr, le personnage le plus abouti, c’est Elisa. Cette jeune fille part véritablement en quête d’elle-même dans ce roman. D’une jeune fille effacée, elle prend peu à peu l’étoffe d’une reine, courageuse et déterminée. C’est une fille normale qui apprend peu à peu à dépasser ses limites, et c’est toujours agréable de rencontrer ce genre de personnage. Elisa n’a pas choisi sa destinée, mais elle l’assume avec courage et avec les moyens dont elle dispose.

Néanmoins, même si j’ai aimé tous ces personnages, j’ai eu un peu de mal à m’attacher véritablement à eux, il m’a manqué une petite étincelle. Je n’ai pas ressenti une grande émotion, même dans les moments de drame. Peut-être l’intrigue évolue-t-elle un tout petit peu trop vite, et peut-être que l’auteur reste un peu trop en surface concernant ses héros et leur personnalité (surtout en ce qu’il concerne Humberto).

En quelques mots…

En résumé, je dirais que « La fille de braises et de ronces » est un très bon roman de fantasy, qui m’a embarquée et qui m’a fait voyager. Je suis très curieuse de connaître la suite, voilà une saga que je vais surveiller de près ! Bien que ce soit le premier roman de Rae Carson, elle a déjà une plume très intéressante, et il ne lui manque à mon sens qu’un tout petit peu plus de profondeur dans les émotions.

Note : 4,5/5
Stellabloggeuse
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Ce roman fait partie du challenge :


Challenge 100 % R : 1ère lecture
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« Ces mots m’ouvrent les yeux ; je comprends pourquoi Homère a accepté sa blessure. Pourquoi il vaut mieux, beaucoup mieux, mourir en accomplissant son Acte de Bravoure plutôt que de ne rien accomplir du tout. Homère et Damiàn n’ont pas récolté les fruits de leur héroïsme, ce sont leurs descendants qui en ont bénéficié. Et c’est ce qui risque de m’arriver, à moi aussi. Mais cela n’a pas d’importance, en définitive, car la Pierre Sacrée dépasse ma petite personne ».

« Trouver l’honneur dans la mort est un mythe. Inventé par les va-t-en-guerre pour justifier l’horreur. Si nous devons mourir, c’est pour préserver la vie des autres. C’est la seule mort digne de louanges. »

samedi 5 mai 2012

Premier amour : un conte gothique, de Joyce Carol Oates : un roman dérangeant et difficile à qualifier

[Actes Sud, 1998]

Voilà un livre dont il ne va pas être facile de parler ! Tout d’abord parce qu’il est très court, et ensuite parce que son auteur, Joyce Carol Oates, est connue pour ces récits dérangeants, sur lesquels il est difficile de plaquer un ressenti. Néanmoins, dans la cadre du challenge ABC 2012, je souhaitais faire connaissance avec cette auteure. J’ai donc choisi ce titre (illustré en noir et blanc par Barry Moser) pour sa petite taille, pour des débuts en douceurs.

Résumé 

Dans ce roman, Joyce Carol Oates met en scène une jeune fille, presqu’encore une enfant (elle a 11 ans) du nom de Josie. Avec sa mère, elles quittent brutalement le foyer familial pour s’installer chez la grand-tante de Josie. Dans sa maison se trouve aussi Jared, le cousin de Josie. Agé de 25 ans, étudiant en théologie, le jeune homme fascine Josie et une relation trouble se tisse entre eux.

Avis général

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette lecture, c’est « dérangeant ». En effet, on est en plein dans l’immoralité avec ce texte : nous sommes face à une relation « interdite » entre une enfant et un jeune adulte, associée à de l’intimidation, des violences physiques. A moins que tout cela ne soit un conte symbolique dont le sens m’échappe, car l’auteure ne livre pas vraiment de clé de compréhension de son œuvre.

Religion et fanatisme

La religion est assez présente dans ce texte, il y a notamment un certain nombre de références bibliques, dont la plus évidente est le serpent. Joyce Carol Oates aborde également la folie religieuse : Jared est une sorte d’illuminé, persuadé d’être investi d’une mission divine dont lui seul a conscience et dont il fait de Josie le bras armé.

Des relations familiales complexes

En arrière-plan de ce conte, le thème de la famille est présent. La mère de Josie est un personnage complexe, prise entre son rôle de mère, sa vie de femme, et la volonté qu’elle a de préparer sa fille à affronter la vie en ne la ménageant pas. C’est intéressant, mais j’ai néanmoins trouvé ces dialogues mère-fille artificiels, j’avais du mal à m’imaginer qu’ils puissent avoir lieu dans la réalité.

Le passage vers l’âge adulte

Au final, ce qui se cache peut-être derrière ce texte, c’est un récit initiatique, un parcours qui mène Josie de l’enfance à l’entrée du monde des adultes en affrontant la peur. Il y a, me semble-t-il, l’idée que cette peur est salvatrice : en la reconnaissant et en l’affrontant, Josie peut avancer dans la vie et rester sur le « droit chemin ».

En quelques mots

C’est un récit qui me laisse perplexe, et je regrette de ne pas pouvoir mieux le comprendre, même si je décèle un message sur la peur et la manière de l’affronter.

Note : 2,5/5
Stellabloggeuse
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Ce roman fait partie du challenge :

Challenge ABC 2012 : 13/26

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“Tu ne voulais pas appeler cela de l’amour, tu l’appellerais autrement, d’un autre mot, d’un autre nom. Fermant les yeux au point d’en être parfois étourdie, d’en avoir le vertige. Au point d’en éprouver une excitation, un effroi aux limites du supportable. Et je le revois, mon cousin Jared Jr. Tant d’années plus tard. Je vois une flamme verticale, une silhouette, pas une personne. Si je m’efforce de me remémorer son visage, le son de sa voix et, au creux de mon ventre, cette sensation d’une clef tournant dans une serrure sitôt qu’il me touchait, je perds tout.”

mercredi 2 mai 2012

Traverser la nuit, de Martine Pouchain : une enquête dans l’ombre de Blanche

[Sarbacane, mai 2012]

Me voici aujourd’hui pour vous présenter le dernier-né de la collection eXprim’. « Traverser la nuit », écrit par Martine Pouchain est un roman policier, que j'ai eu la chance de pouvoir découvrir en avant-première.

Résumé

L’auteur nous présente Vilor (un prénom plein de significations, comme vous le verrez si vous le lisez), un jeune policier de vingt-cinq ans. Il exerce à Maloigne, à côté d’Etrenjoie, la petite ville, pratiquement un village, où il a grandi. Tout est tranquille dans cette localité picarde dont la vie est rythmée par les pluies et les moissons. Et pourtant, l’ancien maire du village est retrouvé la tête dans l’eau, visiblement assassiné. Vilor est chargé de l’enquête, mais elle est difficile à mener pour lui, d’autant plus qu’il se meurt d’amour pour Blanche, la fille du mort, et que cela lui embrouille l’esprit…

Avis général

J’ai apprécié cette histoire qui m’a accrochée. L’intrigue est bien menée, j’ai aimé suivre chaque étape de l’enquête. L’auteur a réussi à préserver le mystère, je n’ai pas réussi à deviner le coupable avant la fin, mais peut-être n’ai-je pas beaucoup d’intuition. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé cette fin inattendue, qui m’a donné envie de relire le roman au prisme de cette révélation.

La vie quotidienne, à la campagne et au commissariat

Au-delà de l’enquête, ce roman est aussi un portrait de la vie quotidienne en milieu agricole. On ressent cruellement l’importance du climat pour les agriculteurs et les difficultés qui les étranglent. On voit comment le moindre petit fait sortant de l’ordinaire devient un véritable évènement pour les habitants.

De même, Martine Pouchain nous fait entrer dans un commissariat et met en évidence les problèmes posés par la culture du chiffre, ou tout simplement l’humanité des gendarmes qui ne peuvent pas toujours tout résoudre. Qui sont parfois confrontés à la détresse de personnes qu’ils ne peuvent pas aider, à cause du silence des victimes.

Les personnages

Les personnages de ce roman sont assez marquants dans leur ensemble. Il y a Tisse, le sage du village, Fine, la patronne du bar qui ne parle que dans un patois très pittoresque, le maire qui élève un goret avec amour, Popaul, l’idiot du village qui aide le soleil à se coucher chaque soir.

Mais le personnage le plus marquant, c’est bien sûr celui de Blanche. Elle agace d’abord : dotée d’un corps sublime, elle manipule les hommes sans jamais les laisser entrer dans sa vie. Néanmoins, on ressent peu à peu de la compassion pour elle, prisonnière de ce désir qu’elle suscite sans le vouloir et dont elle ne veut pas. Malgré cela, en tant que femme, je n’ai pas éprouvé de sympathie pour elle !

Quant à Vilor, c’est un personnage touchant et attachant. Il a eu une enfance difficile, auprès d’un père qui remarquait à peine sa présence. Pour le rendre fier de lui Vilor a fait tout ce qui était en son possible : boire la gnôle dès l’âge de cinq ans, et surtout, devenir gendarme pour éradiquer le mal de cette planète, ou au moins, de son village. On sent à quel point Vilor est miné par les crimes et délits qu’il combat, c’est un idéaliste. La nuit, les angoisses de Vilor remontent, et j’ai beaucoup aimé ces passages teintés d’une atmosphère particulière.

En quelques mots

C’est donc un roman policier bien mené, qui nous plonge à la fois dans le quotidien d’un village picard et au cœur d’une enquête d’un jeune policier qui veut bien faire mais qui a du mal à concilier son métier et son amour pour Blanche. L'auteur nous montre comment le désir incontrôlé peut brouiller les sens. C’est aussi une réflexion sur la nuit et les angoisses qu’elle met au jour. En résumé, c’est un roman qui vaut le détour. Et vous pouvez vous aussi faire un détour, jusqu’à la librairie la plus proche, puisque ce roman est en vente depuis aujourd'hui !

Vous trouverez d'autres avis sur BatifolireSerge LeonardSuny et La littérature jeunesse de Judith et Sophie.
Merci aux éditions Sarbacane et à la collection eXprim’ pour leur confiance.

Note : 3,5/5

Stellabloggeuse
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« Je suis keuf, condé, bourre, poulet, perdreau, mickey, cow-boy. Il y en a à qui le simple fait donne des démangeaisons. A New York ou Los Angeles, les flics on les admire comme des héros, tandis qu’ici… Je le sais, ce que les gens pensent et comment ils nous détestent avec tant de mots pour le dire. Je l’ai toujours su et ça ne m’a pas empêché. Pour contenir nos pulsions destructrices, il faut bien quelque chose non ? Il faut bien que quelqu'un s’y colle, pas vrai ? Je suis le premier à reconnaître que dans un monde idéal, les flics ne servent à rien, mais il y a du boulot pour qu’il devienne idéal. Alors en attendant, on paye des types dans mon genre pour retrousser leurs manches et se coltiner le tintouin de la saleté humaine. »

« Je me souviens de ces minutes désastreuses avec une précision millimétrique, attendu que j’ai eu tout le temps de me repasser le film des milliers de fois. L’heure était au sacré et bruissait dans les cimes. Quelques feuilles jaunies semblaient des points de suspension sur la frondaison verte. Et les chœurs soudain ont pris d’assaut l’azur que l’horizon incendiait. C’était un requiem. »

mardi 1 mai 2012

En avril 2012...

Le mois d'avril a été un peu moins prolifique. J’ai été occupée par certains évènements tels que le Printemps du Livre de Grenoble, et par des choses plus terre à terre telles que la rédaction de mon mémoire. Et puis, j’ai passé pas mal de temps sur l’Epopée du perroquet, que je n’avais pas envie de quitter !
  
Ce mois-ci, j’ai donc lu et/ou chroniqué : 

-Eternels, tome 2 : Lune Bleue, d’Alyson Noel (3,5/5)
-L’épopée du perroquet, de Kerry Reichs (5/5)
-Terrienne, de Jean-Claude Mourlevat (4,5/5)
-L’enfant nucléaire, de Daph Nobody (3/5)



  
Chroniques non littéraires : 


Le coup de coeur du mois :
   



Le mois prochain je souhaite lire :

-Cuisine et correspondance, d’Andréa Israel
-L'enchanteur, de René Barjavel
-La maîtresse de Rome, de Kate Quinn
-Irrésistible alchimie, de Simone Elkeles

En ce moment je lis :
  



Mes acquisitions du mois :

En avril, j’ai été chanceuse, puisque j’ai reçu les lots pour deux de deux concours que j'ai remportés chez des bloggueuses (merci aux organisatrices) ! Autant vous dire que j’ai sauté de joie ! Ma PAL a donc joyeusement augmenté, mais sans faire souffrir mon porte-monnaie, c’est déjà ça !

-Ellana, tome 1 : Le pacte des marchombres, de Pierre Bottero (gagné chez Radicale)
-Alice au pays des merveilles, de Lewis Caroll (gagné chez Radicale)
-Traverser la nuit, de Martine Pouchain (service de presse)
-Delirium, de Lauren Oliver
-Starcrossed, de Josephine Angelini (gagné chez Galleane)
-Les dames à la licorne, de René Barjavel et Olenka de Veer (troqué avec Floly)
-La fille de braises et de ronces, de Rae Carson (arrivé par mystère dans ma BAL)




 Ce mois-ci le blog a reçu :

1 458 visites.
Un petit recul par rapport à mars qui avait été très riche, mais je n'ai pas énormément publié ce mois-ci. Et surtout, chacune de vos visites me comblent de joie !

Je vous souhaite un très bon mois de mai, à lire tout ce qu'il vous plaît !


Stellabloggueuse